Une fille de paysan envoûtée par les elfes

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Jón ÁRNASON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il arriva une fois, dans l’est, que la fille d’un paysan disparaisse de sa ferme. On la chercha partout, en vain. Ses parents en étaient très affligés. Le paysan alla trouver un pasteur, qu’il savait plus initié que les autres à bien des choses. Celui-ci lui fit bon accueil et le paysan lui demanda de faire tout son possible pour découvrir l’endroit où se trouvait sa fille, morte ou vive. Le pasteur répondit qu’elle avait été enlevée par les elfes et qu’il n’éprouverait aucune joie à la ramener ou à la revoir. Le paysan déclara qu’il n’en croyait pas un mot, et pria le pasteur de l’aider à la retrouver. Et comme il insistait, le pasteur l’invita à venir chez lui un certain soir. Le paysan ne manqua pas de s’y rendre et, lorsque tout le monde fut couché, le pasteur l’emmena dehors. Là le paysan vit un cheval sellé et bridé... Le pasteur l’enfourcha et dit au paysan de monter derrière lui. C’est ce qu’il fit, et ils se mirent en route. Il ignorait combien de temps ils avaient mis pour arriver à la mer. Le pasteur chevaucha un moment dans l’eau, jusqu’à ce qu’il atteigne une haute falaise ou un rocher. Il s’en approcha, le longea et finit par s’arrêter à un endroit précis au pied du rocher. Alors celui-ci s’ouvrit et on y distinguait vaguement la porte d’une maison. Le paysan aperçut une lumière qui éclairait tout l’intérieur. Il vit des gens qui allaient et venaient, des hommes et des femmes. Puis il vit une jeune fille qui marchait ; elle avait le teint bleuté, avec une croix blanche au milieu du visage ou sur le front. Le pasteur demanda au paysan ce qu’il pensait d’elle. Le paysan répondit : « Pas grand-chose. » Le pasteur ajouta : « C’est votre fille, et je la ramènerai si vous le désirez, mais elle a été ensorcelée au contact de ces gens. » Le paysan déclara qu’il ne voulait pas et il pria le pasteur de repartir au plus vite car il ne supportait plus de voir cette scène. Le pasteur fit faire demi-tour à son cheval et s’en revint par le même chemin. Personne ne fut au courant de leur voyage. Le paysan rentra chez lui le lendemain, extrêmement peiné, et on ne dit plus rien de lui.

Ceci est arrivé peu d’années après que le pays eut adopté le christianisme.

 

 

(Recueilli par Ólafur Sveinsson, de Purkey.)

 

 

 

Jón ÁRNASON, La géante dans la barque de pierre

et autres contes d’Islande, José Corti, 2003.

 

Traduit de l’islandais et édités par

Jean Renaud & Ásdís R. Magnúsdóttir.

 

 

 

 

 

 

 

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