Cerisier en fleur dans la nuit

 

 

J’ai vu, d’humeur contemplative

fleurir, ces jours derniers, dans la nuit froide

au clair de lune un cerisier ;

je pensais qu’il ne pouvait exister plus grande blancheur.

On eût dit qu’il avait neigé,

chaque branche, jusqu’à la moindre,

portait comme une vraie charge

de gracieuses boules blanches.

Il n’est pas de cygne aussi blanc, chaque feuille en effet

– dès lors que la douce lueur de la lune

y passait même par le tendre feuillage –

a jusqu’à son ombre blanchie et rien qui serait noir.

Il ne se peut, pensai-je, qu’il y ait

sur terre aussi blanc qui se trouve.

 

Puis allant de-ci et de-là

dans l’ombre de cet arbre,

soudain je levai les yeux par hasard

et regardai à travers les fleurs tout là-haut,

et perçus une lueur plus blanche encore,

mille fois plus blanche et mille fois plus claire,

et j’en fus presque étonné.

La neige des fleurs semblait noire

auprès de cette éclatante blancheur. Une étoile

lumineuse m’inondait d’une lumière blanche

qui rayonnait jusqu’en mon âme.

 

Certes, pensai-je, j’ai grande joie de Dieu dans les choses

terrestres, mais il a des trésors bien plus grands encore.

La plus belle beauté de cette terre

ne saurait être comparée à la céleste.

 

 

 

Barthold Heinrich BROCKES.

 

Recueilli dans Anthologie bilingue

de la poésie allemande,

Gallimard, 1993.

 

 

 

 

 

 

 

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