Le cantique à Notre-Dame d’Ay

 

 

Quand les pins suspendus aux pentes des collines

Exhalaient au soleil un soupir enivrant,

Quand les genêts en fleurs éclairaient les ravines,

Votre grâce habitait les rives du torrent.

 

Quand le vent virginal régnait sur la prairie,

Dans ce mois du printemps qui vous est consacré,

Qu’il faisait bon chanter vos louanges, Marie,

L’âme en état de grâce et le cœur délivré !

 

Les tilleuls ruisselants d’eau fraîche et de lumière

Célébraient à mi-voix l’office du matin.

De l’aube jusqu’au soir, une longue prière,

Autour du vieux couvent, montait dans le jardin.

 

Sous l’Angélus vibrait l’âme des campanules,

L’iris et le jasmin reflétaient vos couleurs,

Des marronniers trop lourds au fond des crépuscules

Se dépouillaient pour vous de leurs grappes de fleurs.

 

Bien avant dans la nuit, baignés de lune verte,

Les coteaux et les bois restaient en oraison,

Et j’entendis au loin, de ma fenêtre ouverte,

Le cantique des eaux de la belle saison.

 

 

 

Sur les sombres sommets qui remplissent le ciel,

Cette eau brusque et sonore a pris son origine.

Qu’enfin vers les coteaux la montagne s’incline !

Pour tracer votre nom, le flot torrentiel

Suivra docilement les plis de la ravine,

 

Marie, autour des murs de votre château fort,

Que porte la montagne entre toutes élue.

La nature à vos pieds s’apaise et vous salue,

Et toujours régnera, dans cet âpre décor,

La douceur de la Vierge ici-même apparue.

 

 

 

Ô Notre-Dame d’Ay, ce pluvieux matin

Charge de gouttes d’eau les vignes en terrasses.

La bruyère pâlit. Je vois, lourdes et basses,

Les nappes du brouillard entrer dans le ravin.

 

Seule, dans la torpeur et le deuil de l’automne,

Bien que, dès sa naissance, agonise le jour,

Vous rayonnez encor au sommet de la tour,

Et les bois rutilants vous font une couronne.

 

Quand tombent les suprêmes fruits, quand la saison

Où d’un millier de phlox chaque jardin s’éclaire

Fait refleurir le temps de votre saint Rosaire,

Nos cœurs désemparés cherchent votre maison.

 

Quand tout aux environs vers le déclin s’abaisse,

Et que les derniers feux menacent d’expirer,

Dans les gouffres amers comment ne pas sombrer ?

Soyez notre refuge au fond de la détresse !

 

Devant le tabernacle où notre seul Ami

Veille dans le reflet des roses et des cierges,

Étoile du Matin, la plus douce des Vierges,

Gardez jusques au Jour notre cœur endormi !

 

 

 

Louis PIZE.

 

Recueilli dans Notre-Dame des poètes,

anthologie réunie et présentée par Joseph Barbier

(Robert Morel éditeur, 1966).

 

 

 

 

 

 

 

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