L’hirondelle

 

 

C’était un jour de juin. Sous la verte ramée

L’onde et l’oiseau mêlaient les accords de leurs voix.

Le soleil argentait la pelouse embaumée

Et la brise agitait le grand clavier des bois.

 

Je contemplais, pensif, l’orgueilleuse nature

Déroulant au regard ses féeriques splendeurs,

Quand, soudain, j’aperçus au fond de la ramure

Un petit chantre ailé volant de fleurs en fleurs.

 

Je m’approchai – c’était la gentille hirondelle

Qui saluait l’aurore aux brillantes couleurs ;

Joyeuse, elle égrenait sa tendre ritournelle

Dans l’air tout imprégné d’agréables senteurs.

 

                                       *

                                   *      *

 

Oh ! sois la bienvenue, hirondelle vaillante,

Compagne de la rose, oiseau consolateur !

Lorsque tu viens, petite, une joie éclatante

Illumine le front du pauvre moissonneur !

 

Tu veilles sur le grain, de village en village,

Et sais le protéger contre le moucheron ;

Chaque été tu poursuis ta tâche avec courage

En brisant sans pitié l’insecte et l’embryon !

 

                                       *

                                   *      *

 

Le riche a ses oiseaux qu’à prix d’or il achète,

Oiseaux bariolés comme les arcs-en-ciel,

Qui soupirent leurs chants, ainsi qu’une fillette,

Pour de légers gâteaux ou des rayons de miel.

 

L’hirondelle se rit des naïves caresses

Que le riche prodigue à ses oiseaux aimés ;

La liberté, voilà sa corbeille d’ivresses !

Elle aime le grand air et les nids parfumés.

 

Elle habite partout : la terre est sa patrie.

Des rivages du Gange aux bords du Saint-Laurent,

Le laboureur l’accueille avec idolâtrie,

Car cet oiseau, pour lui, c’est plus qu’un conquérant !

 

Puis quand le morne hiver, cet hôte impitoyable,

Déroule sur nos prés son tapis de frimas ;

Quand le nid des amours devient inhabitable,

Elle prend son essor, vers de plus chauds climats.

 

Poussant son vol altier à travers les empires,

Les fleuves, les déserts, les pics vertigineux,

Elle berce, en volant, sur l’aile des zéphires

Ses suaves accords qui montent vers les cieux.

 

Mais vienne le printemps avec ses nids de mousse,

Son radieux soleil, ses bosquets enchantés,

On la voit aussitôt, comme une amante douce,

Joyeuse, revenir aux lieux qu’elle a quittés.

 

Puissé-je encor longtemps, ô gentille hirondelle,

Écouter ta romance et tes cris de bonheur !

Ah ! reviens sous nos cieux, messagère fidèle,

Mettre un rayon d’espoir dans notre pauvre cœur !

 

 

Juin 1878.

 

 

J.-B. CAOUETTE,

Les voix intimes, 1892.

 

 

 

 

 

 

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