Ainsi parla Melchisédech

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Louis ARTUS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En mémoire de Puvis de Chavannes.

 

 

Quand il eut consommé le jus du premier raisin mûri après le déluge et éprouvé le cœur de ses fils, comme il est dit à la troisième période de la Genèse, Noé considéra avec étonnement les regards de Sem, de Cham et de Japhet, pareils à ceux des animaux serrés autour de l’arche salutaire, puis dispersés par la haine et la peur sur les terres à peine séchées. Chacun d’eux semblait cacher un sombre dessein et jalousement épier ses frères. Ils prétendirent à l’approbation du patriarche, le jour qu’ils décidèrent de s’en séparer. « Nous ne voulons point, dirent-ils, que la haine habite nos cœurs. L’exemple d’Abel et de Caïn nous protège... Nous partirons par trois côtés différents. Puissions-nous ne jamais nous rencontrer. » Le fils de Lamech1 s’affligeait qu’élus par Jéhovah comme seuls dignes de perpétuer la race des hommes, ils ne consentissent point de paître ensemble leurs troupeaux dans les plaines fertiles qui les entouraient. Tendant ses mains que les travaux avaient durcies, il suppliait que l’amour régnât sur le monde lavé par les eaux et qu’eux, paisiblement unis, gagnassent peu à peu, et seulement à mesure de la multiplication et des besoins, les forêts et les pâturages lointains. Ils ne niaient point l’amour, ni le repoussaient ; ils souriaient à cet asile aimé de leur jeunesse ; ils pleuraient que quelque chose fût plus fort : le goût de connaître qui pousse aux départs, celui de posséder qui empoisonne les partages, et beaucoup de mauvais instincts qu’il est plus prudent de fuir que de combattre. Ils demandèrent au patriarche de les bénir. Il parut à Noé qu’impatients ils connaissaient et cachaient le but que chacun souhaitait d’atteindre.

Le vieillard exigea que, d’abord, ils gravissent avec lui jusqu’au sommet le mont où l’arche reposait sur son flanc déchiré, comme un monument fragile et prodigieux de la sagesse de leur père et de la protection divine. Tous quatre s’agenouillèrent pour remercier et prier. Quand ils relevèrent leurs yeux fixés sur la terre ou clos tandis que leurs âmes s’étaient élevées, ils furent éblouis parce que deux anges se tenaient devant eux. Une haute tiare couronnait le visage vénérable de l’un ; une barbe longue et blanche descendait sur sa poitrine. Leurs vêtements blancs reflétaient le soleil comme des lunes plus éclatantes. Pour la première fois, Melchisédech, prêtre des Dominations, souverain sacrificateur des Puissances célestes, prophétisait2. L’autre, qui avait le visage d’un enfant, l’assistait. Sur une pierre, un calice resplendissait. D’ailleurs, nulle victime vivante ou morte. Melchisédech étendit ses mains sur ceux qui étaient là. Ils sentirent la douceur et la force les animer et ils se regardèrent avec l’ancienne sympathie. Par le sacrifice qu’il préfigurait, Melchisédech annonça la réconciliation ; ils communièrent en cette « promesse ». Pourtant leur résolution ne changea point. Après s’être embrassés avec larmes et avoir attiré la protection de Jéhovah sur la postérité les uns des autres, ils partirent comme ils avaient décidé.

Pendant des jours, Noé gémit parce qu’il demeurait seul avec les compagnes de sa vieillesse stérile. Alors Melchisédech lui révéla qu’avant de mourir, Adam lui-même avait suivi le chemin que les jeunes hommes entreprenaient de parcourir...

 

 

La vieillesse d’Adam.

 

Adam, après qu’il eut vécu neuf cent trente années, considéra la terre qui commençait de se peupler autour de lui.

La glace descendait des pôles ; sur le globe attiédi s’éteignait la race des monstres qui, tour à tour, poursuivaient leur proie dans les airs, sur le sol brûlant et sous les eaux chaudes.

Le limon dont il est écrit que Jéhovah « forma » l’homme tandis qu’Il « créa » tout le reste, perdait la propriété merveilleuse à cette substantiation.

