Sous le cloître

 

 

Près du cloître où la vigne est blonde de lumière,

Oublieux du cruel passé qui fut le mien,

J’abandonne, en priant, mon âme tout entière

Aux attraits de ce beau printemps italien.

 

Dans mon ravissement je crois marcher à peine,

Je sens comme bondir la terre sous mes pieds.

Ce matin, dans la claire église franciscaine,

J’ai compris le bonheur des cœurs sacrifiés.

 

La jeunesse du monde, en sa candeur divine,

Autour de moi remplit l’air brûlant et vermeil :

Une autre adolescence éclot dans ma poitrine,

Et je voudrais livrer ma poitrine au soleil.

 

J’ai respiré l’esprit de l’insensé d’Assise,

Tenant même aux oiseaux des discours ingénus.

Dans l’ardeur qui m’exalte à la fois et me brise,

Je rêve de partir sanglant et les pieds nus.

 

Apôtre, que Jésus secrètement prépare

Pour qu’il porte la paix à ses frères humains

Au-devant de celui qui souffre ou qui s’égare,

Je répandrais mon cœur à travers les chemins.

 

Je serais le semeur d’immortelle espérance,

Dont l’hymne vibrant monte avec l’aube du jour,

Et, saintement joyeux, même dans la souffrance,

J’irais, mon Dieu, j’irais vers l’extatique Amour.

 

 

 

Louis LE CARDONNEL, Carmina sacra.

 

 

 

 

 

 

 

 

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