Devant Notre-Dame de la Salette

 

 

À chaque heure, au plus haut où se plaît ta pensée

S’incline le regard de cette mère en pleurs.

À chaque heure, glissant de son âme blessée,

Une larme aura dit de nouvelles douleurs.

 

Vainement une larme à des larmes s’ajoute.

Le cœur ne cède pas quand l’esprit se soustrait,

Et tu poursuis toujours ton inutile route

Sans voir quelle Présence insigne veille auprès.

 

Où donc est l’Alpe noire et l’âpre solitude,

Le ruisseau sinueux à travers le rocher ?

Où donc, les deux enfants surpris dans l’habitude,

Au milieu du désert, des joies et du péché ?

 

Ici n’est plus qu’une humble dame de village,

La Vierge sans défaut que revêt le soleil,

Et pourtant se révèle, au travers d’un ménage,

L’Épouse que ton Dieu se garde à ton conseil.

 

C’en est trop de surprendre en son Fils l’amertume,

Pour son cœur maternel que tout opprobre atteint,

Et notre plaidoyer qu’Elle seule Elle assume

Ne peut plus détourner l’arme qu’elle retient.

 

Il lui faut le secours de l’homme, l’assistance

D’un peuple versatile et léger en sa Foi.

Mais que peut le mot d’ordre ingrat de pénitence

Si l’aveugle désir élude toute loi ?

 

Quand notre livre ouvert prendra-t-il goût de cendre ?

Quand rechercherons-nous les ronces du chemin ?

Quand nos songes secrets fuiront-ils leurs méandres ?

Quand l’homme, en Dieu fixé, sera-t-il plus humain ?

 

La croix pareille à nous, mais raboteuse et nue,

Plus douce nous paraît, grâce à la Mère en pleurs,

Parmi l’égarement et l’oubli revenue,

Rose de lumière, étoile de bonheur.

 

 

 

Louis CHAIGNE.

 

Paru dans la revue Marie

en janvier-février 1956.

 

 

 

 

 

 

 

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