Le silence du Christ

 

 

Après avoir passé toute son existence

À soulager les maux, à prier, à bénir,

Le Fils de Dieu, sans plainte acceptant sa sentence,

Entendit tout un peuple à grands cris le honnir.

 

Et, trahi par Judas, et renié par Pierre,

D’épines couronné, frappé par le bourreau,

Jésus, vêtu de pourpre, abaissait sa paupière,

En silence, tenant son sceptre de roseau.

 

En croix, près de larrons, et repoussant l’éponge

De vinaigre et de fiel, clous aux pieds, clous aux mains,

Le flanc ouvert, le Christ, dont l’œil céleste plonge

Dans l’avenir, priait pour les Juifs inhumains.

 

Son sépulcre fut clos par une pierre lourde ;

Des soldats le veillaient, glaive au poing, flamme aux yeux ;

Sous le poids du granit et de la haine sourde,

Jésus, dans le tombeau, dormait, silencieux.

 

Mais, ainsi que l’avait annoncé le Prophète,

Trois jours après, le Christ, plus vivant et plus beau,

Prit son vol dans l’azur sous le soleil en fête,

Brisant et renversant la pierre du tombeau...

 

Puissé-je comme Lui, si parfois on me lance

L’outrage, ayant toujours espoir dans l’avenir,

Attendre, méprisant l’injustice en silence,

Le grand jour triomphal qui ne doit pas finir !

 

 

 

D. CAILLÉ.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1891.

 

 

 

 

 

 

 

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