Beautés des mondes supérieurs

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

Édouard DÉCHAUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La terre est un lieu d’expiation, de luttes, de travail et d’efforts continuels pour arriver au bonheur. La vie est donc un combat permanent où la vaillance seule résiste aux épreuves incessantes qui affligent l’humanité terrestre. Aussi, tous les êtres tendent-ils à monter vers des mondes plus élevés, qui forment les étapes du chemin de l’infini. Toutes les joies étant inconstantes, le bonheur réel est un fruit détendu, dans ce bas monde, aux simples mortels. C’est donc en vain que les hommes, avides de plaisirs et de richesses, s’efforcent d’arriver à ce but tant désiré, qui ne peut devenir une réalité que dans les mondes supérieurs, sur lesquels tous les charmes de la nature, toutes les délices que l’imagination peut prévoir et que l’âme peut goûter, s’épanouissent sous les regards étonnés des esprits dignes de les posséder. C’est un rayon de l’Infini, échappé des sphères supérieures.

L’imagination de l’humanité terrestre, si fertile qu’elle soit, ne peut donner qu’un bien faible aperçu des beautés des mondes supérieurs, dont les splendeurs sont infinies.

Une feuille de chaque fleur, une goutte de rosée, perle du jour naissant ; un souffle éveillant l’insecte qui repose sur la fleur ; un soupir de la brise légère que l’écho apporte ; un chant d’oiseau, un murmure léger dans le feuillage ; les ébats joyeux et cachés des sylphes heureux ; les choses reposées, tel un beau jour de printemps où le ciel se montre sous ses plus belles couleurs et le soleil dans toute la splendeur de son rayonnement ; les myriades de fleurs qui émaillent si délicieusement les plus beaux parterres ; l’onde cristalline du ruisseau baignant la verte prairie, les rayons dorés du soleil tamisés par la verdure et les fleurs ; les plus beaux panoramas de la nature vivante et tout ce que l’imagination des poètes peut inventer de plus beau, de plus touchant, ne peut former qu’un bien faible reflet des beautés incomparables des mondes supérieurs, ces délicieuses étapes sur le chemin de l’Infini, que nous devons parcourir.

Ces mondes enchantés sont tellement imprégnés de charmes poétiques, de beautés incompréhensibles, qu’ils ne peuvent être comparés. Le corps dégagé de la matière n’éprouve aucun besoin ; l’esprit, affranchi des passions terrestres, savoure l’amour de Dieu et de tous les hommes ; l’harmonie la plus parfaite règne entre tous les êtres de ces hautes régions.

Dans ces sphères éthérées, dans ces lieux délicieux où règnent constamment les plus suaves délices, les poètes et les penseurs, ces géants de l’humanité, révèlent l’Infini dans leurs aspirations vers l’Éternel. Leur génie n’a pas d’âge, ni de lieux déterminés. Les vibrations qu’exhalent leurs muses enchanteresses sont un écho lointain des harmonies des régions voisines de l’Infini.

Les plus sublimes réalisations des plus belles pensées ne sont rien, comparées aux beautés de ces mondes translucides. Toutes les voix humaines qui chantent, prient et adorent la grande Harmonie, forment un bien faible écho des mondes supérieurs. Ces harmonies éthérées font oublier la terre aux êtres qui sont arrivés à ce degré de bonheur.

Les beautés universelles que l’homme entrevoit de plus en plus clairement, à mesure de son avancement dans la hiérarchie des mondes, constituent ces riantes perspectives, ces visions célestes qui sont destinées à réveiller les hommes courbés sous le poids des vicissitudes terrestres et surtout de l’asservissement des hommes exploités par les hommes.

L’humanité terrestre se débat dans la voie du progrès ; mais les idées réactionnaires entravent l’ère nouvelle qui point à l’horizon du monde moderne. Ces deux éléments incompatibles ne peuvent se rencontrer sur la route qui conduit â la fraternité et à la solidarité humaines.

Le progrès invincible et perpétuel submergera tous les obstacles qui obstruent son chemin. Les commotions sociales, qui grandissent de toutes parts, marquent l’avènement d’un progrès certain ; car les idées d’association, qui se réveillent dans les masses populaires, marquent la première étape d’une nouvelle période sociale, ayant pour base la fraternité universelle.

Au milieu de ces préoccupations terrestres, dans ce monde infime, qui n’est qu’un bien faible et imperceptible point du monde universel, il importe que l’homme, éclairé d’un rayon de la céleste lumière, ne s’attarde pas dans cet exil de souffrances, et que la terre, ce bagne de l’humanité terrestre, ne soit pour lui qu’une étape, qu’une simple station.

Que la sublimité du but que nous devons poursuivre sans relâche, dont le couronnement constitue notre rapprochement des mondes supérieurs, élève notre courage à la hauteur des splendeurs infinies des régions où nous trouverons le repos et le réel bonheur.

En face de ces belles perspectives, qui nous montrent le monde universel tel qu’il est, redoublons de vaillance pour atteindre les mondes supérieurs, qui doivent seuls faire l’objet de nos plus ardents désirs.

 

 

Édouard DÉCHAUD.

 

Paru dans La Vie future en septembre 1906.

 

 

 

 

 

 

 

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