Adam ne soupçonnait point qu’en une autre contrée, différente de celle où le Maître l’avait animé de son haleine et dans le même temps, un pareil miracle eût pu s’accomplir : la naissance d’un autre premier homme, par un pareil aboutissement du jeu créé des éléments. Mais, chaque journée séculaire, il voyait la matière dénuée davantage de son essentielle fécondité. Malgré le froid qui est la mort, la vie se perpétuerait ; mais seulement par le feu, dont la foudre et le cratère des monts répandaient le bienfait pour la terreur et l’enseignement de la postérité d’Adam, et par l’amour qui ranime la chaleur du souffle ancien.

Issu le dernier du chaos généreux, Adam avait vu commencer l’ordre, et donc s’organiser la ruine du monde.

Des enfants de ses reins, et des enfants de ses enfants, beaucoup de milliers s’étaient répandus, quelques-uns au-delà de la connaissance de l’aïeul. Ceux-là, il les bénissait dans son cœur, parce que sans doute ils vivaient dans des solitudes et possédant tout le bonheur accordé à ceux qui attendent le pardon de Jéhovah : une femelle et des petits, couverts des dépouilles des bêtes et des plantes, dans des cavernes que gardent des chiens ou des loups forts et prudents.

Tandis que ceux qui vivent groupés ont d’abord convoité la caverne, la femelle et les chiens de leurs frères ; et le crime de Caïn tant de fois insulta Jéhovah !

Depuis qu’Ève n’est plus, la triste solitude du patriarche est hantée par le remords et par l’inquiétude.

 

Un jour, près de sa fin, il éprouva ses membres et jugea que tant de pénibles travaux lui laissaient seulement la force d’accomplir la longue marche qu’avec la mère de tous les hommes ils avaient jadis convoité et enfin résolu d’entreprendre. Mais la maladie surprit Ève bien des années avant la mort, et elle dut renoncer... Le vieillard l’avait apaisée selon la sagesse : « C’est que Jéhovah ne le veut point. » Il en avait douté et même il ne l’avait pas cru, puisque, aujourd’hui, le voici, une corde autour des reins et ses deux mains levées pour bénir le peuple que son départ consterne.

« Nous comprenons, ô notre père, que tu vas bientôt mourir comme Ève. Que deviendrons-nous sans elle et toi ? Nous devinons que tu retournes vers Celui que contemplèrent vos regards naissants ; les nôtres chérirent ainsi, d’un durable et heureux désir, en même temps que la lumière, vos deux visages paternels qui vont nous être retirés. Souviens-toi que, soumis aux ordres que tu nous as transmis, nous avons, près de toi, travaillé et souffert. Permets que nous soutenions tes pas vers la récompense. Emmène-nous par le chemin que tu connais. Si tu ne l’indiques pas, comment ferons-nous ? »

Il interdit de le suivre à ceux que conseillaient la curiosité ou la tendre compassion. Alors ils murmurèrent : « Qui désormais maintiendra la paix ? Qui d’entre nous osera élever la voix au-dessus des autres, s’il n’a pas entendu, comme toi, la Parole ? »

Ainsi la méfiance et la crainte pèseraient désormais sur les hommes comme une part lourde du châtiment.

Cependant Adam parla :

« Il a promis qu’Il viendrait parmi vous. Je bénis ceux qui écouteront alors la seule vérité et ceux qui l’auront attendue. »

Avec douleur, il observa que, parmi les fronts inclinés et les bouches gémissantes, quelques-uns restaient droits et muets, de ceux qu’il laissait derrière lui.

 

 

La route.

 

Adam marcha vers le soleil levant ; l’écart de l’ombre à son côté le guidait sûrement. À mesure qu’il approchait du but, sa taille se redressait, ses jambes vigoureuses servaient mieux son désir.

Il ne reconnaissait pas la route de sa fuite ancienne. Jadis, il avait traîné de son bras fort et presque porté Ève, faible et tremblante, parce que la colère divine menaçait de toutes ses voix souterraines ou célestes.

