La science !

 

                                Ode.

 

 

Mange, nous dit l’Instinct ; une voix crie : Espère !

Et l’homme pour manger a labouré la terre ;

Mais revenant, rompu, le soir, à son foyer,

Dans le recueillement vaste de la nature

Il sentit le besoin, petite créature,

D’aimer le Créateur, de croire et de prier.

 

Heureux qui vit ainsi dans une foi naïve,

Se donne dans l’élan d’une piété native,

Et se met face à face avec la Vérité ;

Majestueuse et vague, alors qu’on argumente,

Elle garde toujours des caresses d’amante

Pour les humbles épris de sa chaste beauté.

 

Tous nous avons connu ces heures de délire,

Ce bonheur que l’on goûte et que l’on ne peut dire,

Remède à nos douleurs, appel vers l’au-delà...

Mais parmi nous aussi Dieu prend des interprètes

Pour détailler les traits de ses beautés secrètes,

Épeler les grandeurs que notre chair voila.

 

Ce travail gigantesque où peine l’héroïsme,

C’est de l’Humanité l’unique catéchisme...

Et tous ces traducteurs qu’on appelle savants,

On peut les appeler, dans la nouvelle Église,

Apôtres du Très-Haut, martyrs de l’analyse,

Et signaler leurs noms au respect des vivants.

 

Dieu veut que chacun l’aime, mais aussi que la masse,

L’Humanité qui marche avec l’homme qui passe,

Avance dans la science exacte de ses lois...

Aimer, savoir ! Deux mots, plus tard des synonymes,

Et qu’on voit s’unifier dans les hauteurs sublimes

Où se rendent demain, maintenant, autrefois !

 

Et l’humanité marche, immense caravane !

Le préjugé s’insurge, et le prêtre nous damne,

Mais la science dirige, et l’amour nous soutient !

Infini, but sacré du grand pèlerinage !

Éternel, Éternel, avenir de tout âge,

Dieu, Maître, le Seigneur à qui tout appartient !

 

 

 

Émile ARTARIT.

 

Paru Le Spiritualisme moderne en novembre 1899.

 

 

 

 

 

 

 

biblisem.net