L’âme errante
L’homme cherche ardemment les plaisirs éphémères
Et respire à la fois les vapeurs délétères
Qui montent de l’abîme où son œil curieux
S’arrête volontiers, en oubliant les cieux.
Le trésor qui lui manque, il ne peut le connaître !
Comme ses devanciers, sa prison l’a vu naître.
Il subsiste pourtant un vague souvenir
D’un grand bonheur passé pour ne plus revenir.
Mais le saint livre seul l’entretient dans le monde ;
Sans cela régnerait l’ignorance profonde
Du drame de l’Éden, du fatal dénoûment,
Cause de ces désirs et de ce dénûment
Qu’éprouve l’âme humaine, à jamais attristée
Et sur le même écueil constamment rejetée.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Dieu l’a rompu pour nous, le silence éternel ;
S’abaissant par amour jusqu’à l’humble mortel,
Il est venu lui-même apporter l’espérance,
Dénoncer le péché, parler de repentance,
Proclamer le pardon, redire à haute voix
Que la route du ciel est libre par la croix ;
Que la destruction règne dans la nature,
Et que tout est ligué contre la créature.
Il a dit au captif que la pâle lueur
Visitant sa prison (le jour, dans son erreur)
N’était pas la lumière, insigne privilège.
Il a dit que toujours Dieu délivre et protège,
Celui qui se conduit selon sa volonté,
Vivant dans la droiture et dans la pureté.
A. BATTLEY.
Paru dans L’Année des poètes en 1897.