Aux Pyrénées

 

 

Avec vos fiers sommets et vos rochers géants,

Vos glaciers éternels, vos abîmes béants,

De neiges, de forêts, vos têtes couronnées,

Oui, c’est vous ! de mes yeux je vais enfin Vous voir,

Vous dont le front s’empourpre à l’approche du soir !

            Vous voici donc, ô Pyrénées !

 

Tout enfant, j’enviais d’un désir incertain

Ceux qui pouvaient se perdre en un pays lointain.

Vers vous plus d’une fois s’est dirigé mon rêve.

J’admirais vos aspects, je prenais mon élan

Jusqu’à ces pics abrupts d’où le sombre ouragan

            Sur les vallons descend et crève.

 

Et je viens à mon tour, ô sublimes hauteurs,

Respirer votre air pur et qui nous rend meilleurs,

M’enivrer du parfum des pins et des grands chênes.

Je sens battre mon cœur et mes pensers grandir,

Quand au soleil levant je vous vois resplendir,

            Après sommets, cimes sereines !

 

Vous ne vieillissez pas ; les saisons et les ans

Unissent contre vous leurs efforts impuissants ;

Les hivers vainement s’accumulent sans cesse ;

Les siècles infinis passent comme des jours,

Sans ternir votre front ; et vous gardez toujours

            Même beauté, même jeunesse.

 

Devant vous, vastes monts, que je me sens petit !

J’adore en frémissant le Dieu qui vous bâtit,

Avec vos pics d’azur colorés de lumière.

D’un coup, d’un mot, d’un souffle, il peut vous effacer ;

Lui qui put vous construire, il peut vous renverser,

            Frêles jouets de sa colère.

 

Je me ris aussi, moi, de votre immensité.

Quand vous me briseriez d’un roc précipité,

D’une pierre au hasard en l’espace lancée,

Vous ne pourriez encor mériter mon courroux,

Durs géants de granit ! car j’ai de plus que vous

            Et la souffrance et la pensée !

 

Je ne suis qu’un atome en l’infini perdu,

Qui bientôt va périr, à la terre rendu ;

Mais je sens que dans moi bat et palpite une âme.

Humble fange, limon périssable et mortel,

Mon corps n’est que néant ! C’est l’éphémère autel

            Où brûle une céleste flamme.

 

Un jour viendra, fiers monts, que vous ne serez plus,

Que vos pics, l’un sur l’autre effondrés, abattus,

Au gré du Tout-Puissant rouleront dans l’abîme ;

Et moi, toujours vivant, je verrai votre fin,

Atome qu’à jamais embrase un feu divin,

            Et qu’un souffle éternel anime.

 

 

 

Cte DE PERROCHEL.

 

Paru dans Poésies de l’Académie des muses santones en 1894.

 

 

 

 

 

 

 

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