Le livre aux sept sceaux

 

 

Mer, profonde mer qu’aucun œil ne sonde,

Dans ton gouffre bleu qui lira jamais ?

Qui pourra d’un cœur, mer non moins profonde,

Qui pourra savoir les derniers secrets ?

 

Qui jamais pourra, sur un front paisible,

Calme comme au soir le ciel étoilé,

Voir les ouragans du monde invisible

Qui, chargés d’éclairs, ont sur lui soufflé ?

 

Nulle main ne peut déplier une âme ;

Papillon de nuit que blesse le jour,

Son aile tremblante, aux pudeurs de femme,

Frissonne au regard même de l’amour.

 

Pourquoi donc ainsi notre âme à la terre,

Lis fermé, doit-elle enfin dire adieu

Sans qu’un œil mortel ait lu son mystère ?

C’est qu’elle renferme un secret de Dieu.

 

 

 

Henri-Frédéric AMIEL, La part du rêve.

 

Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue

jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,

6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.

 

 

 

 

 

 

 

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