Son nom

 

                                           Le nom de celle que j’aime,

                                           . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

                                           Je ne le dis qu’à moi-même...

                                                            Loïsa PUGET.

 

 

On rêve, quand la lune est doucement voilée,

Quand l’œil distrait s’égare à la voûte étoilée,

                    Quand la terre est sans bruits.

Des souvenirs d’amour viennent reposer l’âme ;

On cause avec son cœur, on jette un nom de femme

                    Aux tièdes vents des nuits.

 

Un nom qu’on aime tant ! qui charme la souffrance,

Et se mêle, toujours radieux d’espérance,

                    Aux rêves d’avenir ;

Nom gracieux et beau, que souvent, à l’oreille,

L’ange vient murmurer au malheureux qui veille.....

                    Doux comme un souvenir !

 

Un nom, qu’un jour nous dit sa lèvre bien-aimée,

Et qui, plus tard, signa la lettre parfumée,

                    Qu’on porte sur son cœur ;

Un nom... le nom sacré de la première femme

Dont le regard d’amour initia notre âme

                    Aux secrets du bonheur !

 

Car ce nom, c’est le sien. Recueilli par la brise,

Il revient : on l’entend comme une voix exquise

                    Qui chante un chant d’amour ;

Comme l’écho lointain d’une sainte harmonie,

Ou comme un faible accord des harpes d’Éolie

                    Vers le soir d’un beau jour.

 

Oh ! qui ne l’a mêlé souvent, dans sa prière,

Aux vœux qu’on fait, le soir, pour la sœur ou la mère

                    Qui pleure loin de nous ?

Qui ne l’a murmuré dans ses nuits d’insomnie,

Quand on prend en dégoût cette terre et la vie

                    Si pesante pour tous ?

 

Hélas ! moi qui connais les heures d’amertume

Où le spleen assombrit de son voile de brume

                    Nos songes de vingt ans,

Que de fois j’ai trouvé dans ce nom plein de charmes,

Quand j’étais seul et triste, un remède à mes larmes,

                    Un baume à mes tourments !

 

Aussi, j’en fais serment, que je vive ou je meure,

Je veux que, jusqu’au bout, ce nom béni demeure

                    Mon culte le plus pur.

Elle ! je veux l’aimer de loin, comme une sainte,

Vierge d’âme et de corps, pure et sans nulle atteinte,

                    Comme des cieux l’azur !

 

 

 

Paul FÉVAL.

 

Recueilli dans Souvenirs poétiques

de l’école romantique, 1879.

 

 

 

 

 

 

 

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