Contre l’irrésolution

en matière religieuse

 

 

Quel est ce cœur, assailli par le Ciel,

Tremblant devant la porte du bonheur,

La tenant ferme, et n’osant se risquer

À l’ouvrir franchement, à la franchir ;

Qui pourrait se définir par un doute :

Entrer, ne pas entrer – vivre ou mourir ?

Ah ! chère âme, n’hésitez plus ! Un lent

Et tardif « oui » fut un « non » prolongé.

Qui cède enfin, a longtemps essayé,

Et de tout son pouvoir, de refuser...

– Voyez, lisez le visage du Monde,

Le champ de la Nature, ou de la Grâce.

Où pouvez-vous découvrir une excuse,

Où, pour toutes vos lenteurs, un exemple ?

Voyez, les fruits sont fidèles aux fleurs,

Sentent l’appel des douces pluies célestes.

Chaque plante, attentive, exauce vite

L’espoir et la promesse du bourgeon.

Semailles ne sont tout : il faut aussi récolte.

Hélas ! L’an n’a-t-il pas pour vous de renouveau ?

Les vents, les eaux, impatients, se pressent,

Murmurant s’ils éprouvent un arrêt.

Voyez, les flots déferlants luttent, glissent,

Nul ne voulant être laissé derrière.

Chacun d’eux, affairé, repousse l’autre,

Et semble dire : « Hâte-toi donc, mon frère. »

Race de l’air, les pures tourterelles

Qui traînent le char des chastes Amours,

Blâment vos lenteurs. Ces choses inertes,

Dont la nature a le moins besoin d’ailes,

Se font, du moins, des ailes de leur poids ;

Et par l’amour dirigent leur destin.

Tel l’acier lourd, ne sachant se mouvoir,

Se connut léger d’abord par amour...

– Tout être au Beau, au Bien, jure amitié,

Leur fait la cour ; seul l’homme est courtisé,

Patiemment, et conquis à grand’peine ;

En toute chose lent, sauf à se perdre.

C’est comme si l’accord était conclu

De si stricte façon de Ciel à Terre,

Que notre Dieu prospérerait par trop,

Gagnerait trop à ce marché, si nous

Donnions trop tôt nos âmes rachetées

À Lui, qui nous aima d’autre façon.

Quand l’amour de nous l’appela, pour voir

Si nous voudrions de sa compagnie,

Quittant la Cour de son Père, il courut,

Aussi léger qu’une flamme subtile,

De mont en mont bondissant, afin d’être

L’humble Souverain de vous et de moi.

Et le souci de tout son vaste empire

(Quand un pauvre soupir le fait descendre)

Ne peut le retenir ; car il dépasse

Du vent paresseux les trop lentes ailes,

Brise les lois de l’Espace et du Temps,

Et traverse sept ciels pour courir en nos bras.

Âme prudente, rendez-vous à Lui,

Voyez votre triomphe en Sa victoire.

Chassez les tristes peurs, que la Foi vainque ;

Tuez tout retard, sauvez votre vie.

Tenir, en ce domaine, est couardise,

Et ne pas céder, manque de courage.

 

 

 

Richard CRASHAW.

 

(Traduit par Louis Cazamian.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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