Quand le tisseur paralysé...

 

 

Quand le tisseur paralysé rêve qu’il tisse à son métier,

L’alouette malade rêve aussi qu’elle plane là-haut,

Et le rossignol sans voix rêve qu’il chante à tue-tête

Si fort que l’écho vous fait éclater le cœur,

Le coq aveugle rêve qu’il compte les cailloux, et tel

Qui ne comptait pas jusqu’à trois rêve qu’il compte les étoiles,

Le minerai figé rêve qu’il fond bien tièdement,

Et le cœur de fer rêve qu’un enfant à lui se fie,

La sobriété sourde rêve qu’elle tâche d’entendre

Comment la timidité du raisin enivre ;

La vérité s’en vient alors nue comme au premier jour

Et fait étinceler les sonorités claires

Et danser les lumières criardes dans le noir,

Et douloureusement vient écraser le rêve,

Écoute ! le flambeau rit, écoute ! les trompettes de douleur

De la nuit réveillée crient toutes dans le cœur.

Ah, malheur, les délicieuses merveilles périssent sans sacrifice

Et périssent les pauvres cœurs, solitaires !

 

 

 

Clemens BRENTANO.

 

Recueilli dans Anthologie bilingue

de la poésie allemande,

Gallimard, 1993.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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