Le Noël du petit mousse

 

 

À bord de la fière corvette

Où l’on fête le réveillon,

Sur le pont, près de la dunette,

On a monté le moussaillon.

 

On est dans la terrible zone

Des mers de Chine, et le gamin,

Qui s’en va de la fièvre jaune,

Ne doit pas voir le lendemain.

 

Il a neuf ans... dix ans à peine...

Qui sait ! – bien des soleils ont lui,

Et personne n’a pris la peine

D’en compter le nombre pour lui.

 

On l’a recueilli sur la plage

Un matin qu’il ventait bien fort,

Et l’orphelin, en prenant l’âge,

Est devenu « l’enfant du Port ».

 

Quand il fut assez fort : « Embarque ! »

Dirent les marins au moutard

Qui manœuvrait déjà sa barque

De Saint-Malo jusqu’à Dinard.

 

Si bien que sur la mer profonde

Naviguant en toute saison,

Il avait fait son tour du monde

Bien avant l’âge de raison.

 

Et maintenant le petit homme

Parmi les chants des matelots ;

S’endormait de ce dernier somme

Que l’on achève sous les flots !

 

L’aumônier du bord, un vieux prêtre,

Qui tout bambin l’avait connu,

S’avançant auprès du pauvre être,

Tendrement baisa son front nu.

 

À cette caresse si douce,

S’efforçant d’entrouvrir les yeux,

Pierre, le brave petit mousse.

Bégaya tout bas : « Je vais mieux...

 

« Pendant la fin de la campagne

« Le bon major me guérira.

« Arriverons-nous en Bretagne

« Pour quand la Noël reviendra ? »

 

– « Durant ta longue maladie,

« Mon pauvre enfant, le temps a fui :

« Voici venir l’Heure bénie,

« Jésus descendra cette nuit. »

 

– « Les enfants, comme chaque année,

« Auront les présents les plus beaux :

« Moi, je n’ai pas de cheminée,

« Je n’ai pas même de sabots !

 

« Les petits gars de nos villages

« N’ont guère besoin de jouets :

« C’est si joli les coquillages,

« Les tas de sable et les galets !

 

« Aussi, pour vivre bien à l’aise,

« Je ne demande au bon Jésus

« Qu’une maison sur la falaise,

« D’où l’on ne me chasserait plus.

 

« Puis, enfin, comme tout le monde,

« Ne pourrais-je donc pas avoir

« Une maman qui parfois gronde

« Mais qui vous embrasse le soir ? »

 

Et, souriant à ce doux rêve,

L’enfant s’endormit doucement.

Le mal, un instant faisait trêve

Pour le prendre plus sûrement !

 

À l’heure où Noël vient sur terre,

Le petit mousse trépassa,

Et, dans la nuit du grand mystère,

Ces vœux, Jésus les exauça.

 

Lui qui voulait une chaumière,

Il eût les palais du ciel bleu,

Et, pour maman, le petit Pierre

Eut la Maman de l’Enfant-Dieu.

 

 

 

Théodore BOTREL,

Chansons de Botrel, Beauchemin, 1931.

 

 

 

 

 

 

 

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