Tristitia dulcis

 

 

Qu’il est simple, ce site ! Un vieux bois, une route

Qui le traverse et grimpe au loin vers le couchant,

Le bruit d’une eau qui coule aux alentours sans doute,

Un inconnu qui passe et salue en passant...

 

Qu’il est simple ! et pourtant je sens un souffle d’âme

Frissonner dans l’azur, courir au flanc des monts ;

La nature est pour moi comme une grande femme

Rayonnante sous l’or des soleils, des moissons,

 

Rajeunie en avril, blanchissante en automne,

Mélancolique au soir et rieuse au matin,

Mais divine surtout la nuit, sous sa couronne

D’étoiles, que surmonte un croissant argentin.

 

Oui, mon Dieu ! tu m’as mis au cœur une tendresse

Presque infinie envers tout ce que tu créas ;

Le charme de tes cieux descend sur ma tristesse

Comme un baume, et la terre est moins dure à mes pas.

 

La mort même a pour moi je ne sais quel sourire,

J’aspire au grand repos sous les saules pleureurs

Et, dans mes derniers vœux, j’aurai soin de redire

Qu’à ma tombe il faudra des fleurs... beaucoup de fleurs.

 

 

 

Lucien JENY.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1895.

 

 

 

 

 

 

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