L’exilé

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

M. AUDIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MANFRONIO est condamné à l’exil... Il a fait sa prière devant l’autel de la Vierge ; il a vu le soleil se couchant sur la tour du Giotto. Il part avec son fils, âgé de huit ans. Manfronio est malade. À trois milles de Florence : « Je suis mal, bien mal ; retournons sur nos pas, que je voie Florence, ma Florence ! – Mon père, as-tu faim ? Voilà du pain, c’est le pain de l’aumône ; Dieu l’a béni ! mange ; j’attendrai jusqu’au jour. – Fernando, ma Florence ! ma Florence ! »

Ils reprennent le chemin de la ville. Il était nuit, il faisait froid, la sentinelle qui veillait s’était endormie. « Où suis-je, Fernando ? – Ne crains rien, mon père, cette pierre n’appartient point à Florence. » Le proscrit fait encore quelques pas. « Prends garde, mon père, cette pierre est à Florence. – Florence ! » reprend Manfronio. Il s’assied... « Attends un peu, mon père ; cette pierre est humide, repose-toi sur moi ; dors... » Le proscrit s’endort. Au milieu de la nuit il s’éveille, et le nom de Florence s’échappe de ses lèvres. La sentinelle crie : « Qui vive ? »... Personne ne répond. « Qui vive ? »... Son arme part, et le même coup donne la mort à Manfronio et à Fernando.

Cependant les amis du banni combattaient à la lueur des flambeaux, dans les rues de Florence ; la faction des Pazzi, qui avait proscrit Manfronio, est à son tour proscrite. La maison de l’aîné des Pazzi est incendiée, et sur ses ruines encore fumantes, on arbore un gonfalon sur lequel est écrit : « Mort aux Pazzi ! » Demain Manfronio sera ramené triomphant dans les murs de Florence. Une femme se présente devant le peuple. « Demain ! » Et si le proscrit meurt de faim, si le froid a glacé son sang ? « Qu’on me donne un cheval ! – Un cheval ! » crie le peuple. Elle part, elle touche la porte de Florence ; elle a franchi le seuil, mais son cheval s’arrête soudain... « Quand tu serais l’ombre de l’affreux Pazzi dont je viens de répandre le sang, je passerai ! » Le cheval s’abat. « Sentinelle, éveille-toi, du feu ! du feu ! » La sentinelle apporte un flambeau, l’héroïne reconnaît son époux, son enfant, et meurt.

 

 

 

 

M. AUDIN.

 

Paru dans les Annales romantiques en 1826.