Précédant le voyageur, et dans un but pareil, la vie féconde avait tenté le même retour. Chétive, elle s’insinuait ; devant la forêt orgueilleuse, des buissons en rampant faisaient la conquête d’un sol qu’Adam croyait dévasté pour toujours.

Malgré l’ordre reçu, quelques-uns de ses fils l’avaient suivi de loin, moins nombreux à mesure qu’augmentaient les fatigues et les périls. Les plus forts et les plus hardis avaient, à sa suite, traversé des fleuves. Mais un jour vint que les derniers s’arrêtèrent aux rivages de l’océan... Habitués à se confier au tronc évidé d’un arbre que, par un artifice victorieux, ils dirigeaient sur les flots beaucoup moins malgré les vents domptés qu’avec leur aide, ils n’osèrent suivre l’aïeul qui, sans hésiter, connaissant la distance et le but, étendait son grand corps sur la mer et s’élançait vers l’horizon inquiétant.

Ici la terre déchirée avait cédé la place aux eaux ; des poissons et des algues vivaient sur le chemin enseveli où les fuyards humains avaient versé d’amères larmes. Le lieu qu’Adam s’était promis d’atteindre, il ne croyait point que le grand courroux l’eût anéanti.

Très longtemps, il nagea.

Quand le froid ralentissait le rythme de ses gestes, il élevait ses épaules et sa tête, ses yeux dont l’écume aveuglait les regards. Il se recouchait, patient, sur les vagues, et refusait de mesurer l’effort.

Il atterrit.

Sur la grève, il reconnut le parfum des herbes.

Dans cette île, jadis, le paradis terrestre.

Dressé sur ses genoux, il vit qu’à peine il marcherait quelques pas sur ces plantes qui cernaient la côte.

Devant lui, les pierres et le sable calcinés et fondus offraient l’aspect d’une lave durcie. Adam s’abattit sur cette terre châtiée ; il la baisa avec transports. Elle était chaude encore. Loin de s’en effrayer comme d’un témoignage de la colère durable de Jéhovah, il y chauffa son corps ; il comprit que la bonté l’emporterait sur la justice et que les mousses bienfaisantes commençaient seulement d’envahir le jardin ravagé.

Il s’engage hardiment dans cette solitude sans repères. Le ciel et le sol se prolongent et bornent le regard comme une feuille repliée de plomb mat. Un orage lourdement gronde. Il éclate. Et tout est identique.

Comme aujourd’hui l’eau tombait en nappes et, claquant la terre, semblait s’essayer pour un plus grand cataclysme ; Ève et Adam brûlaient cependant sous cette pluie glacée, à cause de la flamme qui, derrière eux, dévorait toute vie, du vent ardent qui les poussait, et du glaive de l’ange flamboyant dans le fracas. Les épaules en arrière, afin de n’être point renversés, ils fuyaient devant la malédiction. Des galops dans la nuit, de bas et lourds battements d’ailes les suivaient, les hantaient ; parfois des yeux luisaient pleins de reproches, de menaces. En même temps que de la peur, l’expression de la haine et de la vengeance hurlait ou sifflait contre le péché de l’homme...

Maintenant, les pieds arc-boutés, l’homme s’enfonce, le front d’abord, dans la tourmente. Il lui résiste. Il peine, selon l’ordre de la punition. Comment ose-t-il braver les périls de la tempête, du grand désert et de la volonté divine ? Adam ne la craint plus, il a subi sa part méritée de l’épreuve. L’heure de son repos près d’Ève est proche ; qu’a-t-il à craindre ? à désirer si fort qu’il en oublie la route dure et le ciel bas ?

Ainsi le premier patriarche, le serviteur repentant de Jéhovah, tend, avec une invincible convoitise, vers le point misérable du monde d’où sortirent le péché et la malédiction. Après tant de remords, de repentirs, et tout appesanti du malheur des siens, il s’y traîne amoureusement.

 

Avant la fin de la journée tout s’apaisa. Rien encore, – le ciel éclairci, – ne dénonçait le but. En vain Adam avait interrogé l’horizon. La nuit le surprit sans qu’il doutât. Il s’endormit sous les étoiles. À l’aube, son cœur se dilata quand il vit qu’un petit espace le séparait de « l’arbre ».

