Lamentation sur la Pologne

 

 

Vérité sainte ! pour un temps ton triomphe passa,

Ta sœur, l’Espérance, avec toi de sourire cessa,

Quand l’Oppression liguée envoya aux guerres atroces

Ses bataillons barbus et ses nombreux hussards féroces,

Fit flotter son drapeau dans la brise de l’aube d’or,

Battit son tambour bruyant, sonna de son puissant cor ;

L’horreur effroyable plana sur leur fière avant-garde,

Présageant pour la Pologne une colère pillarde !

Le dernier champion de Varsovie des murs voyait

Un désert de ruines qui sur les champs se déployait,

« Ô Dieu! dit-il, sauve mon pays saignant dans sa chute !

Ta main ne veut-elle pas aider le brave en sa lutte ?

Pourtant, quoique la ruine ravage ainsi cette plaine,

Debout, compagnons ! La cause du pays n’est pas vaine !

Nous brandissons notre épée pour sa gloire immortelle,

Jurons de vivre pour elle, ou de mourir avec elle ! »

Il dit ; sur le haut des remparts, par lui furent rangés

Ses braves guerriers, peu nombreux, mais point découragés ;

À pas fermés et lents, ils forment un front menaçant,

Calme comme la brise, comme l’orage effrayant ;

Des sons doux et bas volent le long de chaque drapeau,

C’est le mot d’ordre : « Vengeance ou mort! Victoire ou tombeau ! »

On entendit des notes tout-puissantes à charmer,

Le tocsin bruyant sonna leur dernier cri de danger !

C’est en vain, hélas ! en vain, vous, braves trop peu nombreux !

Dans les rangs, vos canons grondent comme un tonnerre affreux !

Ô tableau sanglant dans le livre du Temps ! – fait honteux !

La Pologne tomba, sans commettre de crime, ô dieux!

Ne trouva pas un seul ami, pas d’ennemi clément,

Ni force dans son bras, ni pitié dans son sort navrant !

De son poignet énervé tomba la lance brisée ;

Son œil brillant se ferma, sa carrière fut bridée,

Et pour longtemps, l’Espérance au monde fit ses adieux,

Koscziusko vaincu, la Liberté gémit aux cieux !

 

 

 

Thomas CAMPBELL.

 

 

(Traduit par sir Tollemache Sinclair.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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