Solidarité fraternelle
entre les Visibles et les Invisibles
par
Édouard DÉCHAUD
L’atmosphère psychique qui entoure la terre forme le monde des esprits attachés à la terre. Chaque planète a donc son monde visible et son monde invisible. Ces deux mondes, concourant l’un et l’autre à l’avancement de la planète, sont essentiellement unis et solidaires. Dans cette situation, les invisibles attachés à la terre font partie intégrante au même titre que nous de cette planète.
Les perturbations sociales qui se produisent sur ce globe se répercutent parmi les invisibles qui y sont attachés.
Les esprits incarnés ou désincarnés subissent par conséquent les mêmes influences et les mêmes commotions qui se produisent dans leur commune planète. Les uns et les autres ont le même intérêt à ne pas troubler l’ordre et l’harmonie qui doit y régner et ils doivent s’unir pour activer le progrès des deux humanités qui y sont attachées.
Plâtrés sur divers degrés de l’échelle à parcourir dans ces deux mondes, nous devons nous soutenir et nous aider mutuellement.
À travers le temps et l’espace infini, ces humanités gravitent, chacune dans sa région, vers l’idéal du beau, du bon et du bien, en vue d’atteindre la réalité du vrai bonheur auquel elles ne peuvent arriver que par le triomphe de l’union fraternelle et le concours uni et effectif de ces deux humanités, composées d’habitants de régions différentes, mais dont les intérêts sont communs.
Dans ces conditions, les diverses humanités terrestres doivent rester unies par suite d’un point de ralliement indestructible, résultant de la marche universelle des planètes ; car Dieu étant le père de tous les hommes, la fraternité doit rester le lien indissoluble qui les rattache à l’harmonie universelle. Ils doivent s’aimer, se protéger, et se soulager mutuellement, comme étant membres d’une même famille.
D’après ces principes rationnels d’union et d’amour fraternel, la solidarité du bonheur et de la souffrance forment l’harmonie dans le monde visible et le monde invisible ; car c’est par la loi d’amour que les hommes s’élèvent et s’épurent.
La collectivité des joies et la solidarité des peines forment la base de la solidarité réelle entre le monde visible et le monde invisible.
Dans cette situation naturelle, le monde des esprits est intimement lié au monde terrestre, puisqu’ils sont appelés à aller d’un monde dans l’autre, par suite de la renaissance et de la réincarnation de ceux qui ont besoin de ces étapes pour réaliser le progrès qui leur est nécessaire.
Mais le développement et le progrès de ces deux humanités étant solidaire et co-intéressé, il importe que chacun de ces habitants comprenne bien sa destinée et les devoirs qui lui incombent pour remplir fidèlement la mission qui lui est imposée sur chaque monde.
Malheureusement, dans chacune de ces planètes il y a des êtres mauvais qui sèment la désharmonie.
La solidarité et la fraternité sont deux éléments inséparables qui se complètent mutuellement. Mais notre terre arriérée ne comprend pas universellement cette vérité, car beaucoup de ses habitants se cramponnent à un égoïsme étroit qui paralyse la solidarité fraternelle.
N’étant que pour un temps limité dans la sphère terrestre élémentaire, où nous comptons passer à peine une heure au cadran éternel et universel, tous nos efforts doivent tendre à remplir dignement notre mission ; car celui qui, sous un prétexte quelconque, manque à ses devoirs de solidarité fraternelle est indigne de monter à un monde meilleur ; car c’est un être qui piétine sur place et qui n’est pas en état de s’élever vers les mondes supérieurs où règne le vrai bonheur.
Chaque habitant de notre globe doit donc s’efforcer de se perfectionner pour arriver aux mondes supérieurs, où les vices et les défauts inhérents aux habitants de notre planète n’existent pas ; car dans les mondes supérieurs, tous les esprits sont bons et bienfaisants. Mais au milieu de ces catégories d’esprits, il y a un grand et puissant soleil qui fait luire le droit, la justice et l’amour divin, rayonnant à tous les regards. C’est une vision éthérée qui émane de la suprême intelligence, dont les splendeurs éclairent tous les êtres qui ne ferment pas les yeux à la lumière.
