Hiver d’amour

 

 

Je t’aime et je le crie à la neige en passant...

Je t’aime et sa blancheur en devient plus altière.

Je t’aime, et l’arbre mort, d’un geste de prière,

Soudain semble bénir mon cœur reconnaissant...

 

Je t’aime, le froid cingle et me donne l’onglée.

L’oiseau frileux s’est tu dans le creux des buissons ;

La neige en son linceul emprisonne les sons ;

La Diane du parc frissonne, désolée.

 

Tout semble morne et vain, c’est le deuil de l’espoir

Qu’ont pris le buis rigide et le fusain morose.

Pourtant, dans le ciel gris, je découvre du rose,

Un peu de sève ardente en chaque rameau noir.

 

L’hiver peut à mon front mettre ses fleurs de givre,

Aucun de ses glaçons ne m’atteindra le cœur.

Je t’aime, que me fait l’appel du remorqueur

Qui s’en va sur la Seine ainsi qu’un bateau ivre ?

 

Je t’aime ! Quelque part, une cloche s’émeut,

Égrenant note à note un glas liquide et sombre

Et je bois à longs traits ce cantique de l’ombre

Comme s’il s’agissait du vin le plus fameux.

 

Rien ne peut m’attrister, ce soir, puisque je t’aime.

Dans mon âme, insensible aux morsures du gel,

Notre amour a l’éclat des roses de Noël

Qui parent un instant la route austère et blême...

 

Le vent s’efforce en vain d’effeuiller cet amour ;

Il n’emportera pas la tendresse divine

Qui bat si follement au fond de ma poitrine,

Il n’arrachera rien dans son tourbillon lourd.

 

Je t’aime, tout est bleu ! que m’importent la boue

Et la terre souillée où s’enfoncent mes pas ?

Tu vas venir, tu viens ! Je ne sens même pas

Ce vent désordonné qui pourtant me secoue.

 

Il peut se déchaîner ! Je sais que tu m’attends

Et la joie entre en moi comme une eau sans rivage.

À défaut du soleil, bientôt ton cher visage

Aura fait à mes yeux resplendir le printemps...

 

 

 

Suzanne BUCHOT.

 

Recueilli dans Anthologie de la Société

des poètes français, tome 1, 1947.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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