Les conscrits au village

 

 

Devant l’église, au milieu de la place,

Sont rassemblés tous les gens du hameau.

Chaque conscrit, jeune et vaillant d’audace,

Vient se ranger où flotte son drapeau.

Le cœur ému, les yeux voilés de larmes,

Pour les bénir apparaît le pasteur.

Là des soupirs et des cœurs en alarmes ;

Là se désole une mère, une sœur !

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Le départ sonne et le drapeau s’ élance ;

Tous ont suivi la marche des tambours ;

Chacun se dit : « Adieu ! bonne espérance !... »

Ils sont partis ! mais l’on pleure toujours.

Dans les transports des chants patriotiques

Ces, paysans, courageux et dispos,

Quittent soudain leurs foyers pacifiques

Pour devenir des soldats, des héros...

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           DÉPART DU CONSCRIT LABOUREUR.

 

« Adieu, ma mère ! et ma Jeanne divine !...

» Suprême adieu qui n’est pas sans retour ;

» Entendez-vous, au loin dans la colline :

» C’est le rappel, c’est l’écho du tambour...

» Jusqu’ au revoir, mes amis, du courage !

» Dieu calmera vos soupirs et vos pleurs !

» Quand notre France au combat nous engage,

» De son drapeau soyons tous défenseurs.

 

 

                 AU RÉGIMENT. – LA GUERRE.

 

» Pendant sept ans, ô noble et belle France,

» Sous tes drapeaux bravement j’ai servi,

» Et quand ta voix nous a crié : « Vengeance ! »

» J’ai su braver le canon ennemi.

» Dans les combats au bruit de la mitraille,

» J’ai défendu ta gloire et ton honneur ;

» Toujours j’ai vu, sur le champ de bataille,

» Ton étendard se relever vainqueur...

 

 

                     AUX RIVES DE FRANCE.

 

» Salut, salut, ô terre d’espérance,

» Sublime orgueil de tous les cœurs français,

» Hommage à toi, beau ciel de mon enfance ;

» Séjour heureux de repos et de paix.

» Riche cité, sans cesse florissante,

» Reine des arts et de la liberté,

» Reste toujours glorieuse et puissante,

» Répands sur tous ta brillante clarté.

 

 

                         RETOUR AU PAYS.

 

» Déjà voilà le clocher du village,

» Je vous revois, prés, coteaux et vallons ;

» Le laboureur courageux à l’ouvrage,

» Et les grands bœufs qui tracent les sillons.

» Pour ce beau jour, quel plaisir ; quelle ivresse !

» Mère chérie, accourez sur mon cœur !

» Dieu m’a rendu Jeanne et votre tendresse,

» Mon soc, mes bœufs, la paix et le bonheur ! »

 

 

François BOULANGER.

 

Paru dans La Tribune lyrique populaire en 1860.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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