La crèche de M. le curé

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Charles CANIVET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La veille de Noël, après sa réfection du matin, le vénérable curé de X... était fort perplexe. Cela se voyait à son attitude, les mains croisées sur son estomac un peu rebondi et se frottant les deux pouces, l’un contre l’autre, comme tous ceux qui pensent ou qui digèrent.

La digestion ne devait pourtant pas être difficile. Pensez, deux œufs frais parce qu’il y avait des poules pondeuses dans la cour du presbytère, un reste de poisson connu, le long des grèves bas-normandes, sous le nom de vieille, ni délicat ni appétissant, je vous assure, et un peu de beurre frais, battu par Charline, la vieille servante, avec le lait d’une vache, ni grasse ni maigre, qui paissait dans le clos, au bout du jardin.

Tel était, à peu près, et invariablement, l’ordinaire de M. le curé de X..., le village étant pauvre et par conséquent le casuel presque nul.

Seulement le curé, par une douce habitude, sirotait sa demi-tasse dans laquelle il avait déjà versé son deuxième petit verre. Le cognac, cela soutient quand il fait froid ; et le brave curé était bas-normand, d’un pays tantôt venteux, toujours humide, où personne ne répudie le gloria. Et puis, il n’y a jamais eu de mal à user des bonnes choses ; le tort consiste à en abuser.

C’était une toute modeste cure que celle de X... et si le pasteur était simple, les ouailles n’étaient pas riches, tous marins de père en fils, chavirés par la mer depuis des générations, coulés ici ou là dans une bourrasque, le long de ces côtes de la Hague où le flot n’est jamais tranquille et qui, dans les coups d’équinoxe, se couvrent d’épaves et de débris, sans compter ce qui reste au fond.

Malgré la pauvreté générale, chacun faisait de son mieux et portait au presbytère quelque chose de sa pêche, dans les bons jours, des crabes que Charline faisait cuire, ou des plies, ou bien, quand la mer s’en allait assez loin, de ces belles coquilles à fond de nacre, que l’on nomme des coquilles Saint-Jacques, sans doute parce que le saint s’en fit un ornement lors de son voyage à Compostelle, enfin toute la vermine de la mer que personne ne dédaigne, quand elle est fraîche et toute parfumée.

Donc le curé de X... méditait, non parce qu’il avait devant les yeux le plus vaste des horizons maritimes, avec les îles anglaises au fond, nageant dans l’azur pâle d’une belle journée d’hiver ; ce spectacle ne lui manquait pas souvent ; il était blasé là-dessus et n’y pensait même plus, quand la mer furieuse et poussée par le vent du large crachait toutes ses écumes jusque sur les fenêtres du presbytère.

Chaque année, depuis tantôt cinq ou six ans, et précisément ce jour-là même de la veille de Noël, M. le curé était tout morose. Il pensait qu’il fallait sortir de la sacristie la crèche de l’enfant Jésus, et que la crèche et l’enfant s’en allaient en morceaux.

Le vitrage, raccommodé en dix endroits, avec des bouts de papier collés, exigeait des précautions infinies, quand on opérait le transport de la sacristie à l’église, et le pauvre petit bonhomme de cire couché sur de la paille soigneusement renouvelée n’avait plus qu’un bras et qu’une jambe. En y regardant de bien près, on voyait aussi que l’œil gauche était absent, et qu’une bonne partie de la belle chevelure bouclée se mangeait aux vers et diminuait tous les ans.

Charline, pour réparer tous ces désastres, faisait des prodiges, tournait l’enfant sur le côté gauche, pour qu’on ne vît point le trou de l’œil perdu et arrangeait la paille de façon à ce que l’on pût croire que les deux membres manquants étaient cachés dessous.

Mais ce qui l’ennuyait, pendant son travail soigneusement renouvelé chaque année, la bonne Charline, c’est que M. le curé passait son temps à lui raconter les merveilles des églises de Cherbourg : le nouveau-né vêtu de beaux vêtements blancs, moirés, brodés d’or, couché dans les fleurs, et si frais qu’on l’eût dit vivant et tout prêt à prendre la parole pour remercier les visiteurs.

Charline le priait parfois, et assez vivement, de se taire. Alors M. le curé soupirait, se plaignait de la dureté des temps et de la dureté des hommes, et Charline poursuivait sa besogne, redressant ici un pli qui faisait mal, à son idée, mais avec des précautions infinies, parce que le reste de la robe aurait bien pu s’en aller en poussière, posant là des bouchons de paille ou de verdure persistante, pour cacher, autant que possible, toute cette misère.

Il arriva même un jour qu’une petite souris, entrée on ne sait comme, dans la crèche, sortit de dessous le paillot et s’échappa, quand celle-ci fut ouverte. On la vit trottiner dans la salle, passer sous le fauteuil de M. le curé et finalement s’engouffrer dans un trou du parquet, où les trous ne manquaient pas, la commune n’étant point large sous le rapport des réparations.

