La fille spectre

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

la comtesse de BRADI

 

 

 

 

 

 

Il y a vingt ans que je n’aurais point osé dire ce que je vis en allant de Paris à Marseille, lorsque je me rendais dans cette ville où je devais m’embarquer pour l’Italie. Le vrai ne suffisait pas alors ; dans les écrits on voulait de la vraisemblance, et l’on se plaisait ainsi à ignorer une foule de circonstances qui varient à l’infini la vie de l’homme et donnent à chaque instant un aspect nouveau à la nature. Peut-être, selon notre usage français et immémorial, nous jetons-nous aujourd’hui dans l’excès contraire, et arriverons-nous à ne faire quelque cas que des faits insaisissables pour nos sens et réprouvés par notre raison ; comme nous ne lisons avec plaisir que les livres où l’ancien ordre de la langue interverti présente des difficultés et une obscurité qui ne se rencontraient que dans les traités de métaphysique.

Un philosophe a dit : « Tout est possible. » Je suis maintenant convaincu de la justesse de cet axiome, et ne doutant pas qu’il n’en soit de même de mes contemporains, je n’hésite point à leur raconter que j’étais en diligence le 21 octobre 1812, gravissant lentement la montagne d’Autun, après avoir considéré ses vignobles vendangés, triste spectacle aux yeux du passant, qui n’a aucun intérêt à calculer le produit de leurs dépouilles. Mes compagnons étaient des hommes et des femmes assez communs, et pour notre malheur à tous, une des femmes nourrissait un petit garçon qui ne marchait pas encore, et que j’aurais trouvé fort gentil si je l’avais rencontré autre part que dans une voiture à neuf places, dont pourtant il n’y en avait que sept remplies.

À peu de distance d’Autun, nous aperçûmes à la droite de la grande route un magnifique château, dont la principale avenue aboutissait au chemin que nous parcourions. Les barrières de cette avenue étaient ouvertes, et à son entrée nous vîmes arrêtés une calèche, des chevaux de selle et un groupe de gens parmi lesquels je distinguai des femmes dont le négligé de campagne était d’une élégance extrême ; des hommes de tout âge habillés avec un soin recherché, et bon nombre de laquais en livrée. Tout cela avait un parfum de richesses, de luxe, qui l’emportait de beaucoup sur celui que répandent les fleurs des champs vers le milieu de l’automne, et je me plus à le respirer en abaissant la vitre de verre et de bois de ma portière. Je croyais que cette scène allait passer rapidement et en tournoyant, comme les ormes du chemin ; mais la diligence s’arrêta devant le groupe, dont se détachèrent deux laquais portant l’un un portemanteau, l’autre un gros sac de nuit, que le conducteur plaça sur l’impériale, tandis qu’un beau jeune homme, qui allait devenir notre compagnon de voyage, faisait ses adieux à la société de l’avenue. Un vieillard et deux femmes, éloignés de quelques pas du reste de la troupe, semblaient particulièrement occuper le jeune homme. Les femmes étaient une mère et sa fille ; elles se ressemblaient, et l’expression de tristesse répandue sur leur visage était la même. Le voyageur tenait à la fois une main de chacune et les baisait alternativement. Enfin la main de la fille reçut le dernier baiser, et le jeune homme fut poussé par le vieillard jusqu’à la diligence où il monta et se plaça, sans donner aucune attention aux premiers occupants. Avancé jusqu’au milieu du corps hors de la portière, il ne voulait perdre aucun des mots qui lui étaient adressés.

« Bon voyage ! criait le plus grand nombre.

– Dans huit jours à Beaupréau ! dit la mère.

– Adieu, Maurice ! » ajouta une voix jeune et tremblante qui s’efforçait de s’élever, mais qui devait retentir dans le cœur plus qu’à l’oreille.

