Le cœur, organe de l’amour

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Max CARON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DE toutes les facultés de l’âme, c’est celle d’aimer qui, seule, permet à l’homme de réaliser sa vraie grandeur morale.

La faculté de comprendre nous a été donnée pour rechercher le vrai, le beau, le bien.

 

La faculté de vouloir, pour soutenir nos efforts vers l’idéal entrevu et rêvé.

 

Mais, a dit Bossuet, « toute science – comme aussi toute volonté – qui ne va pas à aimer est une science inutile ».

 

Entre le séraphin et l’archange déchu, la différence essentielle n’est ni dans la puissance de l’intelligence ni dans la force de la volonté, elle est dans la faculté d’aimer. Le séraphin est tout amour ; l’archange déchu n’est plus que haine. Interrogé un jour sur sa nature par sainte Thérèse, Satan répondit : « Je suis celui qui ne sait plus que haïr ! »

 

Or, chez l’homme, l’organe de l’amour, c’est le cœur. Voilà ce qu’a toujours cru, ce que croit et ce que croira l’humanité jusqu’à la fin du monde.

 

Les plus grands génies de l’antiquité l’ont pensé, l’ont écrit. Après tant de siècles écoulés, nous ne pensons pas, nous ne parlons pas autrement.

 

Un poète a fait ce vers sublime :

 

            Ah ! frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie.

 

Un puissant observateur a dit, en nos jours : « Toutes les grandes pensées viennent du cœur. »

 

Dieu lui-même ne nous dit-il pas : « Mon fils, donne-moi ton cœur ? » Il sait mieux que tout autre encore que celui qui donne son cœur se donne tout entier.

 

C’est surtout le christianisme qui a mis le cœur humain en valeur, comme organe de l’amour.

 

Le paganisme ayant laissé tomber l’âme dans la boue des sens, l’homme ne savait plus s’élever à l’amour pur, à l’amour chaste. Le christianisme paraît ; avec lui l’âme ressuscite, et le véritable amour renaît en notre monde.

 

Voyez Marie-Madeleine. Avant sa rencontre avec Jésus, elle ne connaît que les instincts de la courtisane ; mais une fois qu’elle a brisé aux pieds du Sauveur l’albâtre de ses parfums criminels, quel noble amour entre dans son cœur !

 

Cette femme est bien la personnification de l’humanité, avec cette différence, cependant, que, pour sa réhabilitation, un seul instant avait suffi, tandis que, pour la réhabilitation de l’humanité, il faudra des siècles et des siècles.

 

Les premiers âges chrétiens ne connurent guère que la crainte de Dieu. La croix fut leur symbole. D’ailleurs, n’était-ce pas le ciel lui-même qui le leur avait donné par l’apparition du Labarum ?

 

Après douze siècles d’Évangile, l’humanité est devenue capable d’un sentiment supérieur à celui de la crainte. Alors, Dieu l’arrête devant le tabernacle :

 

            Du saint Amour, c’est le mystère !

            Ô mon âme, adore et tais-toi.

 

À partir de ce moment, le cœur devient l’emblème de tout ce qui est grand, généreux, sublime.

 

La chevalerie le fait figurer, sous mille formes, dans ses blasons : il est là comme le signe des plus nobles amours de la terre.

 

L’architecture le place au sommet des verrières de nos églises, dans les rosaces de nos cathédrales : il est là comme la manifestation de l’amour que tous ont pour Dieu.

 

Nos pères allèrent plus loin encore dans la manifestation de ce sentiment.

 

Pour eux, le cœur, c’est tout l’homme. Aussi on les voit léguer, par testament, leur cœur à ceux qu’ils ont le plus aimés. C’était leur donner la preuve suprême de l’amour qu’ils avaient eu pour eux et qu’ils voulaient leur garder jusque dans la mort. Ce legs touchant et sublime devint universel. On en a la preuve quand on parcourt nos vieilles cathédrales, nos antiques abbayes.

 

Voilà ce que pense l’humanité depuis huit mille ans, et ce qu’elle pense de plus en plus à mesure que l’Évangile l’élève et la parfait : ce qu’il y a de meilleur, de plus grand, de plus divin en l’homme, c’est l’amour ; et le foyer, le sanctuaire de l’amour, c’est le cœur.

 

Laissons donc de prétendus savants disserter contre le cœur, sous prétexte que leur scalpel n’y a pas trouvé l’amour. A-t-il trouvé davantage la pensée dans le cerveau et la volonté dans le cervelet ?

 

Dans l’ordre même simplement naturel, est-il rien de plus mystérieux, rien de plus inexpliqué que l’union de l’âme avec le corps ? Inclinons-nous donc religieusement devant le mystère. En donnant, comme il nous le demande, notre cœur à Dieu, c’est le plus beau présent que nous puissions lui faire, le seul digne de nous et le moins indigne de lui.

 

 

 

Max CARON.

 

Paru dans la revue Le Noël du 8 juin 1916.

 

 

 

 

 

 

 

 

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