La jeune fille et l’ange de la poésie
« J’écouterai ta voix, ta divine harmonie,
Et tes rêves d’amour, de gloire et de génie.
Mon âme frémira comme à l’aspect des cieux :
Des larmes de bonheur brilleront dans mes yeux.
Mais de ce saint délire ignoré de la terre,
Laisse-moi dans mon cœur conserver le mystère.
Sous tes longs voiles blancs cache mon jeune front :
C’est à toi seul, ami, que mon âme répond.
Et si dans mon transport m’échappe une parole,
Ne la redis qu’au Dieu qui comprend et console.
Le talent se soumet au monde, à ses décrets ;
Mais un cœur attristé lui cache ses secrets.
Qu’aurait-il à donner à la foule légère
Qui veut qu’avec esprit on souffre pour lui plaire ?
Ma faible voix a peur de l’éclat et du bruit,
Et comme Philomèle elle chante la nuit.
Adieu donc, laisse-moi ma douce rêverie,
Reprends ton vol léger vers ta belle patrie. »
– L’ange reste près d’elle ; il sourit à ses pleurs,
Et resserre les nœuds de ses chaînes de fleurs ;
Arrachant une plume à son aile azurée,
Il la met dans la main qui s’était retirée.
En vain elle résiste, il triomphe... il sourit...
Laissant couler ses pleurs, la jeune femme écrit.
Sophie d’ARBOUVILLE.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome II, 1878.