Le voyageur répétait aussi : « Adieu ! » saluant du bras, de la main, et se souciant fort peu de la gêne qui résultait pour nous de son agitation. Enfin la diligence s’éloignait rapidement, le chemin tournait ; toutes communications étant devenues impossibles, M. Maurice s’assit et commença à considérer les voyageurs, qui de leur côté l’examinèrent avec intérêt, se sentant tous ravivés par la nouveauté et l’élégance de leur compagnon. Il était impossible d’avoir une plus noble taille et un plus beau visage que M. Maurice ; mais, à mon gré, ses yeux noirs étaient trop gais ; sa bouche souriait trop souvent ; il y avait quelque chose de sans-souci, de jovial dans l’expression de sa physionomie qui me contrariait, parce qu’à sa tournure j’en avais fait d’abord un héros de roman. Je le voulais silencieux, mélancolique, afin d’exercer sur lui mon imagination ; mais il en alla tout autrement. Nous n’avions pas fait deux lieues qu’il nous avait appris que sa famille habitait le château de Beaupréau, sur les bords de la Drôme ; que le vieillard de l’avenue était son oncle, le plus riche propriétaire de la Bourgogne, chez lequel il venait de passer six semaines avec la comtesse de T... et Augusta de T... sa fille ; que son mariage était arrêté avec cette dernière depuis leur enfance, parce qu’ils étaient voisins de terres, et qu’il allait tout préparer pour ses noces, qui devaient se faire dans quinze jours au château de la comtesse ; enfin, qu’il allait donner sa démission pour vivre six mois de l’année en philosophe dans ses propriétés, et six mois en courtisan à Paris. Nous eûmes la description des châteaux, le programme des fêtes de la noce et le récit des plaisirs qu’il avait goûtés chez son oncle, où la chasse, la pêche, les lectures, la musique, la danse, occupaient tous les instants ; rien n’y manquait. Une éducation distinguée empêchait Maurice d’être un bavard ; mais il était causeur et heureux, et éprouvait le besoin de faire partager ses sentiments. Il voulait être bien avec tout le monde, et le petit garçon lui riait déjà aux éclats, car il lui avait livré sa canne, une casquette brillante de broderie, et se laissait tirer les cheveux, complaisance que la mère et deux vieilles femmes célébrèrent à l’envi. Mais que pourrait faire un homme tel que Maurice, sans charmer des esprits féminins ! J’avouerai même que sa bonne humeur était si communicative, sa légèreté de si bon goût, que moi aussi je finis par m’intéresser à toute cette prospérité d’autrui, bien qu’il me soit plus facile de pleurer avec ceux qui pleurent que de rire avec ceux qui ont de la joie.

Notre diligence, qui roulait toujours grand train, suspendit tout à coup sa rapidité, et notre attention en chercha le motif au-delà de l’espace qui nous contenait. C’était une foule considérable résistant aux chevaux, aux postillons et au conducteur ; foule d’hommes, de femmes, d’enfants, d’animaux domestiques de toute espèce, qui confondaient leurs cris avec les sons d’une douzaine de violons, les invitations pressantes de deux paillasses et les remontrances énergiques de quatre gendarmes. Nous étions au milieu d’une foire ; il fallut aller au pas jusqu’à la maison de poste, située à l’extrémité du village, ce qui nous donna le temps d’examiner les produits de l’industrie du département, qui me parurent consister surtout en pain d’épice et en galettes. M. Maurice remarqua de jolies filles, et les remarqua en homme qui avait fait une étude particulière de l’espèce. Une des voyageuses lui reprocha ses observations : au moment où il quittait sa fiancée ! C’était presque une infidélité pour cette bonne femme que le plaisir qu’il prenait à considérer ces jeunes et fraîches Bourguignonnes, à qui leur petit chapeau de feutre noir donnait un air si coquet, qu’à Sparte on leur eût défendu de le porter. « Mais quelle fête est-ce donc aujourd’hui ? » dit la voyageuse (Mme Pinguet), et elle tira de son sac un Almanach de Liège :

« Ah ! le 21, c’est sainte Ursule !...

– Ursule ! dit M. Maurice en regardant la femme, et il ouvrit les yeux, la bouche, d’un air surpris.

– Oui, répondit Mme Pinguet en lui passant l’almanach, voyez... le 21... c’est aujourd’hui... voyez, sainte Ursule ! »

Machinalement Maurice prit l’almanach et lut assez bas le nom d’Ursule... puis il garda dans sa main le petit livre le plus répandu de France, bien que ses auteurs n’appartiennent à aucune coterie et ne l’écrivent point à la clarté inspirante des flammes du punch. Mais ce n’était pas pour méditer sur le destin enviable de Mathieu Laensberg que M. Maurice tenait d’une main tremblante sa courte et épaisse brochure. Au moins Mme Pinguet n’en eut-elle pas la pensée, car lui reprenant son almanach, qu’il ne songeait pas à rendre, et souriant aussi finement qu’une femme qui a quarante-cinq ans, et qui va hériter d’un oncle bedeau à Mornas peut le faire, elle lui demanda si sa future, outre le nom d’Augusta, portait aussi celui d’Ursule... Mais sa question demeura sans réponse ; M. Maurice était distrait ou préoccupé ; il fallut qu’avec sa ténacité de femme, Mme Pinguet réitérât sa demande plusieurs fois. Un « non » faiblement articulé la satisfit enfin, et parut comme un sceau appliqué sur les lèvres vermeilles de Maurice, car il cessa dès lors de nous entretenir.

C’était vers cette heure que l’Alighieri, un des rois de la poésie, a si solennellement décrite :

 

          Che paia’l giorno pianger che si muore ;

          [Le jour semble pleurer de finir.]

