La fontaine de la Madeleine
Je connais une grotte écartée et discrète
Où jamais une main n’agita de flambeau :
Elle paraît dormir, fraîche, calme, muette,
Au murmure argentin et rêveur d’un ruisseau.
Sur ses humbles flancs, sur sa voûte ogivale,
Des stalactites blancs, purs comme le cristal,
Élèvent leur torsade, enroulent leur spirale,
Et creusent pour la source un bassin virginal.
Goutte à goutte elle sort d’un bloc d’albâtre énorme,
Tel qu’en ont ciselé les ébauchoirs romains ;
Dans le lointain obscur, il prend la douce forme
D’une femme à genoux la tête dans ses mains.
Derrière, tout au fond, deux fissures géantes,
Bizarres, se coupant, forment quatre angles droits ;
Et, quand tombe le soir, quelques lueurs errantes
S’y glissent, couronnant ce saint gibet, la croix.
Et moi qui viens souvent, dans cette solitude,
Sous des rêves charmeurs étouffer mes soucis,
Je contemple parfois la dolente attitude
De cette échevelée au pied d’un crucifix.
Et je comprends pourquoi la légende naïve
Consacrant à jamais un souvenir pieux,
Pécheresse d’amour, Madeleine plaintive,
Donna ton nom aux pleurs qui tombent de ses yeux.
Et je voudrais que ceux, effarés dans leur course,
Qui vont, le cœur blessé, de fiel amer rempli,
S’arrêtassent, penchés sur la limpide source,
Pour y boire la paix, le pardon et l’oubli !
Dr H. TICHY.
Paru dans Poésies de l’Académie des muses santones en 1894.