Paroles
de
André TOWIANSKI
ADRESSÉES À CHARLES F.
Vous êtes, cher frère, dans la position d’un voyageur qui a devant lui un sentier étroit, bordé de précipices. Tandis que ceux qui marchent sur une grande route ne courent pas de grands risques s’ils s’en écartent, ce voyageur, s’il fait un seul pas hors de son sentier, est menacé d’une perte certaine. Tout ce que vous avez éprouvé dans le passé, justifie cette comparaison.
Votre avenir dépend de ce que vous connaissiez bien ce sentier, que vous l’aimiez comme votre unique refuge, que vous fassiez les plus grands efforts pour y entrer et pour vous y maintenir constamment, que par conséquent vous repoussiez le mal qui, par des tentations, s’efforcera de plus en plus de vous entraîner hors de votre sentier et de vous jeter dans les précipices où il domine ; que vous renonciez donc à tous vos détours, et que, mettant la cognée à la racine, vous preniez la ferme résolution de ne céder à aucune tentation. C’est un travail difficile, et surtout pour vous, à cause du pouvoir que, dans le passé, vous avez donné sur vous au mal. Il est certain que cette volonté de Dieu sera tôt ou tard accomplie par vous, mais il dépend de vous que ce soit maintenant ou bien dans l’avenir, après avoir passé par l’enfer, par ce champ de souffrances sous la force.
Ce sentier bordé de précipices, c’est la voie chrétienne au milieu des détours où vous avez été conduit durant votre vie, et l’unique force qui peut vous amener à ce sentier et vous y maintenir, c’est la croix de Jésus-Christ plantée dans votre âme, c’est le sacrifice que Jésus-Christ a accompli afin que l’homme l’accomplisse à son exemple.
Sans perdre donc un seul instant, prenez, mon frère, cette croix, commencez votre sacrifice, votre travail chrétien intérieur, efforcez-vous, tournez votre âme vers Dieu, humiliez-vous devant Dieu, implorez sa miséricorde, gémissez, éveillez en vous le mouvement, la contrition, le sentiment, émouvez-vous, attendrissez-vous ; faites-le souvent, faites-le sans cesse, lorsque vous vous trouverez au milieu des plus grandes contrariétés, et même dans vos actions et vos occupations terrestres ; faites-le quand la Grâce de Dieu sera avec vous, faites-le aussi quand Dieu éprouvera votre amour par la sécheresse et la mort intérieure. Vous êtes, mon frère, du nombre des personnes auxquelles s’appliquent le plus ces paroles de Notre Seigneur : « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation... Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. »
Au temps de la tentation qui vous attend, obéirez-vous à Dieu ou au mal ? Dans les luttes qui vous attendent, refuserez-vous d’obéir au mal, secouerez-vous son joug, vous soumettrez-vous à Dieu seul, accepterez-vous ou non la voie chrétienne et vous y maintiendrez-vous par la force de la croix, du sacrifice chrétien ?... voilà d’où dépend votre direction dans les siècles à venir.
Dès que vous serez seul, le mal redoublera son effort infernal ; persévérez donc dans votre effort chrétien. Dans les moments difficiles, enfermez-vous dans votre chambre ; là, lisez, priez, gémissez, pleurez, car, je le sens, c’est dans la solitude que le mal engagera cette bataille suprême qui décidera si Jésus-Christ ou le mal triomphera en vous et par vous. Il vous sera pénible de vous enfermer et de persévérer volontairement pendant quelques heures dans une telle solitude ; mais souvenez-vous, mon frère, qu’il y a des hommes qui, ne l’ayant pas fait par amour, l’ont fait par force, en étant enfermés vingt, trente, quarante, cinquante ans dans une affreuse prison.
Telle est l’essence de votre devoir chrétien, dont dépendent votre régénération et votre liberté chrétienne ; je vous présente cette essence en vous appelant à chercher une plus grande lumière sur cette matière dans les écrits de l’Œuvre de Dieu.
André TOWIANSKI, Pisma, t. I, 1882.