 

et dans ce moment nous semblions tous, ainsi que l’a observé le sublime Florentin, nous rappeler cette situation où le mot « adieu ! » ouvre pour l’imagination un champ si pénible à parcourir. À cette heure, les postillons ne jurent plus ; ils participent involontairement au calme qui se répand sur la nature ; un éclat factice ne vient pas remplacer celui du jour sur les grands chemins comme dans les rues de Paris, et bon gré mal gré il faut prendre part au crépuscule et à la nuit quand ils nous surprennent au milieu des champs ; ainsi fîmes-nous. Le silence, la rêverie nous conduisirent au sommeil, et personne ne se doutait de l’heure quand nous arrivâmes à Châlons-sur-Saône. Là il fallut souper. Le linge était blanc, les mets bien apprêtés ; l’obligation nous parut douce à tous, hors à M. Maurice, qui se promena pendant que nous étions à table, hâtant de son air ennuyé l’impatience du conducteur, lequel, semblable à tous ses confrères, était sans doute d’accord avec l’aubergiste pour que nous n’ayons pas le temps de consommer le repas servi. Chacun, s’emparant d’une poire ou d’un biscuit, obéit enfin aux injonctions du conducteur, tyran, bien plus que protecteur, des êtres confiants qui remettent à ses soins leurs biens et leurs vies ; et la diligence reprit son cours.

« Sommes-nous hors de Châlons ? demandait souvent Maurice.

– Pourquoi ? lui dit enfin une des femmes.

– Oh ! pour rien.

– Vous connaissez Châlons ?

– Un peu ; j’y ai été en garnison. »

Puis le roulis de la voiture, l’obscurité, une chaleur assez douce qui se répandit, la digestion d’un repas rendu léger par sa brièveté, tout nous disposa de nouveau au sommeil. Je m’y étais pour mon compte abandonné avec délices, quand un cahot épouvantable me réveilla ainsi que mes compagnons.

« Qu’est-ce que c’est ? qu’y a-t-il ? » Nous n’eûmes pas le temps de nous épuiser en conjectures. La portière s’ouvrit, et le conducteur nous dit : « Il y a encore une place... » C’était vrai ; pourtant nous murmurâmes... nous étions si bien dans ce moment-là !... « Voilà une voyageuse, elle ne vous gênera pas, elle n’est pas grosse. » Et nous vîmes une petite figure vêtue de blanc sur le marchepied. « Quand je vous dis qu’elle ne vous gênera pas, reprit le conducteur... elle est sourde et muette, je la connais... je l’ai déjà menée deux fois à Lyon. Que le diable l’emporte !... Elle m’a toujours porté malheur... Allons, placez-la entre vous deux sur le devant... Tenez donc vos chevaux, postillon !... Ces bêtes ont eu peur en voyant du monde sur la route... Elles se sont arrêtées tout à coup, puis les voilà qui se cabrent à présent... Oh ! oh !... Mon Dieu ! soyez tranquille, monsieur le curé, j’en aurai bien soin de votre demoiselle. » Ces derniers mots s’adressaient à un homme vêtu en ecclésiastique, et que nous pouvions voir, parce qu’une lanterne attachée à la diligence avait été allumée en partant de Châlons. Lorsque la demoiselle fut placée, le conducteur cria : « En route ! », et l’ecclésiastique retourna à travers champs d’où il était venu sans doute ; mais c’était ce que nous ne pouvions apprendre de notre nouvelle compagne, puisqu’elle était sourde-muette.

Les femmes, et principalement Mme Pinguet, avaient envie de disserter sur cette double infirmité ; mais elles en furent empêchées par les cris du petit garçon, qui ne voulut plus ni dormir ni téter ; sa mère, qui prétendait s’y connaître, nous assurait qu’il n’avait ni colique, ni mal de dents, et qu’elle n’entendait plus rien à un pareil vacarme. Les chevaux eux-mêmes en paraissaient effrayés ; ils avaient pris le galop et ne s’arrêtaient plus. Une sensation désagréable de froid augmenta les ennuis de ce moment. En vain levait-on les glaces et s’enveloppait-on de manteaux, de schalls, de bonnets enfoncés jusqu’aux oreilles, on avait froid, et de ce froid pénétrant, humide, que répand le brouillard de novembre sur les membres du vieux mendiant assis sur la pierre.

M. Maurice abaissa la glace de son coin, en jurant que l’air extérieur était plus chaud que celui qui nous entourait ; et sans pouvoir en assigner la cause, nous trouvâmes qu’il avait raison. Mais, quoique grelottant un peu moins, nous éprouvâmes un malaise qui s’exhala en plaintes générales ; la sourde-muette qui nous avait dérangés fut déclarée cause de tout, et maudite à l’unisson ; puis chacun essaya de faire renaître le sommeil interrompu. Mais il n’y eut pas moyen ; on se réveillait en sursaut, l’un avait des tressaillements, l’autre faisait des rêves sinistres ; je poussai, pour le réveiller, M. Maurice, de la poitrine duquel sortaient des gémissements ; il me dit qu’il avait eu le cauchemar...

