Sans cœur

 

 

Dieu mit sur votre front la fierté d’une reine ;

Puis, prenant deux saphirs sur son royal bandeau,

Lui-même, il cisela vos grands yeux de sirène,

Brillants, comme au soleil brillent deux gouttes d’eau.

 

Quand il vous eut donné cet air de souveraine,

Il mit dans votre voix un ramage d’oiseau,

Quelque chose de doux, de languissant, qui traîne

Comme le chant lointain que soupire un roseau.

 

Sur vos lèvres qu’entrouvre un sommeil, il fit naître

Ce sourire de sphinx, si profond que, peut-être,

Nul ne saura jamais s’il est triste ou moqueur.

 

Alors, vous contemplant, il vous trouva si belle

Que, n’osant plus toucher à son œuvre nouvelle,

Sous votre sein d’ivoire il oublia le cœur.

 

 

 

Louis CAPILLERY.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1891.

 

 

 

 

 

 

 

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