Puisque l’on peut tout

 

 

On peut tout admirer, le regard des étoiles,

Les yeux de la folie ou le vol du vautour,

Les jeux damasquinés d’un chant de troubadour,

Et retrouver l’ennui dans le plissé d’un voile ;

 

Ou confier son cœur à des roches stériles,

Et clamer sa douleur aux « redits » de l’écho ;

Ou éteindre sa foi dans le froid d’un cachot,

Pour avoir consumer ce que l’on crut futile.

 

On peut aussi crier aux démons de la haine,

De cesser de vomir sur la grande pitié

De ceux qui ont souffert et se sentent châtiés

D’avancer à pas lent dans les champs de la peine.

 

On peut crier très haut, du haut des barricades,

Qu’on est las d’être au monde et que l’on veut mourir ;

Mais l’on peut dire aussi sous le feu d’un soupir...

Qu’un long baiser d’amour vaut mieux qu’une estocade.

 

Et pourquoi pas prier vers les béatitudes,

Pour mourir lentement sur un bord de chemin

Où la feuille d’automne est la dernière main

À poser sur un front quelques sollicitudes.

 

Et puisque l’on peut tout, je veux aimer, et j’aime :

Le vent noir de la nuit et les ronces du jour,

Les murmures voilés s’élevant tour à tour

Des charniers de la vie où naissent les poèmes.

 

Et j’irai déposer sous des arceaux de roses,

La captive d’un soir en sa robe d’argent,

Et je ferai à Dieu l’offrande du présent,

Des rêves éblouis de leurs métamorphoses.

 

 

 

Henry SAUMONEAU.

 

Recueilli dans : Maurice Delorme, Le Blason des Poètes,

Anthologie du Syndicat des Journalistes et Écrivains,

Éditions de la Revue moderne, 1965.

 

 

 

 

 

 

 

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