ANNA SCHMIDT

 

LE TROISIÈME
TESTAMENT

Traduit du russe par
Galia Ackerman
et
Paul Lequesne

 

 

ÉDITIONS DU
ROCHER
Jean-Paul Bertrand

2004

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Le Troisième
Testament

Traduit du russe par
Galia Ackerman et Paul Lequesne

La grande mystique russe Anna Schmidt (1855-1905) eut un destin assez extraordinaire. Issue d’une famille de nobles ruinée, elle travailla toute sa vie comme reporter dans un journal de province. Comment put-elle concilier ses tâches quotidiennes (travail et soins prodigués à une mère tyrannique) avec une vie spirituelle aussi intense et profonde ? Serait-ce grâce aux apparitions divines qui la visitèrent vingt années durant ? Quelques témoignages épars, c’est tout ce que nous possédons sur cette vieille fille humble qui écrivit pourtant une œuvre majeure, Le Troisième Testament, publié à titre posthume en 1915, en pleine Première Guerre mondiale, par deux philosophes et théologiens russes, Serge Boulgakov et Pavel Florenski.

Pourquoi ressusciter aujourd’hui ce livre tombé dans les oubliettes de l’Histoire ? C’est qu’Anna Schmidt (qui avait prédit aussi bien la révolution de 1917 que la barbarie nazie et la montée actuelle de l’athéisme en Europe) nous fait revisiter l’Ancien et le Nouveau Testament auxquels elle donne un éclairage nouveau : elle y affirme notamment l’importance du principe féminin comme personne ne l’avait fait avant elle dans la littérature religieuse et mystique.

Ainsi perce-t-elle le mystère de la Trinité et déclare-t-elle que la troisième hypostase du Seigneur, l’Esprit-Saint, est la " Fille de Dieu ". La symétrie primordiale des deux sexes pénètre toute la doctrine de Schmidt et se répercute notamment dans la création des humains. " L’image de Dieu tout entier se manifesta dans l’être humain : l’image du Père et du Fils dans l’homme, et l’image de la Fille dans la femme ", lit-on dans Le Troisième Testament.

De la Création du monde à l’Apocalypse, ce récit inspiré et imagé, passionné à la façon des premiers chrétiens, nous fait réfléchir, vibrer et rêver.

 

ANNA NIKOLAEVNA SCHMIDT

(1851-1905)

Par Sergueï Boulgakov et Pavel Florenski1

Anna Nikolaevna Schmidt est née le 30 juillet2 18513 à Nijni Novgorod4. C’est là qu’elle a vécu la plus grande partie de sa vie, c’est là qu’elle a eu ses " révélations ", c’est là qu’elle est décédée le 7 mars 1905 d’une congestion cérébrale5. Matériellement, presque toute sa vie fut liée à Nijni Novgorod. D’après certains éléments épars et fortuits de sa biographie (essentiellement des souvenirs) dont on dispose à ce jour, on peut établir que " le père et la mère6 d’A. N. (appartenant tous les deux à la noblesse), bien qu’ils portassent un nom allemand, étaient parfaitement russes, surtout la mère, femme pieuse et dévote qui observait avec zèle tous les rites orthodoxes et respectait scrupuleusement les périodes de jeûne ". Il paraît que son père, juriste, exerça la charge de juge d’instruction, mais qu’il connut des revers de fortune, comme le rapportent divers souvenirs concernant l’enfance d’A. N., que l’on trouvera cités plus loin. A. N., leur unique enfant, fut élevée à l’ancienne. Il ne semble pas qu’elle eût jamais fréquenté l’école, elle passa néanmoins un examen pour devenir professeur de français et pendant trois ans (de 1873 à 1876), elle enseigna au Gymnase Marie, établissement pour jeunes filles. Elle quitta l’enseignement " pour cause de maladie " (selon le témoignage de son médecin, elle souffrait d’un rhumatisme articulaire aigu), mais aussi, plus probablement, en raison de l’incompatibilité de sa nature avec les tâches pédagogiques, bien qu’elle maîtrisât très bien le français. La famille Schmidt s’étant trouvée ruinée alors qu’A. N. était encore toute jeune, celle-ci connaissait une existence matérielle extrêmement difficile. Il lui fallait gagner son pain mais aussi subvenir aux besoins de sa mère, qu’elle adorait et à laquelle elle s’appliqua toute sa vie durant à assurer le plus grand confort possible (après sa mort, sa mère vécut dans l’indigence, malgré le soutien de personnes proches de Vl. S. Soloviev ; elle décéda en 1910). A. N. effectuait toutes sortes de travaux : secrétariat, traduction, collaboration avec la presse locale pour laquelle elle écrivait des chroniques, des critiques de spectacles, des comptes rendus de séances de travail de la douma et de la mairie locales, etc. C’est au travail que la mort la surprit : le 6 janvier 1905, au cours d’une réunion du zemstvo7 où elle s’était rendue pour un reportage, elle fut victime d’un malaise : les médecins diagnostiquèrent une congestion cérébrale. Durant les deux mois qui suivirent, elle n’ouvrit plus les yeux et mourut sans avoir jamais vraiment repris connaissance (Cf. Nijegorodski Listok, N° 63, du 8 mars 1905).

[…]

 

1. Publié dans : Iz sotchinenij Anny Schmidt, Moscou, 1915. (N.d.T.)

2. Elle mentionne cette date dans son Journal, cf. p. 267 de l’édition russe.

3. Cette année est indiquée dans " Le dictionnaire abrégé d’écrivains de Nijni Novgorod ", publié par La Commission Savante d’Archives de Nijni Novgorod " en 1915. Selon certains mémoires, A. N. est née en 1853. Si cette affirmation est exacte, l’année de naissance d’A. N. coïncide avec celle de Vl. S. Soloviev.

4. D’après l’article du dictionnaire cité ci-dessus. Cependant, selon A.P.M., A. N. elle-même lui a dit une fois qu’elle était née " dans la ville de Sainte Sophie " (c.-à-d. à Novgorod).

5. Il s’agit probablement d’une hémorragie cérébrale. (N.d.T.)

6. Selon le registre de l’église du régiment de Moscou de la Garde impériale, le secrétaire de collège affecté au Département du Commissariat Nikolaï Schmidt y fut marié, le 27 septembre 1850, en premières noces, avec Anna Fiodorovna, fille du conseiller titulaire à la retraite Fiodor Romanov.

7. Assemblée provinciale élue par la noblesse et la bourgeoisie dans la Russie tsariste. (N.d.T.)

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