 

 

L’arbre.

 

Son ombrage répandait la fraîcheur entre les feux du sol et du ciel. Tous les parfums du jardin y demeuraient, comme au temps de la jeunesse.

L’homme, joyeux, gravit les contreforts de puissantes racines qui élancent leur pénétration jusqu’aux profondeurs secrètes. Au but, il s’abîma dans le repos.

Couché, la tête au bois délicieux, il songea. Les temps premiers, la paix ! les animaux cléments ; et Ève auprès de lui, belle et nue, sans péché !

En attendant l’heure de la Promesse, sa vieille compagne dormait dans les espaces intermédiaires.

Mais l’Autre ?

Dans le silence de la mort totale hormis le végétal prodigieux, entendrait-il le doux glissement de son corps, le froissement voluptueux de ses écailles cristallines ?

Lentement, Adam fit le tour du tronc énorme – sans fatigue ; ici comme jadis, son corps était délié de toute peine.

 

Il scrute en vain la frondaison épaisse. Voici la branche. Dans le creux qu’elle ménage avant de s’élancer, le doux et dangereux reptile est-il lové ? C’est ici qu’il était enroulé. Il balançait, caressant, au-dessus du couple curieux, le losange charmant de sa tête... Adam ne le revoit, non plus qu’aucun des oiseaux familiers du bel arbre... L’a-t-il pas entendu siffler doucement et bruire comme autrefois ?

Il a compris que c’était la raison d’Adam qui parlait dans le cerveau d’Adam ; que l’Autre, niché dans le crâne et le cœur de l’Homme, dédaignait de tenter désormais de si loin. Adam ne le cherche plus. Il suit la branche qui s’étend, diverge, se déploie, et penche vers la terre des tiges amincies et chargées de feuillages.

Et parmi eux, un fruit.

 

Or Adam se souvint du goût délicieux, et sa bouche sécha.

Pourquoi est-il venu ? Ève est morte. Il a vu tant des siens mourir de leurs péchés ! Sa main, en forme de coupe soigneuse, soulève la pomme si fraîche que la moelle des os du vieillard s’en réjouit. Est-ce parce qu’il rêve que, debout, il imite le geste d’autrefois, sans dessein criminel ? Ou bien sa jeune faim, sa soif neuve exigent-elles encore un assouvissement ?

Seigneur, toi qui permis jadis qu’il convoitât ce fruit et qu’il conçût de l’orgueil d’être ta créature préférée ! l’ignorance que tu exiges n’était-elle point au-dessus des forces de celui qui contemple tes spectacles, de celui qui interroge encore la ligne tendue entre la mer et le ciel ?

Adam priait : « Donne à mes fils le secret des terres cachées, et le secret de l’eau, et le secret du feu, le secret de toutes les forces, et le secret vivant de la matière inerte. Pourquoi le mouvement des astres ? et celui des marées ?

« Le beau serpent m’offrit d’être pareil à toi. Vois que ce crime était impossible à commettre – et presque inévitable. Si aigu en était le désir, qu’après neuf cents années me voici revenu. J’ai vu dans le regard de mes fils innombrables l’inquiétude et la résolution... Pourtant j’ai fait sans eux la route longue et dure... C’est ici qu’Ève m’aima, et c’est ici, pour chacun d’eux, jusqu’à la fin des temps, le lieu natal. Seigneur, combien de temps prolongeras-tu leur épreuve ? »

Rien ne trouble la paix parfaite. Jéhovah permettrait-il que pardonnés enfin, autorisés peut-être, par les chemins d’Adam ses fils parvinssent au seuil de la vérité nue ? Est-ce le sens de la Promesse ?

 

 

Le fruit.

 

Adam ne sait plus s’il se repent ou s’il regrette. Fortement, il se souvient de la convoitise, des paroles adroites d’Ève qui riait des dents et des lèvres tout humides encore du jus parfumé.

