Chant funèbre


Ô Mère des Douleurs c’est ton enfant qui meurt à ce point
et l’Office de la flagellation commence
et tes plaies sont les ornements sacrés que tu revêts
pour la célébration de ton martyr.
Jean, laisse-moi près de toi, le servant aux gestes fidèles, le confident du Verbe, et l’écho de ton cri
qui te présente l’eau pour purifier tes mains
après avoir reçu les offrandes de leurs soufflets,
de leurs crachats,
que t’apportent les infidèles pour les présenter à Dieu.


                    Le froid doucement glisse sur ta croix,
le serpent du premier jour, l’éternité qui se déploie.
                    Ma mère est là à tes pieds, toute rêveuse de son fils et le Non monte à sa gorge, le hurlement
de la bête saignant dans son enfant livré, enfantant à nouveau le corps menu de son angoisse,
son fils des ténèbres,
ce mince visage d’ombre qui se nourrit
à son même Jardin
le sanglot comme un diamant dans ses doigts.
                    Mère toute fleurie par ton chagrin
voici la guirlande froissée de ses yeux autour de toi,
la corolle frémissante de ses pleurs qui s’ouvre, les hordes illuminées de tous nos morts autour de ses poignets
voici ses larmes clouant sa chair sur le Bois
voici le glaive de son Cri sur ta bouche fermée
voici son cœur déjà becqueté par les oiseaux obscurs de la Colère.

 

 

 

Jean CAYROL.

Recueilli dans Notre-Dame des poètes,
anthologie réunie et présentée par Joseph Barbier
(Robert Morel éditeur, 1966).

 

 

 

 

 

 

 

 

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