Entretien sur la religion

 

DIALOGUE ENTRE LE GRAND-PÈRE, LE PÈRE ET SES DEUX FILS

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

Jacques-François-Étienne LE BOYS DES GUAYS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le grand-père. – Je vous demanderai, avant tout, si un enfant, ou un adolescent peut se faire une idée de Dieu, comme une grande personne : mais ne vous hâtez pas de répondre ; réfléchissez Bien d’abord à ce que vous allez dire.

Le jeune frère. – J’étais d’abord tenté de croire qu’une grande personne pouvait se faire une bien meilleure idée de Dieu que moi ; mais il me semble, en vérité, après y avoir bien réfléchi, qu’il pourrait y avoir peu de différence.

Le grand-père. – Et pourquoi cela vous semble-t-il ainsi ?

Le jeune frère. – Quand on dit que Dieu est la bonté suprême et la suprême puissance, cela dit à peu près autant à un enfant qu’à une grande personne.

Le fils. – Il est certain que, puisque Dieu est le Dieu des enfants comme des personnes plus avancées en âge, il faut qu’ils puissent également le comprendre.

Le grand-père. – En cela vous pourriez bien avoir raison : Dieu est à la fois ce qu’il y a de plus sublime et ce qu’il y a de plus simple ; il s’est dit, dans les Saintes-Écritures, l’Alpha et l’Omega ; le Commencement et la Fin, le Premier et le Dernier. Examinons donc votre idée d’un peu plus près, afin d’en saisir toute la portée. Comment les grandes personnes s’expriment-elles, quand elles veulent dire ce que c’est que Dieu ?

Le jeune frère. – Elles disent que Dieu est un être infini, invisible, incompréhensible, éternel, tout-puissant, qui a tout créé, et qui conserve toutes choses.

Le grand-père. – Eh bien ! comprenez-vous tout cela ?

Le jeune frère. – Il me semble que j’attache une idée assez claire à chacun de ces mots ; seulement, peut-être cette idée pourrait-elle être plus étendue ou plus profonde.

Le grand-père. – Cela ne serait point étonnant, puisque, sous un rapport, Dieu doit toujours demeurer un être incompréhensible pour tout le monde : voyez seulement si les grandes personnes y peuvent comprendre beaucoup plus que vous.

Le jeune frère. – Je n’ose rien déterminer à cet égard ; je dois croire que oui, tant que je n’ai pas de preuve du contraire.

Le grand-père. – Examinons. Ce qui est infini pour un enfant est-il aussi infini pour une grande personne ?

Le jeune frère. – Il n’y a pas de doute.

Le grand-père. – Ce qui est invisible pour vous l’est-t-il aussi pour moi ?

Le jeune frère. – C’est la même chose pour l’un et pour l’autre.

Le grand-père. – Ce qui est incompréhensible peut-il être plutôt compris par une grande personne que par un enfant ?

Le jeune frère. – Non.

Le grand-père. – Qu’est-ce qu’on appelle éternel ?

Le jeune frère. – C’est ce qui n’a point eu de commencement et n’aura point de fin.

Le grand-père. – Voyez si vous pouvez comprendre cela aussi bien que moi ?

Le jeune frère. – Sans vanité, je crois que je le puis.

Le grand-père. – Qu’est-ce qu’un être tout-puissant ?

Le jeune frère. – C’est un être qui peut tout faire.

Le grand-père. – Comprenez-vous cela clairement ?

Le jeune frère. – Aussi clairement que qui que ce soit.

Le grand-père. – Il ne reste donc plus que les idées de créer et conserver : si vous les concevez aussi bien que les autres, vous aurez de Dieu une idée aussi juste et aussi claire que peut l’avoir un grand philosophe.

Le jeune frère. – L’idée de créer, par exemple, elle me passe.

Le fils. – En cela tu te trompes. Réfléchis bien, ou plutôt écoute mon explication, et tu verras que rien n’est plus simple que l’idée de créer. Tu sais bien que nous-mêmes nous pouvons créer différentes choses : par exemple, les pensées que nous formons, c’est une vraie création. Quand je veux penser à une rose, je crée l’image d’une rose devant les yeux de mon esprit ; je me fais, à volonté, une rose blanche, jaune, mousseuse ; je lui donne une tige, des feuilles, comme il me plaît.

Le jeune frère. – Mais cette rose n’existe pas pour cela.

Le fils. – Tu te trompes encore ; cette rose existe très-certainement dans mon imagination, et c’est une existence très-réelle pour moi. – Mais écoute : de même que, de notre côté, nous avons la faculté de créer ainsi une rose dans notre imagination, de même Dieu la crée en la faisant réellement exister pour tous les yeux corporels. Il n’y a entre son opération et la nôtre que cette seule différence, que la pensée de Dieu est tellement efficace que, quand il veut, l’image qu’il a ainsi produite demeure une chose réelle, et peut aussi être vue et palpée par d’autres êtres ; tandis que nous, dans l’état matériel où nous sommes, nous ne pouvons que voir nous-mêmes ce que nous créons, et non le faire voir aux autres. Cela ne te donne-t-il pas une idée claire de la création ?

