Les consolations de l’espérance

 

 

Où est l’âme condamnée à partager souvent, frère,

Des travaux tumultueux, ou le souci solitaire,

Bénie par la pensée idéale errant obscure

Pour compter les plaisirs d’un jour de la fortune dure.

 

LE PRISONNIER.

 

La Nature, l’espoir de liberté raniment, là,

L’occupant aux yeux affaiblis du donjon que voilà ;

L’ami longtemps perdu ou l’enfant malheureux rendu

Sourit au feu flambant, à sa table sociale, ému,

Les larmes d’extase de son cœur coulent en torrent,

Et la vertu triomphe du mal rappelé souvent.

Ne blâme pas sa paix, Raison, ne détruis pour jamais

Les formes d’un plaisir non créé, bonheur toujours frais,

Qui poussent le flot de la vie et versent en pitié

Sur son heure de minuit un charmant sommeil doré.

 

L’ALIÉNÉE.

 

Écoute, la folle chante fort à la brise forte

Qui la voile distante de son cher amant transporte.

Elle vit, triste témoin, sur la plage, être navré,

La vague qui portait un corps de linceul dénué,

Reconnut la forme et, criant en étonnement, là,

Serra ses mains, et son regard de folle se fixa.

Pauvre veuve, c’était bien là qu'elle pleurait en vain

Jusqu’à ce que la mémoire l’abandonnât enfin ;

Mais la pitié donna ce sens de bonheur pour charmer

La paix si douce que la vérité n'a pu donner,

La joie imaginaire luit chaude en son cœur dans l’ombre,

Et l’espoir sans but réjouit son rêve le plus sombre.

Souvent quand la lune a monté dans le ciel de minuit,

Et que l’oiseau de mer pousse seul son cri sans répit,

Ses fagots flambants brûlent là sur la cime si belle,

Pour saluer la barque qui ne viendra plus vers elle,

Et elle l’attend, mais s’abstient à peine de pleurer

Pour que sur la mer l’amour puisse si longtemps tarder.

 

LE VAGABOND.

 

Vois le vagabond dont les fautes n’ont connu jamais

Le regard calmant du monde, quoique faux et mauvais,

Dont le cœur errant porta le coup de douleur, confus,

Mais ne trouva point de pitié quand il ne pécha plus.

Cet homme sans ami, dont les yeux la douleur ne quitte ;

Que l’homme fier regarde, en passant son chemin très vite,

Condamné sur la route du Besoin à errer blême,

Méprisé du monde, et laissé sans gîte pour lui-même.

Et celui-là, s’il errait par hasard au soir, lassé,

Par le sentier d’aubépine du village, affamé,

Où autour de l’allée d’une chaumière sont vus

Le champ de fèves en fleurs et le vert gazon, en plus,

S’appuie à la barrière, et pense à ce moment qui plaît :

« Que pour moi une maison semblable me sourirait,

L’ombrage du village, pour rendre à mon corps sauvage

La santé dans la brise, et un doux abri dans l’orage;

Ma main n’y donnerait nul don borné ni rude couche

Aux malheureux, souffrant comme moi, mais, que nul ne touche. »

Ce vœu généreux peut calmer son mal non soulagé,

Un demi-espoir luit lorsque prie l’abandonné.

 

 

 

Thomas CAMPBELL.

 

Fragments extraits de Pleasures of Hope.

 

(Traduit par sir Tollemache Sinclair.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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