Au milieu de cette espèce de gêne insupportable et vague que je ne saurais bien exprimer, la sourde-muette, accusée d’abord en plaisantant, avait été oubliée. Les premiers rayons du jour, réfléchis par sa robe blanche, attirèrent sur elle nos regards ; ils s’y fixèrent longtemps, car personne ne voulait en croire ses yeux. On disait en soi-même que c’était un restant des ombres de la nuit, un effet du jour encore incertain, un tort d’yeux fatigués qui voyaient mal...

Enfin le soleil tout brillant parut et s’éleva sur l’horizon, et il fallut convenir que notre compagne avait une peau d’un blanc bleu et terne immédiatement collée sur les os, que l’orbite de ses yeux présentait une circonférence extraordinaire, que ses lèvres encore plus minces que longues recouvraient difficilement trente-deux dents saillantes, que les muscles et les veines de son cou se dessinaient en relief, que c’était enfin une tête de mort parfaite, sauf deux petits yeux luisants comme des étincelles au fond de leurs orbites immenses, un mouvement permanent des lèvres qui riaient, et une vivacité qui faisait tourner cette étrange tête à droite et à gauche avec une curiosité qui semblait insatiable.

Après un examen qui fut presque aussi long que son objet était surprenant, nous nous regardâmes mutuellement, et comme si la crainte d’être entendus eût lié nos langues, nous demeurâmes silencieux. Les petits yeux noirs de la sourde-muette nous interrogeaient successivement, et sa grande bouche nous souriait, le tout avec une expression de gaieté si choquante sur ce visage que nos yeux se baissaient à mesure qu’ils rencontraient les siens. La mort moqueuse, ricaneuse !... Aujourd’hui que nous avons les contes fantastiques, cette rencontre serait bien simple ; mais en 1812... il nous semblait avoir une vision.

Maurice parla le premier.

« Sans le respect que j’ai pour les dames, dit-il, je dirais comme notre conducteur : que le diable l’emporte ! Avez-vous jamais vu une figure comme celle-là ?

– C’est un regard, répondit Mme Pinguet...

– Assurément ce ne peut pas être une envie, ajouta Maurice... J’ai vu des morts sur le champ de bataille, j’en ai vu dans les amphithéâtres... mais jamais, non, jamais... Sur mon honneur ! c’est le frisson qu’elle nous donne à tous... Voyez comme ce pauvre petit la regarde !... Il en a si peur qu’il ne peut plus crier...

– Je suis sûre que c’est un regard de sa mère étant grosse, répéta Mme Pinguet. Quand ma cousine vint au monde avec un foie de veau sur la cuisse droite, ma tante nous conta...

– Qu’elle avait vu un foie de veau ? cela va s’en dire, ajouta Maurice. Les femmes accouchent de ce qu’elles voient... Je suis toujours étonné que les cuisinières ne mettent pas au monde des casseroles, et les cantinières des canons... »

Pendant ce dialogue, la sourde-muette agaçait de l’oeil les interlocuteurs et riait aux éclats, mais sans bruit et pour la vue seulement ; c’était un mélange d’insipidité et d’horreur, quand nous aurions dû être attendris de tant de maux... Je ne sais quel compte nous nous serions rendus de nos sentiments, lorsque l’essieu de la voiture se brisant nous versâmes à plat. Le désordre que produit un tel accident est connu, je n’en parlerai point. La sourde-muette nous passa tous sur le corps pour sortir la première, et y parvint. Lorsque nous l’eûmes suivie et qu’il nous fallut contempler notre diligence sur le côté, nos bagages roulés à cent pas de l’impériale, et la nécessité où nous étions de nous féliciter d’en être quittes à si bon marché, notre satisfaction, mêlée de saisissement, se borna à de courts compliments. Il n’en fut pas de même du discours de notre conducteur et de ses imprécations.

« Ne vous avais-je pas prévenus ? s’écria-t-il ; cette misérable petite-morte, comme ils l’appellent dans les environs, nous a porté malheur... Voilà la troisième fois que je la conduis à Lyon... La première, un cheval tomba raide mort, avant le relais de Tournus... La seconde, un postillon se cassa la jambe... et aujourd’hui... personne n’est-il blessé ?... »

M. Maurice seul avait une bosse énorme à la tête, et saignait du nez...

« Maudite petite-morte, reprit le conducteur, elle pourra rester sur la route, elle et son abbé, son curé, je ne sais quoi... Il aura beau payer la place entière à l’avance et me la recommander... j’aime mieux aller à vide... Mais regardez-là, est-elle tant soit peu émue ?... Ris, ris, vieux revenant... et ce monsieur qui a une bobiche comme mon poing !... C’est qu’elle n’a pas l’air imbécile avec ça... Voyez ces yeux malins !... ne dirait-on pas le diable en cornette ? »

Tout cela était vrai, jusqu’à la cornette de linon qui encadrait ce minois mutin et cadavéreux, et dessinait ce crâne dont toutes les protubérances se prononçaient sous l’étoffe fine et transparente.