Le jeune frère. – En envisageant les choses de la sorte, rien ne paraît plus simple.

Le fils. – Et toutefois, il y a chez l’homme un phénomène qui ressemble bien plus à la création, et qui n’en saurait presque être distingué ; ce sont les objets qui se présentent à nous dans l’état de songe : là, les objets, comme tu peux facilement le reconnaître, sont bien plus réels encore que quand nous ne faisons qu’y penser pendant le jour. Si tu rêves d’une rose, ce ne sera plus une rose vague dont aucun ou peu de détails seront arrêtés, mais une rose individuelle dont chaque feuille, chaque pli, chaque épine, chaque nuance de couleurs seront déterminés ; une rose que tu palperas, que tu sentiras ; en un mot, ce sera pour toi, dans le moment, une rose aussi réelle que toutes celles de la nature extérieure.

Le jeune frère. – Tu m’en dis tant, qu’à présent il me semble que la création est encore ce que je conçois le plus clairement de tout ce que nous avons dit sur Dieu.

Le fils. – Maintenant, tu concevras nécessairement aussi ce que c’est que conserver en parlant de Dieu.

Le jeune frère. – C’est juste ; conserver n’est qu’entretenir ce qu’on a créé ; ce n’est qu’une création prolongée.

Le grand-père. – Vous voyez, par conséquent, que vous comprenez, à peu près comme une grande personne, tout ce que l’on peut dire de la nature de Dieu et de ses perfections. Vous rappelez-vous encore que l’on ait dit autre chose en parlant de Dieu ?

Le jeune frère. – Papa m’a aussi dit bien souvent que Dieu était partout.

Le grand-père. – Eh bien ! qu’en pensez-vous ?

Le jeune frère. – Je pense que cela doit être vrai : mais, comme je ne vois Dieu nulle part, je pourrais dire avec autant de vérité que pour moi Dieu n’est nulle part.

Le père. – Que vous ne le voyiez pas, cela est bien simple : quand je vous disais que Dieu est partout, j’ajoutais en même temps qu’il était invisible, ainsi que vous venez vous-même de le rappeler ; et il est clair que ce qui est invisible, on ne peut le voir.

Le jeune frère. – Je le sais bien ; cela n’est malheureusement que trop vrai ; et c’est précisément pour cela que pour moi Dieu est comme s’il n’était pas.

Le fils. – Je suis forcé d’avouer qu’en ce point je pense et sens comme mon jeune frère : si, en effet, je ne dois jamais voir Dieu, ni entrer en un rapport direct ou personnel avec lui, je serais tout aussi avancé si la terre n’avait pas été créée par lui et si elle avait toujours été ce qu’elle est.

Le grand-père. – Pour le fond je ne puis blâmer votre manière de voir et de sentir à cet égard : il y a certainement beaucoup de vrai ; mais vous auriez toujours le tort de mal raisonner en supposant que l’univers a toujours existé ou que le hasard l’a produit, puisqu’il est évident qu’il a été créé.

Le fils. – Et quelle grande calamité y aurait-il donc à avoir mal raisonné sur ce point ? En serais-je moins avancé pour cela pour mon bonheur que celui qui raisonnerait mieux ? Que lui en revient-il ? quel avantage en retire-t-il ? Que l’on vienne me dire qu’un roi des Indes, que je ne verrai ni ne connaîtrai jamais, avec lequel je n’aurai jamais aucun rapport, a créé, dans ses états, tel ou tel établissement ; et que moi je veuille plutôt croire que cet établissement s’est formé sans le concours du roi, quel inconvénient y a-t-il ? Cela ne m’inquiète pas plus que ce qui se passe dans un autre globe.

Le jeune frère. – Ah ! c’est bien raisonné, cela, mon savant aîné. Je ne vois pas, en vérité, ce que grand-papa pourrait y répondre.

Le fils. – Il en est absolument de Dieu comme de ce roi, si je ne dois jamais le voir, ni le connaître, ni avoir rien de commun avec lui. Si, au lieu d’un roi éloigné, inconnu, il était question du roi de mon pays, ou du moins d’un roi que je connusse, avec lequel je pusse avoir des rapports, et qui pourrait me donner quelque place dans l’établissement qu’il a créé, à la bonne heure, la question serait différente ; alors, il serait bon de mieux connaître le véritable état des choses ; mais un roi qui m’est complètement étranger peut faire chez lui ce qu’il veut, cela ne me touche en rien, et j’aurais tort de m’en inquiéter. Encore une fois, donc, si je ne dois point avoir avec Dieu des rapports directs, il n’est rien pour moi ; et une rectitude d’esprit qui me fera juger que ce monde vient de lui plutôt que d’ailleurs ne fera pas grand-chose à mon bonheur ou à mon malheur.

