Résumé d’un entretien

 

 

de

 

 

André TOWIANSKI

 

 

AVEC ÉMILE B.

 

 

 

 

 

 

 

Je dis à Towiański que je sens combien le travail intérieur du matin m’est nécessaire, et que j’ai résolu d’y consacrer au moins une heure chaque jour ; car, sans ce travail, au milieu des occupations de la journée, je perds très facilement le mouvement de mon esprit.

 

Des occupations extérieures vous sont données parce que vous êtes appelé par la volonté de Dieu à la vie chrétienne privée et publique, conforme à cette époque chrétienne supérieure. Depuis le commencement du monde, l’homme n’a pas été appelé à une vie aussi élevée que dans les temps actuels. Il vous serait plus facile de maintenir une telle vie en esprit seulement, en restant dans votre chambre, mais la pensée de Dieu est autre : il faut que la vie chrétienne, commencée dans le monde il y a dix-neuf siècles, s’élève en progressant, vers l’idéal montré par Jésus-Christ. Quel ne serait donc pas le péché des serviteurs de l’Œuvre de Dieu et leur responsabilité devant Dieu et devant le prochain si, étant appelés les premiers à une telle vie, ils ne l’acceptaient pas et ne la manifestaient pas ! Je vous souhaite donc, mon frère, de travailler chaque matin pour commencer une telle vie, et de renouveler ce travail dans le courant de la journée, afin de conserver cette vie céleste au milieu de vos occupations terrestres. En accomplissant, au milieu des occupations terrestres, ces paroles de Jésus-Christ : « Veillez et priez », on peut agir chrétiennement, on peut élever les actions terrestres à la hauteur des actions chrétiennes, on peut étendre par là le Royaume céleste sur la terre, bâtir l’Église vivante de Jésus-Christ.

 

Je dis que la sécheresse intérieure me pousse souvent à l’irritation et au rejet de la vérité qui m’est présentée.

 

Voici quelques mots qui renferment votre unité chrétienne, et qui doivent être votre étoile au milieu du chaos du monde et de vos propres difficultés, augmentées par l’abondance des lumières.

Pour vous, tout dépend de maintenir toujours vivant le germe de votre esprit, de maintenir toujours brûlante votre étincelle chrétienne. Votre pureté et vos efforts en sont la condition ; votre pureté et vos efforts sont donc la base de votre progrès, de votre vie supérieure et, par conséquent, la condition de votre salut éternel et de votre bonheur dans cette vie temporelle.

Comme cela ne peut se faire sans la Grâce de Dieu, sans l’aide du ciel, l’adoration du ciel et de chacune de ses parcelles est donc indispensable. Peut-on mériter la communion avec le ciel et son aide si l’on est indifférent pour le ciel et, à plus forte raison, si l’on devient ennemi du ciel, si on le repousse et le persécute, et cela, en repoussant et en persécutant la vérité qui en est une parcelle ? C’est un péché mortel qui souille la pureté de l’âme et rend infructueux même les plus grands efforts ; car le feu céleste ne peut brûler dans la boue de l’enfer ; au contraire, l’adoration d’une parcelle du ciel peut mériter l’assistance de tout le ciel. Je vous le dis, mon frère, adorer chaque parcelle du ciel, chaque vérité, est une chose grande qui attire la bénédiction du ciel, tandis que pécher contre les parcelles du ciel, c’est pécher contre le Saint-Esprit, et il est dit : « Si quelqu’un blasphème contre le Saint-Esprit, il n’en recevra jamais le pardon. » Adorer chaque vérité, de quelque part qu’elle vienne, c’est la conscience chrétienne... Si le plus noir démon vous dit la vérité, commencez par adorer cette vérité ; puis, avec l’aide du ciel, tournez-vous contre ce démon, contre l’enfer, et vous en serez vainqueur. Ce que je vous présente n’est pas une théorie, car je n’ai jamais osé dire ce que je n’aurais pas pratiqué moi-même.

L’homme peut accomplir ce devoir même lorsqu’il est dans la sécheresse, dans la mort intérieure ; il peut distinguer la vérité du faux, s’incliner devant la vérité et se détourner du faux. Dans la sécheresse, dans la mort d’esprit, délaissé par la Grâce, on peut toujours faire un effort, et souvent même, dans cet état, on peut mériter plus que lorsqu’on est dans l’abondance de la vie intérieure. Par exemple, un cheval ne sera pas remarqué par son maître si, attelé avec plusieurs autres chevaux, il court en traînant une lourde charrette ; mais si, étant seul, il la traîne, même lentement, péniblement, son maître dira : « Ah ! quel bon cheval ! » et il en fera grand cas.

L’amour du ciel, qui est l’essence du christianisme, n’est vrai et réel que par l’adoration du ciel et le sacrifice pour le ciel ; autrement ce n’est pas l’amour, c’est l’exaltation fausse.

En adorant chaque parcelle du ciel, chaque vérité, efforcez-vous de l’élever, de la faire triompher devant le monde en la déclarant et en la défendant. Vous pourrez le faire facilement et tout naturellement lorsque votre adoration, ce fruit de votre amour, sera suffisamment grande. C’est une chose bien grave, un devoir indispensable, que de déclarer et de défendre toute vérité ; le silence peut perdre. « Quiconque me renoncera devant les hommes, je le renoncerai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux », a dit Jésus-Christ. (Towiański cite l’exemple d’un frère qui a souffert pendant trois ans parce qu’il n’avait pas osé dire quelques mots pour défendre la vérité.)

Si l’on vient à manquer en ne déclarant pas ou en ne défendant pas la vérité, on peut réparer cette faute, même quelques jours après, mais il est à désirer qu’on n’attende pas trop longtemps, afin que cela ne devienne pas impossible.

 

Je pensais, dis-je, qu’après la mort, on pouvait réparer en esprit. – Towiański répond :

 

Il est difficile à l’esprit sans corps de réparer devant l’homme ; car l’homme, étant le plus souvent séparé de l’autre monde, n’écoute ni ne comprend ce que l’esprit lui dit.

Outre cela, chaque qualité chrétienne, et, par conséquent, cette grande qualité d’adorer le ciel dans chacune de ses parcelles, doit être réalisée par vous, non seulement comme esprit, mais aussi comme homme, c’est-à-dire par l’esprit uni au corps. Lorsque les qualités chrétiennes, et parmi ces qualités, l’adoration du ciel, ne sont réalisées que dans l’autre vie et par l’esprit seul, l’esprit ne peut entrer dans le Royaume des cieux jusqu’à ce qu’étant uni au corps, étant homme, il ait réalisé, dans cette union, cette qualité chrétienne, il ait accompli cette parcelle de la Volonté de Dieu, du Verbe de Dieu. Il faut d’abord être digne du ciel, porter en soi le ciel ; il faut ensuite réaliser le ciel sur la terre, et c’est après cela qu’on entre dans le ciel. Telle est l’explication de cette parole de Jésus-Christ : « Personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel. »

 

 

André TOWIANSKI, Pisma, t. I, 1882.

 

 

 

 

 

 

 

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