Il fallut chercher un refuge jusqu’à ce que notre désastre fût réparé. Une maison isolée s’offrait sur le bord du chemin ; habituellement ferme, elle se transformait en auberge quand des voyageurs s’y présentaient. Ce fut là que le conducteur nous déposa, tandis qu’un des postillons alla à cheval chercher le forgeron et le charron du premier village assez considérable pour y trouver ces deux artisans.

Il n’était pas encore neuf heures ; le déjeuner devint l’affaire principale de la société. On demanda des oeufs, du lait, du café, de ce qui se trouve partout, et pendant les apprêts on se promena autour de la maison. Le temps était beau ; le soleil luisait ; mais la campagne qui nous environnait n’offrait rien de pittoresque. Une grande croix seulement s’élevait à cinquante pas de la maison, et trois jeunes ormes l’entouraient. Quelques longs jets d’églantiers et de ronces se balançaient doucement sur un petit espace bien gazonné qui s’étendait devant la large dalle où l’on avait planté la croix. Tous ces objets, fort communs, étaient disposés avec une grâce infinie, et composaient une des plus jolies vignettes dont puisse être orné un keepsake.

« À quelque chose malheur est bon ! s’écria M. Maurice qui avait repris son humeur hilare et causeuse de la veille depuis notre accident, je vais prendre ce joli petit croquis... »

Dans ce moment, Mme Pinguet, que sa parenté avec un bedeau avait sans doute maintenue dans une régularité assez rare maintenant, s’agenouilla sur la dalle et se mit à dire un long chapelet.

« Admirable ! continua Maurice, elle pose à ravir... Il allait sans doute qu’un chapelet devait se porter dans le sac où se trouvait l’Almanach de Liège... Digne femme !... quel dommage qu’elle soit si vieille et si vulgaire !... mais à distance !... c’est toujours une femme...

– Ma foi, répondis-je, elle vaut mieux que ce jeune monstre...

– Concevez-vous rien de semblable ? dit Maurice, c’est-à-dire que je ne peux pas supporter la vue de cette malheureuse fille. Je me suis efforcé dans la diligence de la regarder... impossible ! Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti quelque chose qui m’a donné l’idée de la pusillanimité...

– Je ne peux pas dire qu’elle me fasse peur... mais ce qui m’étonne, c’est de ne pas ressentir pour elle la pitié que m’inspirent ordinairement les infirmes... Cependant, quelle cruelle destinée ! car elle est jeune... elle peut être sensible...

– Jeune !...

– Oui... dans ses mouvements, dans ses attitudes il y a de la jeunesse, de l’enfantillage même...

– Pendant qu’elle est loin de nous, vous pouvez lui donner de l’intérêt... mais sa présence le détruira toujours...

– Je vous assure que, dans la voiture, elle vous faisait des mines...

– La malheureuse... »

Et Maurice rit aux éclats, en relevant toutefois sa cravate noire, et en lissant de superbes moustaches en chevron ; puis il reprit :

« La petite-morte coquette !... Eh ! pourquoi pas ?... Oh ! les femmes !...

– Je ne crois pas que vous ayez eu beaucoup à vous en plaindre.

– Me prenez-vous pour un fat ?... Parole d’honneur, je ne l’ai jamais été... Mais les femmes... je m’en suis amusé toute ma vie.

– Vous n’avez jamais été amoureux ?

– Il me semble que oui pendant huit jours... Mais comment aller au-delà !... à moins de rencontrer de ces vertus héroïques, de ces beautés du ciel qui inspirent des désirs, en éprouvent, et n’y cèdent pas ?

– Diantre ! vous voulez rencontrer le feu et l’eau en parties égales et ne se détruisant pas ?

– Et encore ne sais-je pas si la possession me laisserait longtemps sensible au miracle.

– Et vous allez vous marier !

– Quelle différence ! une femme qui porte votre nom, sa fortune que vous administrez, des enfants à qui vous laissez vos places, vos titres...

– Tout cela vous donnera de l’amour ?

– De l’amour ! mais pas du tout... Augusta est charmante... mais j’ai connu tant de jolies femmes ! Le mariage est un bel et bon acte civil qui fixe la situation où l’on doit vivre dans le monde. L’amour est le passe-temps le plus doux, le plus drôle que je connaisse. Comme il varie les heures !... Eh bien ! mon croquis vient à merveille, n’est-ce pas ?... Si cette madame Pinguet n’avait pas le nez si long...

– Par exemple ! vous avez le nez de la petite-morte.

