Au lever du jour
Sur la montagne errant je vois le jour éclore,
Il plonge ses rayons dans l’azur éclairci,
Les sommets sont en feu, la forêt se colore,
Je pense à Dieu, le front incliné, je l’adore ;
Jour de l’âme, dans moi vas-tu renaître aussi ?
Les fleurs à la rosée ouvrent leur fine gaze,
Purs calices bercés par un vent adouci ;
Chacune a son rubis, sa perle ou sa topaze,
Je me sens le cœur plein d’amour, de foi, d’extase ;
Fleurs de l’âme, allez-vous en moi renaître aussi ?
L’alouette s’envole en chantant vers la nue,
La caille, le bouvreuil, sont cachés près d’ici,
Dans l’humide buisson j’entends leur voix connue ;
La joie est dans mon cœur de bien loin revenue :
Voix de l’âme, allez-vous en moi chanter aussi ?
Joseph AUTRAN.
Recueilli dans La littérature française depuis la formation de la langue
jusqu’à nos jours, lectures choisies par le colonel Staaf,
6e édition, tome III, sixième cours (poètes vivants en 1870), 1884.