La cathédrale de Metz

 

 

 

Ce bel édifice, qui date du huitième siècle

et qui à juste titre excite l’admiration

des citoyens et des étrangers, est en

première ligne ou plutôt hors ligne.

                                      Cte de B.

 

 

 

Heure suave, heure de fête,

Ah ! du retour, moment heureux,

Metz, salut ! ma joie est parfaite,

Je revois tes murs glorieux.

Salut ! Cathédrale gothique,

Toi que commença Chrodegrand,

Salut ! tout, dans ta nef antique,

        Est noble et grand !

 

En ne songeant, loin de la France,

Sous un beau ciel oriental,

Qu’à toi, comme l’exilé pense

Aux charmes vrais du toit natal,

Je voyais toujours tes guirlandes,

Ces purs ornements du saint lieu,

Des anciens jours, riches offrandes,

        Dignes de Dieu !

 

Aujourd’hui ce n’est plus un rêve ;

Voilà tes piliers vénérés,

Et de l’office qui s’achève,

J’entends, ému, les chants sacrés ;

Du sanctuaire ô voix pieuses,

Coulez, coulez comme un doux miel,

En chœur, vibrez harmonieuses

        Jusques au ciel !

 

La cloche tinte et se balance,

L’orgue a cessé de retentir,

La foule se lève en silence

Et s’incline prête à sortir ;

Quand avec elle, ô mon beau temple !

Il faut s’éloigner lentement,

Comme tout en moi te contemple

        Avidement !

 

De ta rose, admirable ouvrage,

Voilà les splendides couleurs,

Et les autels où le feuillage

Toujours frais s’entrelace aux fleurs ;

Lis purs à l’haleine enivrante,

Tombez à mes regards ravis,

Et parsemez, pluie odorante,

        Les saints parvis.

 

En toi, tout charme, œuvre puissante,

Ta flèche à jour, et tes arceaux,

Et la majesté saisissante

De tes piliers, hardis faisceaux,

Et tes ogives effilées,

Et les ornements gracieux

Des tours qui montent crénelées

        Si près des cieux !

 

Vaste palais de la prière,

Qui peut, l’écho l’a répété,

Égaler ta grâce légère,

Et ton imposante beauté ?

Heureux qui peut voir tes sculptures,

Tes vieux fleurons toujours nouveaux,

Et les magnifiques peintures

        De tes vitraux !

 

Soudain portés par la lumière,

Les reflets les plus scintillants,

Sur les marches du sanctuaire,

Promènent leurs feux vacillants.

Plus loin on dirait des jacinthes,

Des iris, dont les vives fleurs

Viennent jasper les dalles saintes

        De leurs couleurs.

 

Mais le dernier reflet s’efface,

Tout disparaît rapidement,

Hormis ta nef et son espace,

Et ce vague rayonnement,

Jour à la fois doux et mystique,

Qui nous saisit, nous fait rêver,

Et qu’on peut, sous ta voûte antique,

        Toujours trouver.

 

Salut ! superbe basilique,

Auguste et pieux monument

Où l’on garde comme relique

Le grand siège de saint Clément.

Salut ! emblèmes, découpures,

Vitraux brillants aux reflets d’or,

Cintres légers, ogives pures,

        Salut encor !

 

 

 

Édouard CARBAULT.

 

Paru dans L’Austrasie en 1863.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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