– Mais c’est que c’est vrai... c’est que ce nom hideux lui convient !... Son nez est précisément celui de la camarde... Voyez, le vent vient de draper le schall de Mme Pinguet pittoresquement... Son pied est assez petit... Eh ! si elle avait vingt ans... Il faut convenir que notre diligence est bien mal composée... Cette pauvre bonne mère qui sent le lait aigre... mon respectable modèle... cette fille de l’autre monde... et cette grosse femme du coin dans le fond... Qu’est-ce que c’est que celle-là ?

– Une marchande de soierie de la rue des Gravilliers.

– Ah ciel ! j’ai vu tout de suite que nous ferions le voyage le moins aventureux !... Mais toutes ces femmes, il y a vingt ans, dix ans même...

– Savez-vous que vous avez un peu de l’air de don Juan ?

– C’est mon héros. Quelle sublime création !... Allons, qu’est-ce qui a pris à madame Pinguet ?... où va-t-elle ? »

Mme Pinguet s’était relevée, et avait été chercher au milieu d’un troupeau la sourde-muette, qui agaçait deux ou trois chèvres. Mme Pinguet, en bonne chrétienne, engageait par signe la pauvre créature à l’imiter, et à prier au pied de la croix. Je ne sais ce qu’avait compris cette fille d’abord, mais elle s’était laissé conduire sous les ormes. Quand Mme Pinguet voulut la faire mettre à genoux, elle s’éloigna en courant, et regardant ensuite la dévote prosternée, ne cessa de rire, d’étendre et de joindre les mains, puis retourna sauter avec les chèvres, qu’elle conduisit enfin brouter les buissons qui formaient un si gracieux massif autour de la croix.

« C’est le génie du mal, me dit Maurice ; et si, comme l’atteste le conducteur, je lui dois en particulier ma contusion, l’horreur qu’elle m’inspire n’est que de l’instinct. Voyez, elle fait détruire la seule beauté qui soit sous nos yeux. »

Dans ce moment, le vieux berger commis à la garde du troupeau envoya ses chiens, et vint lui-même chasser les chèvres. La petite-morte les suivit, et Maurice et moi nous avançâmes vers le berger pour l’engager à protéger toujours ce coin de terre. Le berger ne s’entendait ni en effet de paysagiste, ni en croquis ; il nous a dit qu’il empêchait les animaux de brouter ces buissons et cette herbe, parce qu’au pied de cette croix, là même où le gazon était si touffu, on avait enterré une femme depuis dix-huit mois à peu près.

« Est-ce donc, demanda Maurice, qu’elle a été assassinée à cette place ?

– Je ne le crois pas, répondit le berger... Au reste, elle logeait dans la maison qui est sur la route, et où sans doute vous attendez que votre voiture soit raccommodée ?... Ils vous diront cela, eux... Moi je n’étais pas encore dans ce pays-ci. Je viens du Bourbonnais.

– Allons vite savoir l’histoire de cette femme, me dit Maurice : ce sera excellent pendant le déjeuner... J’espère qu’elle a été assassinée par quelque jaloux... Mais mon croquis peut beaucoup s’embellir, si à côté de Mme Pinguet je peux mettre un homme à traits féroces, en manteau et tenant un poignard. »

À peine étions-nous dans la maison que Maurice interrogeait l’hôtesse, que pressait, pour un tout autre sujet, le restant des voyageurs. Tout en mettant le couvert, et surveillant la chaudière où cuisaient les œufs, et devant laquelle s’était établi un de nos compagnons sa montre à la main, l’hôtesse répondait à nos questions :

« C’était une jeune fille, arrivée un soir où il pleuvait ; bien lasse, bien triste, les yeux rouges, elle demanda une chambre et s’y renferma près d’un mois, payant tous les jours sa dépense, qui ne montait guère, parce qu’elle mangeait à peine... Elle avait la manie de se promener la nuit, et d’aller s’asseoir sur les dalles qui soutenaient la croix... Un matin on la trouva morte au pied d’un des ormeaux. Elle avait noué un mouchoir de soie autour de son cou, puis s’était pendue à une branche... La branche avait rompu, elle était tombée la tempe sur la dalle... C’était le coup qui l’avait tuée, à ce que dit le médecin ; car il avait fallu faire la déclaration au maire, qui vint ici nous gronder tous d’avoir recueilli une vagabonde... Elle n’avait pas un papier... M. le curé ne voulut pas la mettre en terre sainte ; mais moi, ajouta la femme, elle me fit pitié... son pauvre corps si jeune !... Je demandai qu’on la mît à côté de la croix : c’est tout de même une terre un peu bénite... Puis elle m’avait donné son testament, qui était enfermé dans un vieux cadre que je lui avais vendu après en avoir retiré un beau portrait de l’empereur... J’ai pourtant eu la conscience de le mettre dans la grande chambre, comme elle me l’avait demandé... »

Il n’y eut qu’un cri pour voir le testament. L’hôtesse nous apporta un cadre de bois noir, renfermant un papier écrit, que recouvrait une vitre verdâtre, si salie par les mouches qu’il était impossible de lire un seul mot. À notre prière le verre fut lavé, et le cadre remis d’abord entre les mains de M. Maurice.

