Le cantique de Lourdes

 

 

PRÉLUDE

 

Mes amis, venez entendre

L’histoire pieuse et tendre

Arrivée en mon pays

Où les eaux vives bruissent.

Elles tombent et puis glissent

Le long des champs de maïs

Et sur les prés qu’elles lissent

Comme ceux du paradis.

La montagne est suspendue

Au-dessus de l’étendue ;

On dirait que dans ses mains

C’est un ange qui la tient

Comme une longue guirlande

Faite de fleurs de lavande,

De roses blanches et de lys.

C’est dans ce pays béni

Où chantent autant de feuilles

Que l’on peut compter de nids,

Si les cœurs qui se recueillent

Sont les nids de l’infini,

C’est dans ma claire Bigorre

Que l’Étoile de l’Aurore

S’est montrée à une enfant.

La Sainte Vierge Marie

Aime les belles prairies

Qui sont au bord des torrents,

Ou bien les rochers penchants

Sur le miroir des eaux vives.

À Bétharram elle vient,

Un laurier dans une main,

Sur l’anfractueuse rive.

À Sarrance, un peu plus loin,

Une source la retient.

Notre-Dame de Fourvières

Est sur la colline altière.

Et c’est d’un rocher marin

Que la Dame de la Garde

Commande d’un œil serein

À la tempête hagarde.

Elle vient parmi les fleurs,

Aux vertes feuilles amères

Des écumes éphémères,

Sur la falaise d’Honfleur.

Au penchant d’une vallée

Sa maison s’est envolée.

Vous voyez, c’est le rocher

Qu’elle semble rechercher.

N’est-il dit, dans le Cantique,

Que la Colombe mystique

Y vole pour y nicher ?

Lourdes a été choisie

Et sa douce mélodie

Sort encore du rocher.

Ce flot qui coule et roucoule

J’ai appris ce qu’il contient :

Les pleurs âcres d’une foule,

Mais aussi l’unique bien :

Celui que me donna Lourdes

Un jour que, l’âme trop lourde,

Croyant n’espérer plus rien,

J’allai m’y laver les mains

Et que, les sortant soudain,

Je vis dans leur pauvre argile

Briller comme en un écrin

Les perles de l’Évangile.

 

 

CANTIQUE

 

1.    Le moulin de Boly,

       Qui a sur ses palettes

       Des mousses verdelettes

       Et de l’argent qui rit,

       Vit naître Bernadette.

 

2.    De ce pauvre moulin,

       Cette enfant est sortie

       Ivre de pain de vie ;

       On dépouille les grains

       Pour faire les hosties.

 

3.    Dans un hameau penchant

       Des Hautes-Pyrénées,

       Elle fut allaitée

       Par Marie Arravant,

       Puis aux siens ramenée.

 

4.    La nourrice au cœur d’or,

       Rappelant Bernadette

       Quand elle fut grandelette,

       Lui confia le trésor

       D’un troupeau d’agnelettes.

 

5.    À Lourdes, elle revint,

       Vers sa quinzième année,

       Dans l’ombre infortunée

       Où, chassés du moulin,

       Ses père et mère étaient.

 

6.    Ne sachant lire, mais,

       Le soir, la jouvencelle

       Mieux qu’en un livre épelle,

       Dessus son chapelet,

       La leçon éternelle.

 

7.    Bernadette souffrait.

       Elle était peu de chose

       Comme l’alpestre rose

       Au vent de la forêt,

       Qui tremble à peine éclose.

 

8.    Mais cette rose-là

       Attirait les abeilles

       Que le ciel ensoleille

       Et elle parfuma

       Le roc de Massabielle.

 

9.    Près du roc, cette enfant

       – Ainsi la rose blanche

       Vers la terre se penche –

       Allait chercher souvent

       Un petit faix de branches.

 

10.  On en faisait du feu

       Chez son père et sa mère

       Dont la noire misère

       Ne s’éclairait un peu

       Que, par cette bergère.

 

11.  Un jour se répandit

       Cette nouvelle étrange

       Que la Reine des anges

       Venait du Paradis

       Jusques au seuil des granges.

 

12.  Et le peuple disait :

       « C’est à la bergerette

       Qui a nom Bernadette

       Que la Vierge apparaît

       Aux rocheuses retraites. »

 

13.  Pâtres jeunes et vieux

       Ne parlent qu’à voix basse

       Lorsque, par la Merlasse,

       Grave et baissant les yeux,

       La Bernadette passe.

 

14.  Sitôt les Pharisiens,

       Hérode avec Caïphe

       Et les autres pontifes,

       Ne veulent croire à rien

       Et ils montrent les griffes.

 

15.  Plus fort que n’est le fort

       Dont les murailles lourdes

       Jettent l’ombre sur Lourdes,

       L’Amour vaincra la Mort

       Et l’incroyance sourde.

 

16.  Le ruisseau du moulin

       Coulera sur la mousse

       Qu’il rend brillante et douce,

       Quand il ne quitte point

       La pente qui le pousse.

 

17.  Bernadette suivra

       Le sentier de la Grâce

       Comme la biche passe

       Le long de la paroi

       Malgré pierres et glace.

 

18.  Le parfum du lys blanc

       S’épand dans la vallée.

       Bernadette est allée

       Avec le cœur tremblant

       Cueillir l’Immaculée.

 

 

 

Francis JAMMES,

La Vierge et les Sonnets.

 

Recueilli dans Rosa mystica :

Les poètes de la Vierge,

du XVe au XXe siècle, s. d.

 

 

 

 

 

 

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