Les petits enfants

 

 

                                         I

 

 

Mon Dieu ! laissez venir dans notre aride voie

Vos petits anges radieux,

Trésors de pureté, d’innocence et de joie,

Qui vivent de fleurs dans les cieux.

Laissez, laissez le vent guider avec mystère

Leur vol si léger et si doux ;

Sous des formes d’enfant qu’ils visitent la terre

Et que leur voix chante pour nous !

 

 

                                         II

 

 

Vous en avez là-haut d’innombrables phalanges ;

Quelques-uns de moins, c’est bien peu.

Laissez-les accourir vers nous vos jeunes anges,

Au corps diaphane, à l’œil bleu.

Et comme les oiseaux qui vont parmi les branches,

Qu’ils viennent parmi nos douleurs,

Afin que nous ayons leurs petites mains blanches,

Pour essuyer nos yeux en pleurs.

 

 

                                        III

 

 

Vous le savez, la vie est ténébreuse et triste ;

À chaque pas nous chancelons ;

Si de vous un peu d’aide alors ne nous assiste,

Hors du droit chemin nous allons

Comme des voyageurs qui n’ont plus de boussole

Et que la tempête poursuit,

Sans rien qui nous éclaire et rien qui nous console,

Nous luttons à travers la nuit.

 

 

                                         IV

 

 

Dans cette vie, hélas qui n’est pas un mélange

De joie et de douleur, mais de chagrins divers,

Des caresses d’enfant et des sourires d’ange,

Peuvent seuls en beaux jours changer d’âpres hivers ;

Car il est quelque chose en ces vives caresses,

De pur comme un reflet de la Divinité,

Quelque chose qui vient des profondes tendresses,

Dont l’homme fut par Dieu si richement doté.

 

 

                                         V

 

 

Ce quelque chose, enfants, c’est comme une auréole,

À votre jeune front, tout voilé de candeur ;

Comme un sublime écho, c’est dans votre parole,

C’est dans votre soupir, comme une douce odeur ;

C’est dans votre regard comme un rayon céleste,

C’est comme un talisman, dans vos fragiles mains,

Et rien d’amer au fond de notre cœur ne reste,

Quand un souffle d’en haut vous pousse en nos chemins.

 

 

                                         VI

 

 

Qu’est-ce qui ne sait pas que ces enfants si frêles,

Si blonds et si rosés, aux pieds si délicats,

Ce sont presque toujours des anges, moins les ailes,

Que pour nous ils font bien, mon Dieu, de n’avoir pas ?

Car ils retourneraient bien vite dans les nues,

Avec les séraphins jouer autour de vous,

Et puis nous n’aurions plus ces âmes ingénues,

Lien mystérieux entre le ciel et nous.

 

 

                                        VII

 

 

Mais ces anges charmants, qui, des lyres divines,

Apportent ici-bas les merveilleux concerts,

Heureux ceux dont ils vont relever les ruines,

Heureux ceux dont ils vont réchauffer les hivers !

C’est pour ceux-là, Seigneur, que votre faveur brille ;

Ils ont comme une part du bonheur des élus,

Et vous êtes bénis, ô vous ! dont la famille

S’enrichit d’un enfant et d’un ange de plus.

 

 

 

Léon BUQUET.

 

Paru dans Anémone, annales romantiques

en 1837.

 

 

 

 

 

 

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