Adam avait chéri ce rire paisible, clair comme une aurore sans nuées, cette allégresse candide que n’exprimait nulle des bêtes familières. Entre des lèvres pourpres, cela avait jailli, dès le premier éveil, comme soudain la joie vivante et gazouillante du matin dans les arbres. Et d’autres sons sourdaient de la poitrine d’Ève, nouveaux et pleins d’un sens mystérieux. Les délices de ce rire avaient amorti, dans la conscience d’Adam, l’écho retentissant de la parole de Jéhovah.

Après plus de neuf cents années, Adam n’entendait plus rien que ce rire3.

Il tend vers Ève ses mains qui, tout à l’heure, touchaient le fruit. Alors la vertu qu’il en recevait cesse pour lui ; ses jambes lasses refusent de le porter une heure encore ; son corps est attiré vers la terre qui l’attend. Est-ce la mort dans ce lieu divin, ainsi qu’il l’avait souhaité ? Il sait bien que c’est pour cela qu’il est venu ; seulement pour mourir ici. Il ne craint plus le Maître redoutable à cause de la Promesse ; il l’aime à cause du pardon. Jadis, le tentateur fut plus fort que la crainte ; c’est l’amour, tout à l’heure, qui l’emporta sur lui. Pourtant Adam repose sur le fruit ses derniers regards.

Les paroles que le premier homme entendit seul signifièrent qu’il pouvait, maintenant, en manger. Le souffle de Jéhovah avait agité le feuillage. Comme le vieillard désormais ne devait plus se lever, la branche se plia jusqu’à sa main et la chair savoureuse tenta ses lèvres.

Or Adam y goûta.

Il connut que vers l’arbre ne cesserait jamais de cheminer sa postérité désobéissante et châtiée, et qu’à chaque fruit, à chaque secret dérobé, les générations aveuglées par l’orgueil pousseraient des clameurs de victoire ; que chaque fois elles perdraient du même coup une ignorance et un bonheur.

 

Déjà, Adam a vu s’élever contre leurs frères ceux de ses fils qui ont ravi un plus grand nombre de secrets. De chacun de ces larcins à la nature bienveillante (Caïn durcit le pieu, forge le fer), l’homme a fait un moyen de violence et de meurtre.

Cependant, il chante et se réjouit.

Ainsi, tout ce qu’il pensera gagner, il le perdra. Chaque conquête nouvelle, comme une pierre lourde, l’écrasera sous un faix nouveau.

Adam vit tout cela dans la terreur, et bientôt l’arbre desséché, dépouillé de toute frondaison, sec et nu.

Un seul fruit demeurait, devant sa vision, à la cime encore vivace.

Celui-là, le dernier objet de la suprême convoitise, pour l’atteindre, une foule maudite se pressait et se surmontait. Sur chaque branche et sur le tronc désormais sans printemps, un noir fourmillement d’hommes toujours montant. Le châtiment de tant d’efforts, de tant d’orgueil, devait venir – ils pensèrent : la récompense ! Le beau fruit détaché tomba sur le sol et s’ouvrit...

Parce qu’Adam n’avait point une seconde fois désobéi, que l’avaient amené au pied de l’arbre sa chair peut-être et le serpent de sa raison, mais que l’avait retenu l’amour par qui seul peut venir le salut, le Seigneur ne permit pas qu’il apprît comment périraient ceux de sa race. Il lui accorda, dans les limbes, l’oubli.

 

 

 

Louis ARTUS, Trois prophéties,

La Colombe, 1952.

 

 

 

 

 



1 Adam engendra Seth, qui engendra Énos, qui engendra Caïnan, qui engendra Malaliel, qui engendra Jared, qui engendra Énoch, qui engendra Mathusalem, qui engendra Lamech, qui engendra Noé.

2 Plus tard il devait s’appeler Élie, Ézéchiel, Jean.

3 Dans le vagissement des nouveau-nés, Ève écoutait la plainte de sa souffrance inaltérable ; plus tard le rire de leurs yeux reconnaissants à la lumière, elle le comprenait encore. Mais le rire qui signait un excès, un oubli, qui altérait l’harmonie du visage et de la voix de ses filles, elle l’attendait chaque fois dans la certitude, mais toujours dans la haine et dans l’épouvante. Et jamais plus Ève n’a ri.

 

 

 

 

 

 

 

 

www.biblisem.net