Pierre le Laboureur


(Après la Passion.)


Sans chemise et les pieds mouillés, je me mis en route,
Comme un homme insouciant, qui n’a cure d’aucune peine
Et marchai, tel un vagabond, toute ma vie,
Tant que je me lassai de ce monde et désirai de nouveau dormir –
                                                            – et je dormis longtemps –
Un homme semblable au bon Samaritain, et aussi à Pierre le laboureur,
Les pieds nus, vint chevauchant sur le dos d’un âne,
Sans éperon ni lance; il avait l’air animé,
Comme un qui vient pour être armé chevalier –
– Et la Foi à une fenêtre cria : « Ah ! Le fils de David ! »
Comme fait un héraut d’armes quand chevaliers aventuriers viennent aux joutes –
– Alors je demandai à la Foi ce que tout cela signifiait,
Et qui devait jouter à Jérusalem. « Jésus », dit-elle,
« Et il vient chercher ce que l’Ennemi réclame, le fruit de Pierre le laboureur. »
« Pierre est-il ici ? » dis-je, et elle me jeta un regard ;
« Ce Jésus, lui né noble, veut jouter sous les armes de Pierre,
Dans son heaume et son habergeon, la nature humaine ;
Afin que Christ ne soit reconnu ici pour d’essence divine,
Sous l’habit de Pierre le laboureur ce cavalier chevauchera ;
Car nul coup ne l’atteindra, à travers la divinité de son père. »
« Qui joutera avec Jésus ? » dis-je ; « les Juifs ou les scribes ? »
« Non », dit-elle, « le Démon, et Mensonge et Mort.
Mort dit qu’elle détruira, qu’elle abattra
Tout ce qui vit et voit, sur la terre ou dans l’eau.
Vie dit qu’elle ment, et met sa vie en gage,
Que malgré tout ce que fera Mort, dans l’espace de trois jours,
Elle ira prendre à l’Ennemi le fruit de Pierre le Laboureur,
Et le mettra où elle voudra, et enchaînera Lucifer,
Et battra et terrassera chagrin et mort à jamais.
                        Ô Mort, je serai ta mort ! »
– Et voici que le soleil enferma sa lumière en lui-même,
Quand il vit souffrir celui qui avait créé le soleil et la mer !
La terre, de chagrin qu’il voulût souffrir la mort,
Trembla comme une créature vivante et fendit toutes ses roches !
Voici que l’enfer ne put résister, mais s’ouvrit quand Dieu fut à l’agonie,
Et laissa échapper les fils de Siméon pour le voir pendu sur la croix –
– Une voix éclatante dans cette lumière cria à Lucifer :
« Princes de ce lieu, défaites vos barrières et ouvrez vos portes !
Car voici que vient avec sa couronne celui qui est le roi de toute gloire ! »
– De nouveau la lumière ordonna d’ouvrir, et Lucifer répondit :
« Quel Seigneur es-tu ? » dit Lucifer ; « qui es-tu ? »
« Le roi de gloire », dit aussitôt la lumière,
« Et Seigneur de toute puissance, et de toutes vertus ;
Maîtres de ce lieu obscur, à l’instant ouvrez ces portes,
Pour que puisse entrer le Christ, le fils du roi du Ciel. »
Et sous ce souffle l’enfer éclata, avec toutes les barres de Bélial ;
Malgré les gardes, malgré tous, les portes s’ouvrirent toutes grandes.
Les patriarches et les prophètes, ce peuple dans les ténèbres,
Chantèrent avec saint Jean : « Voici l’agneau divin !... »


William LANGLAND.


Traduit par Louis Cazamian.


 

 

 

 

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