Thème varié

 

 

Quelle chanson vous chanterai-je,

Dieu qui m’avez enseveli

Dans votre amour et dans l’harmonieux oubli ?

Quelle musique fera cortège

À mon amoureuse folie ?

– J’ai su rythmer quelques cadences vaines,

Mais tout cela s’est envolé.

– Depuis que vous m’avez parlé,

Ma voix est si divinement troublée

Que je ne connais plus les paroles humaines.

– Je ne sais plus comme autrefois

Tresser en de voluptueuses phrases

Les fleurs mêmes qui ont enlacé votre Croix :

Les pétales dorés que le désir embrase

Les mots de ferveur et de joie,

Les mots amoureux qui flamboient,

Les mots de silence et d’extase.

– La fleur, hélas ! se fane entre mes doigts,

Je ne sais plus guider les ailes de ma voix,

Je ne sais rien et je ne vois

Que mon amour et mon délicieux effroi.

 

Quelle musique pourra vous plaire ?

Comment ouvrer la sonate fleurie

Qui rendrait indulgents vos beaux yeux de lumière ?

Depuis le lamento suprême du Calvaire,

Tous les accords se sont flétris ;

Depuis que vous m’avez souri,

Je ne sais plus, parmi les roses de la terre

Et la musicale féerie,

Que savourer mon amour et me taire.

– Ô vous qui m’avez tout appris,

Les languissants poèmes sans paroles,

Et les rythmes insaisissables qui s’envolent,

La musique d’église et les danses frivoles,

Vous m’avez soudain tout repris.

Vous avez suspendu mes sens et mon esprit,

Hélas ! si loin du sol,

Vous m’avez ébloui avec votre auréole,

Vous m’avez si divinement meurtri

Que mon archet reste muet sur ma viole ;

Mes doigts captés dans un invisible réseau

Ne savent plus glisser aux fentes du roseau ;

Je n’entends même plus la voix douce des eaux,

Ni la chanson des fleurs dans l’aube qui s’allège ;

Vous m’avez séparé des bruits humains ; la neige

De votre amour et de l’oubli

Sans repos m’enveloppe et m’assiège ;

Tous mes désirs sont ensevelis,

Et toutes mes pensées peu à peu se délient ;

Vous les avez endormis sous la neige...

Quelle musique balbutierai-je ?

Quelle musique de folie,

De rêve ou de mélancolie ?

Tous mes désirs, tout mon savoir sont abolis.

Vos doux appels m’ont rendu sourd.

– Je n’entends plus que la chanson de votre amour.

 

 

 

Maurice BRILLANT.

 

Extrait de Musique sacrée, musique profane, Garnier.

 

 

 

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