Le grand-père. – Je ne répliquerai rien pour le moment à des observations si sérieuses et d’une si haute portée ; il est bon que ces idées mûrissent un peu dans vos têtes ; nous y reviendrons quand nous aurons encore examiné les autres idées répandues dans le monde sur Dieu et ses attributs : nous trouverons, peut-être alors, que toutes vos vues étaient parfaitement justes. En attendant, avançons. Que savez-vous encore sur Dieu ?

Le jeune frère. – Papa m’a encore dit bien souvent que Dieu était infiniment bon.

Le grand-père. – Ceci, je suppose que vous le comprenez.

Le jeune frère. – Je pense le comprendre, du moins comme tout le monde ; la conduite de mes parents envers moi m’a familiarisé, dès l’enfance, avec les idées de bonté. Je sais même que la bonté qui ne vient que d’un cœur naturellement sensible n’est une bonté véritable que quand elle est en même temps raisonnée, et que, par la culture, elle est devenue une propriété de l’individu. En un mot, je sais là-dessus tout ce que vous m’avez souvent dit vous-même, et je ne vois pas ce que pourrait y découvrir de plus une grande personne.

Le grand-père. – Moi, je vois là une grande difficulté ; c’est que Dieu n’a pas de cœur ; et je ne saurais comprendre ni concevoir, comment, sans cœur, on puisse être bon, on puisse aimer, avoir le sentiment de la pitié, de la compassion, de l’amour, de la charité. Une bonté qui ne partirait absolument que d’un esprit ne me paraîtrait qu’une bonté sèche, une bonté pour ainsi dire géométrique et mathématique.

Le jeune frère. – En effet, cela me paraît aussi fort singulier : Aimer sans cœur ! cela semble une contradiction. Il faudrait donc se rabattre à dire que Dieu a un cœur quand il veut, comme vous l’avez dit de sa forme. Il a une forme quand il le veut, puisque les formes sont toutes à sa disposition : dites la même chose du cœur.

Le fils. – Ce que vous avancez là est déjà vrai ; mais il y a plus : on ne dit pas seulement que Dieu est bon, on ajoute qu’il l’est infiniment ; c’est ce mot infiniment qui renferme la plus grande difficulté. Je sais bien ce que c’est qu’une chose finie ; mais une chose infinie, je n’en ai nécessairement qu’une idée imparfaite, étant moi-même un être fini et borné.

Le grand-père. – C’est encore une observation très-importante, sur laquelle nous reviendrons plus tard ; en attendant, voyons quels sont les différents noms que l’on donne à Dieu : ils peuvent aussi servir à éclaircir l’idée qu’on a de lui ou que l’on doit en avoir.

Le jeune-frère. – Les Juifs l’appelaient Jéhovah, et ils regardaient ce nom comme si saint qu’ils n’osaient le prononcer.

Le grand-père. – Et d’où vient ce nom ?

Le fils. – Il est dit dans l’Ancien Testament que Dieu lui-même s’est donné ce nom. On y raconte que Moïse, se trouvant sur la montagne de Horeb, vit un buisson qui brûlait et qui ne se consumait point : il s’approcha pour examiner une pareille merveille, et il entendit une voix qui lui dit : « Défais les sandales de tes pieds, car le lieu où tu marches est un lieu sacré. » Et qui es-tu ? dit Moïse à cette voix, en supposant que c’était un dieu, car alors on en admettait plusieurs : « Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », répondit la voix. Ce ne fut pas encore assez pour Moïse ; il voulut savoir le nom de ce Dieu. « Je m’appelle Jéhovah », ajouta alors la voix ; et ce nom était significatif, puisque Dieu ne saurait avoir un nom arbitraire. En hébreu, ce nom signifie celui qui est, ou celui qui a été, qui est, et qui sera ; car il est formé du verbe être, et peut recevoir tous ces divers sens.

Le jeune frère. – Ce nom me semble admirable.

Le fils. – Selon nos idées modernes, idées plus étendues et plus philosophiques que celles des anciens, c’est le nom le plus parfait par lequel on puisse désigner la Divinité.

Le jeune frère. – C’est bien singulier ; j’ai souvent lu dans la Bible, et je n’y ai jamais trouvé ce nom.

Le fils. – Je le crois bien, on l’a toujours traduit par Seigneur ou Éternel.

Le jeune frère. – Et pourquoi donc n’a-t-on pas laissé à Dieu le nom qu’il s’est donné ? On ne doit pas changer ainsi les noms propres.

