Crucifix
Voici ce que j’ai dit aux pieds du crucifix :
– Je crois en un seul Dieu ; je crois au Père, au Fils,
À l’Esprit. Sa grandeur m’explique ce mystère.
Je crois au Dieu fait homme et venu sur la terre.
Je confesse et je crois tout ce qui fut écrit
Et je baise tes pieds, ô mon doux Jésus-Christ !
Et tes mains, et la plaie à ton côté sanglante,
Source vive sur tous les bourreaux ruisselante.
Pâle crucifié, sur ce gibet de bois,
Mieux que les clous l’amour te transpire ! Et je bois,
Quand je colle ma bouche à ta chair entr’ouverte,
La coupe où la merci de mon Dieu s’est offerte.
Sublime ignominie ! Holocauste pendu
Entre l’Homme et le Ciel, – au ciel le bras tendu,
Le front penché vers l’Homme ! Ô tendresse infinie !
Cri de grâce de Dieu pendant son agonie !
Ô Mon Dieu, je t’adore et je tombe à genoux ;
Puisque, par grand’amour et grand’pitié de nous,
Tu vins sur cette terre être ce que nous sommes,
Et soupeser le poids qui courbe tous les hommes ;
Puisque tes yeux divins ont pleuré de nos pleurs,
Que tu voulus goûter le pain de nos douleurs,
Et que ton âme triste et de tendresse pleine
Avait besoin de Jean ou bien de Madeleine ;
Puisque sous le fardeau ton front pâle a faibli ;
Et que, se détournant du calice rempli,
Ta lèvre trouva l’eau du sacrifice amère ;
Puisque avant d’expirer, à ta très-tendre Mère
Retenant dans son cœur ses sanglots étouffants,
Jésus ! Tu nous as tous légués pour ses enfants ;
Puisque Tu nous aimas jusqu’à l’heure suprême,
Ô mon Frère, ô mon Dieu ! je t’adore et je t’aime !
Je me jette en tes bras comme aux bras d’un ami
Avec lequel la vie est toujours à demi,
Qui souffre ce qu’on souffre, et mêle à la souffrance,
Divin Consolateur, la divine Espérance ;
Parce que j’ai besoin comme Toi d’amitié,
Parce que Tu fus homme et rempli de pitié
Pour l’humaine misère, et que c’est une chose
Très-douce d’être Jean qui sur ton sein repose.
Ch. VALGAY.
Paru dans la Revue du Midi en 1888.