Souvent, un peu poussé par Charline, M. le curé avait eu la tentation de s’adresser au maire ; mais M. le maire était un athée, les adjoints aussi, et la démarche eût été sans doute bien inutile.

Le curé, qui était tolérant, pensait qu’un athée pouvait bien, sans déroger, faire une largesse à l’église. Pour lui, quand il faisait l’aumône, ce qui lui arrivait trop rarement, à son gré, il ne se souvenait point d’avoir jamais eu de ces distinctions, et sa piécette tombait dans la main de tous ceux qui marchaient pieds nus et n’avaient presque rien à se mettre sur le corps.

Mais les hommes sont les hommes ; rien ne les change, et le bon Dieu lui-même ne se donne pas souvent la peine de prendre garde à leurs caprices, à leur orgueil et à leurs prétentions. C’est un compte à régler plus tard.

Quoi qu’il en soit, c’était bien ennuyeux de se dire que, dans cette église à demi délabrée de X..., perchée sur le haut de la falaise, pleine du croassement des corneilles qui nichaient dans ses crevasses, et dont les murailles étaient presque aussi moisies au-dedans qu’au-dehors, il n’y avait pas moyen de recueillir assez de gros sous pour acheter une belle crèche, toute neuve, comme on en voyait tant dans les grands bazars de Cherbourg, à ce moment de l’année.

Et voilà à quoi le bon curé de X... songeait, un peu humilié d’être si pauvre, auprès de tant de ses confrères, qui pourtant n’étaient pas riches, mais auxquels on ne refusait point les plus légitimes et indispensables frais d’entretien de leur église.

Enfin, il fallait bien se résigner, mais c’était dur ; si dur que le curé n’avait pas toute la gratitude désirable à l’égard de Charline qui, à force de soins et d’habileté, avait fini par rendre à moitié présentable ce petit enfant tout disloqué, dans sa maison de verre raccommodée.

Le soir se faisant, et comme il revenait de la confession, tout triste encore et tout songeur, le curé vit, aux derniers feux du jour, que toutes les barques de X... étaient au port. Il était sûr d’une nombreuse assistance pour la messe de minuit, et c’était toujours cela ; les pêcheurs normands ne sortent point la nuit de Noël.

Le vent, quoique assez froid, n’était pas fort, ce qui n’empêchait point la mer de faire sa musique ordinaire au pied des rochers, et les embruns d’atteindre parfois le bord de la falaise.

Sur la côte, les phares s’allumaient successivement, et le curé vit que, dans les îles anglaises, principalement dans Aurigny, qui était plus voisine, et dans Jersey, qui était plus grande, il y avait beaucoup plus de lumières que d’habitude.

On fêtait aussi la Noël, Christmas, dans ces nids de l’Océan arrachés à la côte normande par une convulsion marine, il y a des siècles ; et bien sûr que là, les autorités ne marchandaient point leur concours aux paroisses.

Et il lui semblait, au digne homme, que le vent lui apportait, du large, des accents d’allégresse, et que tous ces feux, disséminés dans les îles, étaient autant de feux de joie.

Et sa mélancolie du matin le reprit, lorsque, rentré au presbytère, il vit la bonne Charline qui brûlait, dans la cheminée de sa cuisine, le reste des branches de tamaris qu’elle avait coupées la veille, pour faire la toilette annuelle de la crèche fêlée, et pour dissimuler de son mieux ce qui manquait à l’enfant.

Hélas ! oui, il faut se résigner à tout, en ce bas monde, même à l’évanouissement des désirs les plus amoureusement caressés et des plus chères ambitions. Et qui s’y résignerait donc, si ce n’est un digne prêtre comme le curé de X..., qui, dans ses vœux les plus désordonnés, ne pensait cependant qu’au bon Dieu et à l’ornement de sa demeure ?

Malgré cela, il se lamentait toujours, parce que, chaque année, il pensait pouvoir réaliser la petite somme nécessaire pour acheter une crèche nouvelle et que, chaque année, le moment venu, le fond de sa bourse était aussi à sec que la grève à marée basse. Ce qui ne l’empêchait point de répéter :

– Nous économiserons, Charline, nous économiserons.

Charline ne demandait pas mieux, car, à la longue, cela la chagrinait de voir M. le curé aussi morose ; mais économiser sur quoi ? Au presbytère, il n’y avait pas même à tondre sur un œuf. Alors Charline regardait son maître d’un air pitoyable, et finissait par dire :

– Parbleu, avec des économies, monsieur le curé, nous nous en tirerions, mais c’est plus facile d’en parler que d’en faire. Remettons cela à l’année prochaine, allez ; pour sûr, le bon Dieu ne nous en voudra pas.