Le fils. – En cela effectivement on a eu tort, d’autant plus qu’il est dit quelque part formellement : « Jéhovah est mon nom, je ne change point, et ne céderai point ma gloire à un autre. » Et puis, souvent on trouve l’expression Jéhovah-Adonaï, Jéhovah-Élohim ; ce qu’on a été obligé de rendre indistinctement par Seigneur-Dieu ; ou, comme on a fait dans certaines traductions allemandes, par HERR HERR, Seigneur Seigneur. Il valait évidemment mieux conserver le mot de Jéhovah, comme on a conservé Amen, Alléluia, Emmanuel.

Le grand-père. – Croyez-vous que Moïse ait eu de Dieu une idée aussi exacte que nous pouvons l’avoir aujourd’hui ?

Le fils. – Je suis persuadé que non ; et la conversation même qu’il a eue avec cette voix mystérieuse me le prouve. Les anciens n’avaient généralement de Dieu qu’une idée particulière, et non universelle. Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Israël pouvait très-bien n’être pour eux que le Dieu particulier d’un homme ou d’un peuple, par opposition aux autres dieux ; et Moïse me semble l’avoir entendu en ce sens.

Le père. – Cela paraît très-naturel. Non-seulement l’esprit humain n’était point assez cultivé dans ces anciens temps pour se former des idées plus justes, mais les langues elles-mêmes étaient trop imparfaites pour rendre de pareilles idées : les articles par lesquels nous distinguons aujourd’hui si bien les noms des Dieux autres que le Dieu unique et véritable, en disant un Dieu, le Dieu, étaient pour la plupart du temps ignorés. Les Latins, encore, n’avaient que le mot indéterminé Deus pour tout cela : Deus nobis hæc otia fecit, Dieu, ou un Dieu nous a préparé cette retraite. Le fameux Deo optimo maximo désignait évidemment un Dieu particulier : savoir, le plus puissant et le meilleur de tous ceux que les Païens adoraient. C’est du moins l’idée que le peuple devait attacher à ces mots. Les articles grecs avaient de même été insuffisants à cet égard : Agnoti Théo, par exemple, pouvait signifier au Dieu ou à un Dieu inconnu, sans que pour cela il fût nécessairement question du vrai Dieu, y eût-on même ajouté l’article  ; il y avait donc nécessairement du vague dans les pensées des anciens peuples à cet égard, d’autant plus que, même sous le nom exclusif du Dieu unique et véritable, l’homme peut encore cacher des idées fausses sur la vraie nature de son être.

Le grand-père. – Savez-vous encore autre chose, jeune frère, sur Dieu et ses attributs ?

Le jeune frère. – On appelle encore Dieu, dans les Saintes-Écritures, un Dieu caché.

Le grand-père. – Et pourquoi cette expression ? Est-ce la même chose que Dieu incompréhensible ?

Le jeune frère. – Je ne crois pas que ce soit tout-à-fait la même chose ; quand on dit Dieu caché, il semble qu’il se soit caché exprès pour qu’on le cherche, ou pour qu’on ne le trouve pas.

Le fils. – Je conçois très-bien que Dieu se soit caché pour qu’on le cherche, parce qu’alors il y a une sorte de mérite à le trouver ; mais je ne saurais croire qu’il se soit caché pour qu’on ne le trouve pas.

Le jeune frère. – Je conçois très-bien, moi, que quand on n’est pas digne de le connaître, Dieu empêche qu’on le trouve.

Le fils. – Cela est encore vrai, mais as-tu remarqué sous quel nom on s’est plu à désigner Dieu, à une époque plus moderne ?

Le jeune frère. – Oui : ce Monsieur qui venait causer ici des ou ouvrages de J.-J. Rousseau appelait toujours Dieu Être Suprême.

Le fils. – Eh bien ! que penses-tu de cette dénomination ?

Le jeune frère. – Je la trouve bien bonne ; mais je ne vois pas pourquoi on affecterait de ne pas se servir du mot ordinaire.

Le fils. – Quand tu seras plus grand, tu sauras que les hommes sont quelquefois bien singuliers en ce point. Il y a des mots qui vieillissent, dont on ne veut plus, dont on détourne le sens : Bon Dieu, c’est l’expression des bonnes gens et des enfants, on ne peut plus s’en servir ; le mot bon, lui-même, on se permet de le prendre en mauvaise part ; il faut donc dire le Dieu Bon, pour être supportable ; ou il faut avoir recours à ces grands mots d’Être Suprême ou d’Être des êtres.

Le jeune frère. – Tu blâmes donc Jean-Jacques d’avoir mis cette dénomination en vogue ?

Le fils. – Point du tout : au contraire, Jean-Jacques a montré en cela de l’adresse et du tact. Les abus religieux avaient été si grands en France, que le nom même du Dieu que l’on annonçait, par l’organe d’une religion et d’un clergé devenus odieux, en avait reçu des atteintes. Il fallut donc nécessairement présenter cet Être adorable sous un nom nouveau, pour le rendre de nouveau cher et vénérable aux bommes. Et c’est en cela que Jean-Jacques a réussi admirablement.