« Ah ! s’écria-t-il en y jetant les yeux, et son teint s’altéra visiblement.

– Eh bien ! dis-je avec curiosité.

– Ah ! c’est fort curieux, fort singulier !

– Mais vous reconnaissez l’écriture ?

– Moi ! et comment voulez-vous que je reconnaisse cette écriture ?... D’abord c’est une femme qui ne sait pas l’orthographe...

– Vous aviez l’air étonné ?

– C’est qu’on est étonné de trouver dans une auberge une élégie de ce genre-là...

– C’est un testament...

– Notre hôtesse appelle un testament des plaintes, des lamentations... Attendez donc que je lise jusqu’au bout. »

Je voyais trembler un peu les mains de M. Maurice, quoiqu’il répétât souvent :

« C’est très plaisant, très particulier, tout à fait remarquable... quel choix de mots !...

– Je ne sais pas lire, dit notre hôtesse, et je n’ai pas voulu montrer cela à M. le maire, ni à M. le curé... J’avais promis à cette pauvre fille que je l’accrocherais dans la grande chambre. »

Je pris le cadre des mains de Maurice ; car il le tenait toujours, quoiqu’il ne lût plus, et je voulus copier ces lignes d’une écriture un peu tremblée, et dans lesquelles je ne trouvai que quelques fautes de participes :

 

Taisez-vous, si vous reconnaissez mon écriture, taisez-vous : quoique morte, je vous demande à genoux de ne pas dire mon nom. J’aurai encore peur de mon père après ma mort, j’en suis sûre. Je l’ai quitté, parce que je suis déshonorée. Je vais me tuer avec mon enfant avant qu’il vienne au monde : c’est une chose terrible ; mais je ne peux pas faire autrement, puisque je n’ai plus d’argent, plus de force pour travailler, et que celui que j’aime m’a dit adieu en riant. J’aurais bien voulu devenir folle ; mais je n’ai pas pu. J’ai aussi peur de la mort ; cependant il faut que je meure, et avec mon enfant ! quoique je ne sache pas comment on se tue. Je n’ai pas encore quinze ans. Que les pauvres filles de mon âge se défient bien des hommes qui se déguisent : ils ont les mains plus blanches que les ouvriers ; ils disent des mots que l’on n’a jamais entendus, et leur voix est douce ; mais ils n’aiment pas les filles qui ne sont pas de leur rang ; ils les trompent, ils les quittent, et ils rient. J’étais au-dessus de mon état, mais je n’avais pas quinze ans ; si j’avais été plus vieille, j’aurais mérité mon malheur. J’ai bien pleuré. Je l’ai bien aimé celui qui m’a perdue ; il faut que j’en finisse. J’ai plus peur de mon père que du bon Dieu, qui a pardonné à sainte Madeleine. Je me recommande aux prières des bonnes âmes qui passeront par ici. Qu’elles prient aussi pour lui, il est la cause de tout ; mais qu’elles ne disent rien à mon père. Je crois bien que je me tuerai vendredi. Mon enfant serait né un vendredi.

 

Pendant que je lisais ces paroles simples qu’avait dictées sans doute un cœur navré de douleur, l’hôtesse et nos trois voyageuses pleuraient et sanglotaient : les hommes même étaient émus. Mme Pinguet fit une violente allocution contre la perfidie masculine ; si elle ne dit rien de neuf, elle sut au moins répéter tout ce qui s’était dit, et s’anima d’autant plus que Maurice voulut absolument trouver un côté plaisant à l’histoire qui nous attendrissait. Il prétendait que c’était un sujet de complainte, et à l’instant il fit sur un air vulgaire les mauvais vers suivants, qu’il écrivit dans l’album où il avait croqué le lieu de la scène :

 

          Fille qui n’a pas quinze ans

          Doit être bien sage.

          Il faut avoir l’âge

          Pour écouter les amants.

          L’homme n’est que ruse ;

          De nous il abuse ;

          De tout il s’amuse :

          Puis quand il a ri,

          Donné du souci,

          Il faut mourir un vendredi.

 

Cette parodie d’une lettre déchirante n’eut aucun succès. Les honnêtes bourgeois qui composaient le reste de la diligence prirent parti avec les femmes, et quoique Maurice reprochât à Mme Pinguet de se compromettre en excusant les filles à vertu fragile, tous les honneurs de la discussion restèrent à la nièce du bedeau.

