Cantique de Judith

 

                                          FRAGMENT

 

 

... Messagers du Très-Haut qui portez son tonnerre

Quand il veut châtier les crimes de la terre,

Qui, le faisant ouïr dans tout cet univers,

Faites trembler les bons ainsi que les pervers,

Ministres immortels de ses justes vengeances,

Nobles princes des cieux, saintes intelligences,

Fidèles protecteurs du destin des humains,

Que sa bonté suprême a commis en vos mains,

De son divin amour, les fournaises ardentes

Et de ses volontés les trompettes vivantes,

Cachet de l’Éternel où lui-même est empreint,

Chantez, chantres divins, que le Seigneur est saint.

 

Et toi qui viens ouvrir la porte à la lumière,

Des chevaux du soleil la belle avant-courrière,

Qui devances ses pas au chemin radieux

Et sèmes l’horizon de bouquets précieux,

Qui te peins au matin de cent couleurs nouvelles

Et fais voir à nos yeux mille choses si belles,

Toi qui rends l’univers épris de tes beautés,

Lui ramenant le roi des feux et des clartés,

Jeune fille du ciel, des ombres triomphante

Qui sors de l’Orient et vermeille et riante,

Répandant sur les fleurs la fraîcheur de ton teint,

Par ton éclat pompeux, loue le trois fois saint.

 

Flambeau de l’univers dont la clarté féconde

Fait mouvoir tous les corps et conserve le monde,

Prince du Zodiaque et des douze maisons,

Courrier infatigable, arbitre des saisons,

Toi qui donnes toujours l’éclat à toutes choses,

Qui mets le blanc au lis et l’incarnat aux roses,

Qui, regardant la terre en tes vives chaleurs,

Fais sortir de son sein et les fruits et les fleurs,

Ardent père du jour, époux de la nature,

Du soleil éternel l’éclatante peinture,

Peintre, qui sans couleur toute la terre peins,

Écris en lettres d’or le nom du trois fois saint.

 

Toi que fuient le repos, le silence et les ombres,

Q ni fais voir les objets taciturnes et sombres,

Bel astre dont le feu qui faiblement nous luit

Fait voir un petit jour au milieu de la nuit,

Lune, qui tout ensemble es si froide et si claire,

Qui brilles de l’argent que te prête ton frère,

Qui règnes à ton tour sur la moitié de l’an

Et qui donnes des lois au superbe océan,

Claire soeur du soleil de qui la diligence

Sur un beau char d’argent roule le doux silence,

Le page lumineux qui jamais ne t’atteint

T’inspire le désir de louer l’Esprit saint.

 

Vous dont la triste nuit sème ses sombres voiles,

Beaux yeux du firmament, éclatantes étoiles,

Paisibles escadrons, présages du sommeil,

Étincelantes sœurs rivales du soleil,

Doux espoirs des nochers qui malgré les orages

Leur découvrez toujours les ports et les rivages,

Diamants hors de prix enchâssés dans les cieux

Dont le feu riche et pur plaît si fort à nos yeux,

Brillantes roses d’or en champ d’azur semées,

Clous du superbe char du grand Dieu des armées,

Clairs flambeaux de la nuit que le soleil éteint,

Ne défaillez jamais à louer l’Esprit saint...

 

 

 

Marie de CALAGES.

 

Extrait de Judith ou la délivrance de Béthulie, 1660.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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