À ces paroles, ce soir-là, comme les autres années, M. le curé se contenta de pousser un gros soupir qui voulait dire :

– Est-elle philosophe, cette Charline ! Il y a vraiment sur terre des femmes plus fortes que bien des hommes !

Puis il s’assoupit dans son fauteuil.

À ce moment, un brusque coup de sonnette retentit à la porte du presbytère, et si violemment que M. le curé et la vieille servante en tressaillirent.

Et comme celui-ci avait encore, sur la tête, son vieux chapeau de feutre râpé qui, comme la crèche, réclamait impérieusement un remplaçant, il dit à Charline :

– Ne te dérange pas, ma fille, j’irai moi-même.

Et il se dirigea vers la porte, qu’il ouvrit, et qui donna passage à un jeune homme de bonne mine, vêtu comme les mariniers italiens, mais avec des étoffes si belles et si brillantes qu’elles semblaient éclairer le long couloir. Sa physionomie était charmante, pleine à la fois de douceur et d’énergie, et ses cheveux, longs et bouclés, de couleur un peu fauve, retombaient, non sans grâce, sur de robustes et élégantes épaules.

– C’est à Monsieur le curé de X... que j’ai l’honneur de parler ? dit-il.

– À lui-même, Monsieur, répondit le vieux prêtre confus ; mais qui me vaut l’honneur de votre visite, et qui êtes-vous ?

– Qui je suis ? reprit le nouvel arrivant, cela n’importe guère, mais je viens de la part de quelqu’un qui vous tient en haute estime, Monsieur le curé, et qui m’a chargé pour vous d’une commission précieuse.

Tout à coup la voix de Charline retentit, au fond du corridor, rappelant à l’ordre son maître.

– Mais vous n’y pensez donc pas, criait-elle, et vous tenez sans doute à vous enrhumer ! La salle est finie, Monsieur le curé, et de façon à ne faire honte à personne.

M. le curé comprit son impolitesse et fit signe à l’étranger de le suivre. Mais celui-ci s’excusa tout d’abord :

– C’est que, dit-il, j’ai là quelque chose, et il montrait du doigt le dehors...

– Quelque chose ? Quoi donc ? fit M. le curé.

– Précisément ce que l’on m’a chargé de vous remettre.

Alors il sortit et rentra presque aussitôt, portant sur l’épaule une grande caisse carrée qui paraissait lourde, mais ne le faisait pourtant pas fléchir d’une ligne.

Une fois dans la salle, il la déposa sur la table ; Charline, la curiosité très éveillée, les avait suivis et se tenait en admiration devant cette belle caisse en acajou, hermétiquement fermée et dont les clous, arrondis et polis, brillaient comme des pois d’or.

M. le curé n’en croyait pas ses yeux et passait de temps en temps les mains sur le couvercle luisant et uni comme une glace, très intrigué et se demandant ce qu’il pouvait bien y avoir de caché là-dessous. La voix de l’inconnu le fit sortir de sa rêverie.

– Mon maître, dit-il, qui vous connaît et vous apprécie, a fait mettre là-dedans ce que vous désirez depuis si longtemps, une crèche pour votre église.

Et il ajouta, avec un sourire :

– Et mon maître pense que vous serez satisfait.

Alors, avec la pointe d’un stylet dont la lame triangulaire brillait comme du verre, sous les feux gras de la chandelle de Charline, il fit sauter une à une toutes les planches. D’abord apparurent des fleurs de toutes sortes et de toutes couleurs, qui remplirent de suaves et doux parfums la vieille salle du presbytère. L’inconnu les saisit à poignées, les jeta sur l’aire, et ce fut un double cri d’admiration du curé et de Charline, quand ils virent sortir de toute cette jonchée une crèche magnifique en cristal le plus pur, dont les angles étaient réunis et fixés par des filets d’or. À l’intérieur, c’était l’étable de Bethléem, la Vierge assise et tenant l’enfant sur ses genoux, un beau bébé tout rose avec une toute petite chemise de moire pour tout vêtement, qui laissait voir ses bras et ses jambes potelés et d’où sortait sa charmante tête irisée, avec des yeux qui remuaient, ma foi ! comme des yeux vivants, et le bout de son petit nez un peu rose, sans doute à cause du froid des nuits de décembre qui ne sont pas clémentes, même en Judée ; saint Joseph, debout, contemplait la mère et l’enfant, avec un bon sourire qui s’en allait, à droite et à gauche, dans les longues mèches de sa barbe d’apôtre ; et, dans le fond, un petit âne au poil luisant et un gros bœuf du Cotentin se tenaient, l’un près de l’autre, à portée d’un beau râtelier d’or, tout chargé de provende.

