L’idéal dans l’art

 

 

À CHARLES GOUNOD

 

 

                              I

 

 

Je travaille d’après une certaine idée

que j’ai dans l’esprit...

Je m’efforce de la réaliser.

(Lettre de Raphaël.)

 

 

Où Raphaël prit-il cette grâce divine,

Cet adorable charme animant ses tableaux,

Ces poses, ces regards et ces contours si beaux,

Ce coloris si frais, cette touche si fine ?

 

On conte qu’il aima la jeune Fornarine,

Que sa brillante image inspira ses travaux,

Et qu’en ses œuvres, comme en de limpides eaux,

Se mire la beauté de la Transtévérine.

 

Mais non : son vrai modèle est immatériel,

Et se révèle à nous dans ses vierges du ciel ;

C’est une vision, une sublime idée :

 

Il la sent vivre en. lui rayonnante – il l’a dit. –

Dans tout ce qu’il a fait l’idéal resplendit ;

Son âme monte aux cieux, par l’idéal guidée.

 

 

 

                              II

 

Je ne crois pas avoir composé cet air.

Pendant mon sommeil, il me sembla,

une nuit, que des voix célestes

chantaient dans mon rêve,

et je n’ai eu qu’à écrire

sous leur dictée.

(Lettre de Gounod.)

 

 

Vous avez fait aussi, Gounod, ce noble aveu,

Ô vous, le Raphaël des saintes harmonies,

Ô vous, pour qui des chœurs d’invisibles génies,

Modulent des accords dans le vaste éther bleu ;

 

Sons où vibrent l’amour et ses transports de feu,

Sa foi et ses espoirs, ses douleurs infinies,

Hymnes où, déployant l’aile des symphonies,

La foi nous porte émus jusqu’au trône de Dieu.

 

Dans un rêve, une nuit, vous goûtiez solitaire

La paix qui règne en haut et descend sur la terre ;

Vous ouïtes des voix qui chantaient quand tout dort.

 

Vous écoutiez, ravi. Puis, au sortir du songe,

Comme un écho d’un bord à l’autre se prolonge,

Votre doux chant jaillit, ô maître à l’archet d’or.

 

 

 

 

Aimé CAMP.

Paru dans Le Chercheur, revue éclectique, en 1888.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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