Le grand-père. – À cette occasion, je me rappelle toujours que m’étant une fois mêlé à un groupe de peuple assemblé le soir sur le Pont-Neuf pour examiner les astres avec un gros télescope, pendant les premières années de l’empire, j’écoutai longtemps les différentes réflexions qui se faisaient, et je craignis que la haine que l’on portait alors aux prêtres, que l’on traitait de jésuites, n’empêchât que l’on dit un mot du Créateur : enfin, pourtant, un gros homme, après avoir examiné Saturne avec ses satellites et son anneau, s’écria : Il en savait plus que nous, celui qui a fait cela ! Je le crois bien, reprit un autre, c’est l’ouvrage de l’Être Suprême ! Je fus forcé de reconnaître que si l’on pouvait encore entendre parler de Dieu, sur le Pont-Neuf, à pareille époque, c’était à Jean-Jacques qu’il en fallait rendre grâce. Mais revenons maintenant au premier sujet de notre conversation : que pensez-vous des personnes qui ne sentent aucun désir de voir le Créateur ?

Le jeune frère. – Je pense qu’elles ne l’aiment pas ; car si elles l’aimaient, elles voudraient entrer avec lui en des rapports plus directs et plus intimes, et, par conséquent, le voir et l’entendre. Il en doit être comme d’un homme auquel on est attaché, comme d’un grand et noble bienfaiteur que l’on voudrait rencontrer, et avec lequel on souhaiterait d’entrer de plus en plus en relations. Quand papa a seulement été absent quelques jours, je désire le revoir.

Le grand-père. – Mais n’a-t-on pas tort de désirer des choses impossibles ?

Le jeune frère. – Il faudrait savoir d’abord si on se donne ce désir à soi-même, ou s’il ne vient pas de la nature ; et s’il en vient, ce n’est pas notre faute.

Le fils. – Je suis persuadé, moi, que ce désir vient de la nature ; et j’en tire de plus une conclusion : c’est que, venant de la nature, non-seulement il ne saurait être un tort, mais il faut qu’il ne soit point impossible de le satisfaire ; car en aucun autre point la nature n’est ainsi en contradiction avec elle-même.

Le père. – Il me vient une idée : peut-être Dieu n’est-il invisible pour nous que sur cette terre, et sera-t-il visible dans l’autre vie pour les esprits parfaits ; et pour nous, par conséquent, quand nous aurons subi notre métamorphose ?

Le jeune frère. – S’il est réellement invisible par sa nature, il doit l’être dans l’autre vie comme dans celle-ci ; on dira encore une fois là qu’il est partout, mais qu’on ne saurait le voir. Ainsi, en définitive, c’est comme j’ai dit : Pour moi, il ne sera jamais nulle part.

Le fils. – Tu raisonnes juste, ce me semble ; mais je ne saurais me persuader une chose aussi désolante ; Dieu rend visibles les autres êtres ; il nous a rendus visibles entre nous ; il ne saurait donc manquer d’un moyen pour se rendre aussi visible lui-même, bien que je ne puisse maintenant concevoir la manière.

Le grand-père. – Voyez d’abord s’il est bien sûr que cette manière ne puisse pas se concevoir. Si Dieu ne peut pas se montrer en tant qu’être infini, en tant que Jéhovah, il pourrait peut-être se montrer en tant qu’être fini et en rapport avec nous, bien qu’au fond ce serait toujours lui. Nous ne pouvons pas non plus voir la mer tout entière, et pourtant, en en découvrant un point, nous disons : Voilà la mer. Il nous est de même impossible de voir un globe, une sphère en entier, surtout cette sphère immense dont le centre est partout et la circonférence nulle part, et à laquelle Pascal comparait l’Essence Divine ; mais, en les touchant par un point, nous disons : Voilà un globe, voilà une sphère, et nous parlons juste.

Le fils. – Ah ! vous m’ouvrez là l’esprit. Je commence à entrevoir que si nous ne pouvons voir Dieu dans son essence infinie, nous pouvons le voir quand il sort de cette essence, quand il veut bien se mettre à notre portée, et venir nous trouver sur les confins du néant. Cette idée me fait grand plaisir ; c’est une manière nouvelle d’envisager le Créateur.

Le jeune frère. – Et moi je commence à soupçonner qu’il est, dans toute supposition, indispensable que Dieu se fasse homme.

Le grand-père. – Vous vous persuadez donc qu’il est impossible de s’attacher réellement à Dieu considéré seulement comme Créateur et Être Infini.

Le fils. – Cela me paraît de toute impossibilité.

Le grand-père. – Et comment donc alors les Israélites, qui ont vécu avant l’incarnation et la personnification de Dieu, ont-ils pu s’attacher à lui ?

