À la mémoire de Louis Le Cardonnel

 

 

Tu ne t’es pas trompé : ceux qui la nuit se lèvent

pour mettre tout debout la harpe devant Dieu

ne sortent pas en vain du linceul ou du rêve :

une vertu leur vient des hauts textes de feu ;

 

Si la nuit ne peut pas comprendre la Lumière,

la Lumière est pourtant chez elle dans la nuit,

et c’est encor son ciel que de tomber à terre

pour converser en nous de l’ombre et de l’Esprit ;

 

Comme l’Astre des saints vers la bure et le voile

penche, et leur fait le don du silence sacré,

le charme du beau Dieu descend par les étoiles

et le Verbe éternel vers l’instrument doré.

 

Il est bien de le dire, et juste, et salutaire :

ceux dans les mains de qui dort l’ineffable Enfant :

cette vierge muette, ou bien ce Solitaire,

n’ont pas seuls près du cœur le poids du Tout-Puissant.

 

Et les rois couronnés de chantantes épines,

quand la corde scintille et parle entre leurs bras,

qui dira qu’un Sauveur n’est pas sur leur poitrine,

et qu’un ciel tout entier n’y recommence pas ?

 

 

                                                                         Février 1938.

 

 

 

Eusèbe de BREMOND D’ARS.

 

Recueilli dans Louis Chaigne,

L’anthologie de la renaissance catholique : Les poètes,

Alsatia, 1938.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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