« Il est heureux, dit enfin Maurice, que notre sémillante petite compagne de Châlons soit condamnée au silence ; je l’aurais eue aussi pour antagoniste, et j’avoue que ce minois-là, parlant amour fidèle et sensiblerie, doit être irrésistible... »

Cette mention de la « petite-morte » la rappela à notre souvenir. On s’aperçut qu’elle n’avait pas assisté au déjeuner. Le conducteur se souvint qu’elle ne se mettait pas à table, et se contentait de manger un gros chiffon de pain, en rôdant hors des hôtelleries où l’on s’arrêtait. Je regardai à la porte, et la vis donnant son pain au troupeau qui avait fini par l’entourer. Pauvre créature ! Ces animaux, même après avoir pris de sa main la nourriture qu’elle leur offrait, s’éloignaient précipitamment, et comme épouvantés à son aspect.

Notre voiture raccommodée, nous repartîmes, continuant à nous plaindre d’une sensation de froid difficile à expliquer, et d’un malaise physique et moral qui répandit la tristesse sur tous les visages et suspendit entièrement la conversation ; malgré ses efforts, Maurice lui-même ne reprit jamais ni son air, ni ses discours joyeux de la veille.

On fut enchanté de se séparer à Lyon, où Maurice et moi convînmes pourtant de nous embarquer ensemble dans l’espèce de coche qui descend le Rhône, lui jusqu’à Valence, moi jusqu’à Avignon. Nous nous retrouvâmes avec plaisir sur le pont de ce coche. Maurice avait recouvré toute sa gaieté. Nous fîmes plus ample connaissance, et j’eus des détails plus circonstanciés sur sa fortune, et sur toutes les espèces de joies que lui promettait l’avenir. C’était vraiment un des heureux de son siècle, où bien des gens cependant jouissent de bonheurs inespérés.

La navigation du Rhône est désagréable à cette époque. Les sources qui alimentent ce fleuve commencent à se glacer ; ses eaux diminuent. Notre grand et lourd bateau s’engravait si souvent que le second jour nous couchâmes à Pomier, triste et misérable auberge construite en murs tombants, et remplie de gens dignes de comparaître dans un mélodrame. Rien ne manquait dans la cuisine, seul endroit de réception : vaste cheminée, lampe de fer, escabelles, teintes de lumière suffisantes pour transformer en visages farouches les physionomies les plus communes, et pour nous faire découvrir dans un coin la petite-morte et ses deux prunelles roulantes, semblables aux petits points noirs qui tranchent si fortement avec la carapace couleur de rose des crevettes...

« Je n’y résiste pas, s’écria Maurice, j’aime mieux coucher dans le bateau... Si j’avais su qu’elle s’embarquait aussi, j’aurais été par terre... »

Il sortit. Un instant après je ne vis plus la petite-morte. On fumait dans la cuisine de Pomier, on fumait à suffoquer. Je voulus aller faire un tour en attendant le repas qu’il plaisait aux maîtres de la maison d’appeler un souper.

Je me dirigeai vers le Rhône, dont j’entendais couler les eaux à la clarté de la lune, que des nuages poussés par un vent supérieur obscurcissaient souvent. À travers une rangée de saules, il me parut entrevoir Maurice, et près de lui une figure mince, blanche... « Qui sait, pensais-je, si l’heure, l’occasion ?... Au moins je lui en ferai la plaisanterie... » Un gros nuage passa, je ne vis plus rien ; mais j’entendis un éclat de rire ; le nom d’Ursule fut prononcé ; puis un corps pesant, tombé dans le Rhône, rompit l’uniformité de son murmure. J’appelai Maurice, il ne répondit point. La lune éclaira de nouveau le rivage : je cherchai mon compagnon, la sourde-muette : tous deux avaient disparu. Ma voix attira les mariniers qui gardaient le bateau amarré à peu de distance de la place où j’étais. « Deux personnes se noient », leur criai-je. Ils accoururent. On alluma des torches ; on plongea dans le Rhône, et après une demi-heure on retira le corps de Maurice, arrêté par des joncs. Tous les secours que nous prodiguâmes au malheureux jeune homme furent inutiles ; il n’existait plus. On ne retrouva point le corps de la petite-morte.

Je me garderai bien de faire connaître tout ce que j’imaginai à propos de cette aventure ; le lecteur en sait autant que moi ; il expliquera à son gré le saisissement qu’éprouva M. Maurice quand il entendit le nom d’Ursule, son impatience de sortir de Châlons, la catastrophe qui prévint son mariage et l’impression que produisait la petite-morte, dont le portrait n’est point de fantaisie.

 

 

 

Paru dans Le Salmigondis : contes de toutes les couleurs,

tome VII, 1833.

 

 

Recueilli dans Les maîtres de l’étrange et de la peur,

de l’abbé Prévost à Guillaume Apollinaire,

Anthologie établie par Francis Lacassin,

Éditions Robert Laffont, 2000.

 

 

 

 

 

 

 

 

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