Le fils. – Dans l’ancienne loi, Dieu avait déjà commencé à se présenter comme personne par ses différentes apparitions, faites à Abraham, aux Patriarches, à Moïse, aux Prophètes. Ces apparitions et l’annonce de la personnification entière de la Divinité, sous le nom de Messie promis, qui avaient répandu les premières idées du logos, avaient suffi pour grouper la nation juive autour de cet Être étonnant appelé Jéhovah, et dont, malgré son respect superstitieux, elle avait encore les idées les plus fausses. Mais on voit, par les effets mêmes, combien un pareil attachement était encore vague et précaire. Le caractère orgueilleux, égoïste et sanguinaire des enfants d’Israël est assez connu ; ils n’étaient presque arrivés qu’à avoir peur de Jéhovah, tandis qu’une différence immense se montre presque aussitôt chez les premiers juifs devenus Chrétiens. Et tout cela était dans la nature des choses : ce n’est qu’alors que l’on commença enfin à connaître vraiment l’amour du Père dans la personne même de Dieu-Homme, et à s’attacher à lui par un retour d’amour. Ce n’est qu’alors que les hommes purent en effet sentir leurs cœurs portés vers celui qui les avait aimés le premier, et qui les avait aimés jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix ! et aimer par là-même leurs frères comme le Seigneur les avait aimés tous. Voilà le lien réellement formé, voilà le pacte de Dieu avec la terre, le Tabernacle de la Divinité avec les hommes.

Le jeune frère. – De sorte que vous êtes convaincu vous-même, grand-papa, que Rousseau avait entièrement raison de dire que nos rapports avec un Dieu en dehors de la personne même de JÉSUS-CHRIST sont une chose impossible.

Le grand-père. – Oui, mon cher petit-fils, j’en suis entièrement convaincu ; mais j’étais bien aise de vous laisser développer ces vérités entre vous-mêmes, pour qu’elles se gravassent de plus en plus dans vos cœurs. Tant que le Créateur demeure retiré dans son essence métaphysique, dans sa lumière inaccessible, et ne daigne sortir de cet état pour devenir Emmanuel ou Dieu avec nous, tout vrai rapport avec lui est impossible ; ce rapport n’existe pas et ne saurait exister, il répugne à la nature des choses. Rousseau, certainement, a exprimé cette vérité avec une grande force ; mais cette vérité est encore plus grande en elle-même qu’il ne l’a exprimé, et peut-être senti. Toutes les qualités éternelles ou infimes de Dieu nous échappent quand nous voulons les approfondir. Dans notre esprit fini et borné, elles se détruisent les unes les autres. La justice et la bonté de Dieu, son amour et sa sévérité, sa liberté et son immutabilité, son action et son repos éternels, ses résolutions dans l’éternité et ses démarches dans le temps ; tout cela a de quoi confondre, anéantir le génie le plus profond. Pourriez-vous faire sentir cela à votre jeune frère par un exemple, vous qui, revenant de l’université, devez avoir ces sortes d’idées toutes fraîches.

Le fils. – Je vais essayer. Pour ne point nous engager ici dans un labyrinthe sans fin, je ne prendrai pour exemple que la science infinie de Dieu. Réponds à mes questions ; tu verras si ton esprit pourra jamais concevoir quelque chose de clair et de précis sur cette matière. Dieu sait-il, de toute éternité, quelle forme prendront les nuées de tous les globes de sa création ? Quelles vagues, quelles rides, quelles ondulations se formeront sur leurs mers, leurs lacs, leurs fleuves ? Quelles formes prendront toutes les plantes, toutes les feuilles, tous les flocons de neige de ces immenses domaines ?

Le jeune frère. – Assurément ; il connaît même le sort éternel de chaque atome de matière, de brouillard, des gaz invisibles et impondérables.

Le fils. – Je m’attendais à cette réponse ; c’est celle de la philosophie. Nos profonds penseurs ajoutent même que Dieu sait ce qui arriverait, à tous ces égards, dans une infinité de mondes possibles ; et que Dieu pense à tout cela toujours et à la fois ! Mon intention n’est sans doute pas de le nier : mais, de bonne foi, le comprends-tu ?

Le jeune frère. – Dans toute la force du mot, j’avoue que non.

Le fils. – Bien. Maintenant je vais plus loin, et j’y ajoute cette question : Dieu peut-il, s’il veut, ne pas penser à toutes ces choses ? Peut-il du moins n’y pas penser éternellement ?

Le jeune frère. – Ici, je reste muet.