Le long d’une des parois, il y avait quelque chose qui ressemblait à des coulisses de théâtre ; mais, ni M. le curé ni Charline n’en devinaient l’usage. Tous deux ils étaient en extase, les mains jointes, et si interloqués que la parole leur manquait. Était-ce Dieu possible ? Une crèche pareille pour l’église, lorsque, quelques minutes encore auparavant, on eût été si heureux rien que d’un enfant en plâtre, couché sur le clos, dans sa crèche de verre intacte ! C’était à n’y pas croire !

Et déjà le brave curé, bâtissant, pour l’avenir, voyait les fidèles affluer, appelés par cette mirifique crèche, dont la réputation ne tarderait pas à se répandre dans la contrée, depuis Auderville jusqu’à Portbail, et il songeait à l’établissement d’un tronc dans la chapelle, pensant qu’on ne saurait avoir le courage de refuser une petite aumône après avoir vu d’aussi belles choses. Et alors, de fil en aiguille, avec l’argent du tronc, il réparait sa pauvre église décrépite, faisant eau de tous côtés, comme un navire hors d’usage, et songeait même à un chemin de la croix, sculpté en bas-relief, qu’il avait admiré lors de son dernier voyage à Coutances, où il s’était rendu pour la retraite générale.

Mais ce n’était pourtant pas tout, et voilà qu’au moment même où le curé songeait aux futurs embellissements de son église, l’inconnu toucha du doigt un petit ressort caché dans la boiserie qui supportait la crèche, et alors, de la coulisse, sortirent d’abord les bergers portant un agneau nouveau-né et qui bêlait de toutes ses forces ; puis les rois Mages, avec l’étoile au-dessus de leur tête, drapés dans leurs beaux habits sous lesquels ils cachaient leurs riches présents, l’encens, la myrrhe, l’or, les pierres précieuses, et ces belles étoffes de Nubie dont les plis traînaient jusqu’à terre. Le cortège marchait au son d’une musique charmante qui venait aussi de la coulisse sans doute, car on ne voyait pas les musiciens, et, dans le fond, le bourriquet allongeait son mufle et tirait la langue, aussi longue qu’il pouvait, comme pour la passer sur les mains tendues de l’enfant, tandis que le grand bœuf cotentinais beuglait à se décrocher la mâchoire et se donnait, sur les flancs, alternativement, de grands coups de queue.

C’était féerique, et M. le curé n’en revenait pas. Il regardait Charline, trop émue pour regarder autre chose que la crèche, puis l’inconnu qui souriait, et dont la physionomie parlante semblait dire :

– Vous ne savez pas combien je suis heureux de vous voir si contents !

Alors, comme s’il se doutait de quelque chose, le vieux prêtre tomba à genoux faisant signe à Charline d’agir de même. Est-ce que de si belles choses pouvaient être naturelles ?

Mais l’inconnu les releva, leur disant que le devoir le rappelait, et que, sa commission faite, il n’avait plus qu’à reprendre la mer. La tartane qui l’avait amené d’Italie jusque dans ces parages était là dans le port, les voiles déployées, comme on pouvait s’en assurer de la fenêtre.

Et en effet, malgré la nuit épaisse, les larges voiles d’une tartane se voyaient dans le port, agitées par la brise nocturne, comme de grandes ailes blanches d’oiseau de mer.

Quand M. le curé et Charline se retournèrent, l’inconnu n’était plus là. Tous deux ils coururent à la porte restée ouverte, mais ils n’entendirent aucun bruit de pas sur les cailloux du chemin, et ne virent rien, sinon là-bas, sur la pleine mer, les voiles de la tartane qui s’éloignaient en diminuant et en répandant autour d’elles des gerbes de lumière.

Lorsque M. le curé se réveilla, la crèche, tant bien que mal réparée par Charline, fut le premier objet qui frappa ses regards, et il ne put dissimuler un mouvement de dépit bientôt réprimé par l’aspect de la vieille servante qui, les deux poings sur les hanches, fière de son ouvrage et du talent qu’elle avait déployé pour dissimuler tant de dégâts, s’épanouissait en un large sourire, et disait :

– Eh bien, Monsieur le curé, en voilà encore pour une année. Dame ! quand on n’est pas riche, on fait ce qu’on peut ! Mais, pour la Noël prochaine, nous économiserons.

– C’est cela, Charline, dit le brave homme qui ne put s’empêcher de sourire, nous économiserons. Mais ce n’est pas tout à fait cela que j’avais rêvé.

Et la vieille Charline, un peu dépitée de se voir aussi froidement accueillie, après tant de peines, regagnait sa cuisine, en répétant :

– C’est drôle tout de même de voir comme M. le curé devient difficile !

 

 

 

Charles CANIVET,

Contes de la mer et des grèves, 1889.

  

 

 

 

 

 

 

 

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