Reflets du ciel

 

 

                                       I

 

                                       L’AMOUR.

 

L’oiseau dit à la fleur : « J’aime ta douce haleine ! »

L’Océan mollement vient mourir à ses bords ;

L’aube darde ses feux éclatants sur la plaine ;

La brise porte au ciel de sublimes accords ;

 

L’étoile dit au soir de ravissants mystères ;

La montagne palpite aux souilles de l’été ;

Riche de sa blancheur, aux vallons solitaires

Le lys étale en paix sa royale beauté !

 

Tout est frémissements dans la nature immense !

L’air est plein de rayons, et les bois de concerts !

La nuit finit le chant que l’aurore commence :

C’est un hymne sans fin au Dieu de l’univers !

 

Et les anges ravis, sur la harpe éternelle

Répètent ce grand hymne au céleste séjour ;

Et le ciel et la terre, – union solennelle ! –

Demeurent confondus par le lien amour !

 

 

                                      II

 

                                          LA FOI.

 

Heureux celui qui croit ! Plus fort dans la tempête

Que le roc tourmenté par le flot en fureur,

Il entend sans frémir la foudre sur sa tête,

Et ne chancelle pas sous les coups du malheur !

 

Il va, les yeux fixés aux célestes rivages :

Ses pieds sont déchirés aux ronces du sentier ;

Ses nuits sont pleines d’ombre et ses jours de nuages :

Ses flancs saignent ; n’importe, il marche sans plier !

 

Quand l’hiver, noir fantôme à l’haleine glacée,

Accourt, enveloppé de ses âpres frimas,

L’hirondelle s’enfuit, par son instinct poussée,

Et vole sans errer à de plus doux climats.

 

Quelle main la conduit, dans sa course lointaine ?...

Quelle voix lui promet, là-bas, vie et chaleur ?...

Celui qui donne l’onde aux ruisseaux de la plaine,

Le soleil au ciel pur et l’encens à la fleur !

 

Et, confiant, l’oiseau descend de plage en plage !...

Sentant dans son essor le doigt mystérieux,

Songe-t-il aux dangers du pénible voyage ?...

Non ; il atteint le but et gazouille joyeux !

 

Hommes, relevez-vous ! cette main si puissante

Qui veille aux plus petits, tient pour vous allumé

Le flambeau de la Foi, dont la flamme éclatante

Vous montre du bonheur le chemin parfumé !

 

Marchez donc, courageux, à cette clarté sainte !

Et si le doute amer parfois trouble vos fronts,

Au céleste flambeau rattachez-vous sans crainte !

Dieu ne vous suit-il pas de ses regards profonds ?

 

 

                                      III

 

                                    L’ESPÉRANCE.

 

L’Espérance est la fleur dont le bois se parfume ;

Le flot qui pousse au port le navire égaré ;

L’étoile qui sourit dans un ciel azuré ;

Le chant du frêle oiseau dans son doux nid de plume !

 

C’est le timide aveu de la chaste beauté ;

L’obole dans la main du pauvre qui soupire ;

Le rythme harmonieux du poète en délire,

Rêvant le sceptre d’or de l’immortalité !

 

C’est la palme promise à la valeur des braves ;

Du proscrit regretté, c’est le prochain retour ;

Après la sombre nuit, l’aurore d’un beau jour ;

La douce liberté pour les peuples esclaves !

 

C’est la fraîche oasis dans le désert en feu ;

Le berceau bien-aimé que protège une mère ;

La voûte éblouissante où monte la prière !

C’est la Foi, c’est l’Amour ! L’Espérance, c’est Dieu !

 

 

                                     IV

 

                                   LA CHARITÉ.

 

La Charité, c’est l’ange au gracieux sourire

Qui recueille ici-bas les sanglots et les pleurs ;

Éclaire les sentiers tout emplis de terreurs,

Et ranime le cœur harassé qui soupire !

 

C’est la brise qui passe, essuyant la sueur

De l’artisan courbé sous un lourd poids d’alarmes ;

C’est le regard ami qui se voile de larmes

Quand un front bien-aimé pâlit sous la douleur !

 

C’est la lèvre qui prie et la voix qui console,

Près du sombre grabat effleuré par la mort !

C’est le barde aux puissants annonçant le remord ;

C’est la main qui, sans bruit, verse au pauvre l’obole !

 

Peuples ! la Charité, c’est le luth généreux

Qui chante au seuil des rois le nom de la patrie !

La Gloire, l’Équité, la Liberté chérie,

Votre lot méconnu, votre joug douloureux !

 

Ô sainte Charité ! source d’amour, ô flamme

Que la main de Dieu seul allume dans le cœur ;

Suave essence, don précieux du Seigneur,

N’es-tu pas le trésor qui parfume notre âme !...

 

 

                                                                       Nevers.

 

 

Louis OPPELIN.

 

Paru dans Les voix poétiques en 1868.

 

 

 

 

 

 

 

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