Le fils. – Je le conçois. Tu ne sais ce que Dieu peut vouloir ou ne point vouloir. Si tu dis qu’il le peut, par là même il pourra ignorer toutes ces choses : si tu dis qu’il ne le peut pas, tu bornes sa puissance et sa liberté. Nous ne sommes pas au bout, ce sont là les moindres difficultés. Je demande à présent si Dieu prévoit, de toute éternité, ce que seront des générations sans fin d’êtres auxquels il accordera une liberté parfaite, telle que doit être notre liberté morale ? Prévoit-il tous les crimes, toutes les abominations dont elles se rendront coupables ? Peut-il du moins n’y pas penser avant que la création de ces êtres soit arrêtée, en supposant qu’elle ne le soit pas de toute éternité ; supposition qui elle-même doit pouvoir être faite, puisque l’époque de la réalisation est arrivée, et qu’une éternité ne peut point être écoulée ?

Le jeune frère. – Il faut avouer que c’est un abîme.

Le fils. – Tu vois, par conséquent, les difficultés absolument insolubles de la question proposée. Mais, il est très-vrai que l’on peut soulever les mêmes difficultés pour tous les attributs divins, ainsi que Jean-Jacques l’a avancé. Prends l’amour, prends la justice, la puissance, la présence de Dieu en tous lieux, examine-les comme je viens d’examiner la science ; les abîmes succéderont aux abîmes, et l’esprit écrasé ne sentira que son néant ; et de tous côtés tu trouveras la nécessité absolue, pour les hommes, de laisser le Dieu infini et inabordable dans le sanctuaire sacré où sa nature le renferme et le voile à jamais aux yeux des mortels, et de ne s’attacher qu’au Dieu devenu personne, devenu l’un d’entr’eux.

Le père. – La manière dont les philosophes modernes ont envisagé Dieu ou l’Être Suprême, quand ils l’ont cherché ailleurs que dans le CHRIST, est en effet pour moi la plus forte preuve, la preuve absolue de la nécessité de la personnification. Qui a effectivement parlé d’une manière plus sublime de cet Être adorable que Jean-Jacques ? Et toutefois, dans quel vague effroyable il est resté à son égard. Rousseau reconnaît que Dieu est le Créateur, l’Être éternel, l’amour, la bonté, la justice suprêmes, la vérité absolue, en un mot, l’Être parfait et infini en tous sens : vous croyez bien avoir là l’idée vraie de ce qu’on peut entendre par Jéhovah ; eh bien ! lisez plus loin, Jean-Jacques avouera que l’idée de la création passe sa conception, qu’il ne connaît ni l’éternel, ni l’infini ; il ajoutera, et non sans raison, que l’amour, la bonté, la justice en Dieu, ne ressemblent en rien à ces qualités telles que les conçoivent les hommes ; que, par conséquent, il prononce tous ces mots sans les comprendre, et qu’en affirmant tout ce qu’il affirme, en définitive, il n’affirme rien. Or, je le demande, quel Dieu de pareilles notions offrent-elles au genre humain ? Quels rapports d’amour et de reconnaissance peuvent s’établir entre l’homme et un Être ainsi conçu ? Je défie tous les philosophes du dix-neuvième siècle, ou ceux qui se piquent de l’être, d’oser dire que c’est là avoir un Dieu ! Certes, si Jean-Jacques n’eût eu quelques notions chrétiennes vagues, et quelques sentiments de Chrétien dont il ne se rendait pas compte, il fût arrivé à l’athéisme avec tous ses profonds raisonnements ; et je ne m’étonne plus qu’il se soit attaché, d’une manière si admirable, au sublime personnage du Fils de Marie, infiniment plus grand pour lui que le fils de Sophronisque ; bien que par la faute de son siècle, plutôt que par la sienne, il ne soit pas parvenu à y reconnaître le Dieu caché en personne.

Le fils. – Au fait, ce n’est pas une chose si facile que de parvenir à reconnaître l’Être des êtres sous des dehors si humbles. Il faut avoir porté l’esprit philosophique au plus haut point ; avoir parcouru, pour ainsi dire, tous les infinis, pour venir enfin se reposer dans l’étable de Bethléhem, ou sous la croix du Calvaire, et adorer d’autant plus profondément cet Être inconcevable, qu’il a plus humilié sa majesté éternelle pour faire sentir son amour.

Le grand-père. – Une fois pourtant qu’on a été rendu bien clairement attentif au véritable point de vue sous lequel il faut envisager ces grandes questions, elles paraissent parfaitement simples. Je vais essayer de vous faire développer cette importante vérité encore d’une autre manière. Pourriez-vous, jeune frère, trouver dans la nature quelque objet qui pût le mieux représenter l’idée que chacun doit se faire du Créateur ?

Le jeune frère. – L’idée d’un père de famille me semble le mieux remplir cet objet.

Le grand-père. – C’est juste : aussi est-ce sous l’image d’un père de famille que Dieu est représenté dans l’Évangile. Vous voyez par là que vous aviez parfaitement raison de soutenir qu’un enfant pouvait se faire de Dieu une idée aussi claire qu’une grande personne : car qui sait mieux qu’un enfant ce que c’est qu’un père ? Mais de ce que nous venons de dire, n’en pourrait-on pas conclure que si Dieu voulait se montrer, il se présenterait sous la forme d’un père de famille ?

