Cimetière de pêcheurs

 

 

Sur le bord du chemin, et regardant la mer,

Cette « gueuse », tout leur amour et tout leur rêve,

Les pêcheurs dont les yeux reflétaient le ciel clair

Dorment en paix bercés par le chant de la grève.

 

Et l’on dit que la vague, amoureuse parfois,

De ses anciens amis conservant la mémoire,

Accourt baiser, la nuit, le pied des vieilles croix

Qui protègent les morts et gardent leur histoire.

 

Rudes gars pleins de foi, marins depuis toujours

Qui couraient l’océan sur des barques légères,

Penchés dessus le flot bleu comme leur amours :

Ils dorment là, les fils à côté de leurs pères.

 

Plusieurs y sont couchés depuis cent cinquante ans,

Chassés de la patrie où riait leur enfance :

Ce sont les doux martyrs des grands « dérangements »

Qui gardaient en leurs yeux un reste de souffrance.

 

Avec les jours, bien des noms se sont effacés,

Et sous le vent les croix ont incliné leurs têtes.

Les mouettes qui n’ont point peur des trépassés

Viennent souvent s’y mettre à l’abri des tempêtes.

 

Et c’est ainsi que tous, pêcheurs jeunes et vieux,

Ils reposent ayant, comme un mât de misaine,

À leur tête, la croix, et la mer devant eux,

Sous un ciel azuré, dans une île lointaine...

 

 

Jean BRUCHÉSI, Îles de la Madeleine.

 

 

 

 

 

 

 

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