En résumé, on ne doit jamais perdre de vue cette devise : « Aime le Seigneur, ton Dieu et ton prochain comme toi-même. »
Il nous faut donc rester toujours attachés et intimement unis sous les plis du drapeau de la solidarité fraternelle, qui est la voie qui nous conduit vers les mondes supérieurs, objets de nos plus nobles et de nos plus rationnelles aspirations.
Tous nos efforts doivent tendre à nous rallier aux missionnaires et aux apôtres de l’humanité, qui ont pour devoir de nous protéger dans les déboires et les luttes de la vie terrestre. Appelons donc à notre secours, dans les moments pénibles de la vie, les esprits supérieurs, qui nous protègent ; afin de nous unir à eux et de fonder sous leur égide un concert d’amour, de foi et de prière, nous unissant à la souveraine harmonie universelle ; car la prière constitue la voix de l’ange qui nous convie à nous rallier aux esprits supérieurs et à tous nos protecteurs invisibles qui sont nos intermédiaires près du Tout-Puissant et qui nous guident sur la route pénible de la vie terrestre.
Ah ! les élans de notre cœur vers nos frères des mondes supérieurs nous inspirent des pensées qui ne peuvent être réellement rendues que par les formes poétiques, résumant notre pensée :
Les habitants heureux des sphères lointaines
Comprennent nos besoins, nos malheurs et nos peines,
Ils connaissent nos maux ; car Dieu leur a donné
Des sens bien plus parfaits, un tact mieux ordonné.
Ô mondes étoiles, brillantes colonies,
Peuplés d’esprits heureux et d’éminents génies,
Qui avez parcouru ce globe matériel,
Vous goûtez aujourd’hui un bonheur sans pareil.
Ah ! Jetez un regard vers nos tristes rivages :
Voyez notre malheur, dans nos sombres parages ;
Tendez-nous-la main, montrez-nous l’heureux port,
Aidez-nous, bons esprits pour atteindre le bord,
La vie, après la mort, plus riante, plus belle,
Renaît de la splendeur de notre âme immortelle ;
Car rien ne se détruit au-delà du tombeau ;
On sent battre son cœur et penser son cerveau ;
On sait que ces défunts sont heureux dans l’espace,
Qu’ils vivent d’un bonheur que la douleur n’efface.
Oh ! venez, bons esprits, oh ! venez près de nous,
Venez nous éclairer de vos conseils si doux ;
Car on sait aujourd’hui que Dieu permet aux âmes
De se communiquer leurs plus ardentes flammes.
Vous avez apporté par-delà du ciel bleu
La bonté qui pardonne sous les regards de Dieu.
La douce charité égayant la tristesse,
Soulageons le malheur des âmes en détresse.
Oui, tous les éléments qui frappent nos regards
Ont une voix pour dire : « Il est un monde à part,
Un monde tout d’amour, sans larmes, sans souffrance,
Tout rempli de beautés et de douce espérance. »
Soyez nos bons amis, nos guides, nos soutiens,
Dans la voie d’harmonie où règnent tous les biens.
Sous l’empire de ces douces pensées de solidarité fraternelle entre les visibles et les invisibles supérieurs, on aime à se reporter par des visions éthérées vers les mondes translucides où règnent constamment la paix et le bonheur. Cette union indissoluble des humanités dans les mondes terrestres et dans les régions de l’au-delà constitue un encouragement plein de charme dans les jours sombres de la vie ; car la perspective de la protection des esprits supérieurs de l’espace redouble notre vaillance dans la lutte constante contre le mal. C’est donc avec confiance que nous pouvons faire appel au secours de nos frères des mondes supérieurs.
La bonté sainte et grandiose constitue une éclosion divine qui anime tous les esprits supérieurs, missionnaires de Dieu sur la terre.
Mais le mutuel concours du monde visible avec le monde invisible solidarise son action vers Dieu, centre de toutes choses.
Malheureusement, le monde terrestre n’est qu’un vaisseau pompeux, flottant sur une mer orageuse, qu’on regarde de loin mais qu’on n’aborde pas sans danger. À ces heures chancelantes, nous devons faire appel au concours des esprits supérieurs, car tous les hommes et tous les mondes, étant étroitement liés les uns aux autres par leur communauté d’origine et par le même but qu’ils doivent poursuivre, doivent donc s’aider et se soutenir les uns les autres. C’est le principe de la solidarité fraternelle.
Édouard DÉCHAUD.
Paru dans La Vie future en septembre 1906.