Le jeune frère. – Cela m’arrangerait parfaitement, et sous cette forme, je sens bien que je pourrais l’aimer.

Le fils. – Pour la forme humaine en général, il est bien évident qu’il faudrait que Dieu la choisît, puisqu’elle est, géométriquement parlant, la forme la plus parfaite sous laquelle la vie, la sensibilité et l’intelligence puissent se manifester ; et que deux intelligences, invisibles par nature, ne sauraient être mises en contact l’une avec l’autre qu’en revêtant des formes quelconques. Il est bien clair que, puisque Dieu a voulu qu’un homme se présentât à l’autre sous la forme humaine, il doit personnellement, dans une circonstance analogue, prendre le même moyen ; mais, quant à l’image particulière d’un père, cela souffrirait, je crois, quelques difficultés. La figure d’un père en général ne suffirait pas ; elle n’est d’ailleurs point possible : il faudrait un père individuel, c’est-à-dire qu’il faudrait que Dieu devînt réellement et en particulier le père de chacun.

Le jeune frère. – Effectivement, moi je n’aime point papa parce qu’il est un père, mais parce qu’il est mon père. Sans faire du tort à notre père bien-aimé et chéri, il pourrait assurément y en avoir un meilleur en Europe, ou dans le monde, ou dans l’ordre des choses possibles ; et pourtant, ce père meilleur, je ne l’aimerais pas autant que le mien. Il ne suffirait donc pas que Dieu prît la figure d’un père, mais il faudrait qu’il le devînt en effet.

Le grand-père. – Comment donc Dieu pourrait-il s’y prendre pour devenir ainsi le père de chacun ?

Le fils. – Ah ! il n’est plus besoin ici de longs raisonnements ; la solution de cette difficulté se trouve clairement résolue dans l’Évangile. C’est là que Dieu Créateur, devenu aussi Dieu Rédempteur, devient le Père particulier de chaque individu, non selon la chair, ce qui serait la moindre des choses, mais d’une manière bien plus parfaite, par l’enfantement spirituel, par la renaissance. Il faut que vous naissiez tous de nouveau, dit le Seigneur ; il faut que vous renaissiez quant à l’homme intérieur et immortel qui est en vous. Et c’est lui-même qui opère cette régénération, et qui fait pour chacun infiniment plus que n’ont fait ses parents selon la chair, même les meilleurs ; car, où est le père, où est la mère qui aient fait pour leur enfant ce que l’Homme-Dieu a fait pour chacun d’entre nous ?

Le jeune frère. – Ô ciel ! Encore une fois, le voilà trouvé le Dieu caché ; le voilà devenu visible, abordable, accessible à nos cœurs et à nos esprits ; évidemment, il n’en est point d’autres.

Le fils. – Si tu as si bien compris tout cela, essaie donc de nous dire maintenant, bien clairement, les diverses raisons philosophiques pour lesquelles Dieu s’est montré sur la terre sous la forme humaine, ainsi que l’Évangile le rapporte.

Le jeune frère. – Parce qu’étant invisible par sa nature, nous n’aurions pu, sans sa personnification, le voir ni dans cette vie ni dans l’autre ; parce qu’il a fallu qu’il contractât des rapports réels d’amour et de reconnaissance avec ses créatures ; qu’il se mît ainsi à leur tête, comme Roi Éternel, et entrât ainsi dans le mouvement de leurs éternelles destinées, s’il ne voulait pas leur rester à jamais étranger. Si Dieu ne s’était pas fait Homme, par le fait, il ne serait l’amour infini qu’en lui-même, et non pas pour nous : ce ne serait qu’un père en général, qu’un roi en général, et même un Dieu en général ; mais non pas notre père, notre roi, notre Dieu.

Le fils. – Mais il eût toujours été notre Créateur ; cela n’eût-il pas suffi ?

Le jeune frère. – Non, car alors nous n’aurions pas pu le voir, ni le connaître, et nous n’aurions pu l’aimer que comme Créateur, c’est-à-dire comme un être qui a simplement tout fait, parce qu’il était Tout-Puissant, et que le Ciel et la Terre ne lui ont coûté qu’un simple acte de volonté ; tandis qu’en se faisant aussi notre Rédempteur, en nous retirant du mal moral, nous pouvons l’aimer comme un ami qui a donné sa vie pour nous, comme un être qui nous a témoigné une bonté, une tendresse, dont nous n’aurions pas même pu nous faire une idée sans cette démarche admirable, que tous nos sentiments d’amour, de reconnaissance et de louanges ne pourront jamais assez célébrer pendant l’éternité.

 

 

Jacques-François-Étienne LE BOYS DES GUAYS.

 

Paru dans La Nouvelle Jérusalem en 1839.

 

 

 

 

 

 

 

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