Paraphrase du psaume CXLVII

 

 

Heureux hôtes du ciel, saintes légions d’Anges,

Guerriers qui triomphez du vice surmonté,

Célébrez à jamais du Seigneur les louanges,

Et d’un hymne éternel honorez sa bonté.

 

Soleil dont la chaleur rend la terre féconde,

Lune, qui de ses rais emprunte la splendeur,

Lumière, l’ornement et la beauté du monde,

Louez, bien que muets, sa gloire et sa grandeur.

 

Témoigne sa puissance, ô toi, voûte azurée,

Qui de mille yeux ardents a le front éclairci,

Et vous, grands arrosoirs de la terre altérée,

Vapeurs dont le corps rare est en pluie épaissi.

 

Car d’un si saint ouvrier le dire étant le faire,

Sa parole d’un rien ce grand monde forma ;

Et tout ce qui s’enferme en l’une et l’autre sphère

Est l’œuvre d’un seul mot que sa bouche anima.

 

Il a prescrit des lois à la nature même,

Qu’en tremblant elle observe et craint d’outrepasser :

Le ciel ne voit grandeur, sceptre ni diadème,

Immortel, ni mortel, qui s’en peut dispenser.

 

Chantez-le donc aussi, vous, enfants de la terre,

Qui, composés de cendre, en cendre retournez,

Soit vous que l’océan dans ses vagues enserre,

Soit vous qui librement par l’air vous promenez.

 

Bénis son saint pouvoir en tes caves profondes,

Monstre de qui le saint peut cent flots abîmer,

Et faites retentir son nom parmi vos ondes,

Gouffres qui vomissez mille mers en la mer.

 

Foudroyant traits de feu que son ire décoche,

Quand faisant ici-bas mille flammes pleuvoir,

Elle tranche en fureur la tête à quelque roche,

D’une tonnante voix, haut louez son pouvoir.

 

Fais-le bruire aux torrents des vallons que tu laves,

Neige qui vêts les monts d’un blanc et froid manteau,

Et toi, grêle polie, et toi, glace, qui paves

Au pesant chariot les sentiers du bateau.

 

Orageux tourbillons, qui portez les naufrages

Aux vagabonds vaisseaux des tremblants matelots,

Témoignez son pouvoir à ses moindres ouvrages,

Semant par l’univers la grandeur de son los.

 

Faites-la dire aux bois dont vos fronts se couronnent,

Grands monts qui, comme rois, les plaines maîtrisez,

Et vous, humbles côteaux, où les pampres foisonnent,

Et vous, ombreux vallons, de sources arrosés.

 

Féconds arbres fruitiers, l’ornement des collines,

Cèdres qu’on peut nommer géants entre les bois,

Sapins dont le sommet fuit loin de ses racines,

Chantez-le sur les vents qui vous servent de voix.

 

Animaux, qui paissez la plaine verdoyante,

Et vous que l’air supporte, et vous qui serpentant

Vous traînez après vous d’une échine ondoyante,

Naissez, vivez, mourez, sa louange exaltant.

 

Chantez-la d’une voix que nul soin n’interrompe,

Grands Rois parmi son peuple assis comme en son lieu :

Et vous, fiers potentats, qui pleins de vaine pompe

Êtes dieux sur la terre, et terre devant Dieu.

 

Peuples nés entre nous, peuple de terre étrange,

Faites ouïr son nom aux rochers les plus sourds :

Hommes, femmes, enfants, donnez à sa louange

Le matin, le midi, le soir de vos beaux jours.

 

Vous que la fleur de l’âge aux voluptés convie,

Vous qui, chassés du monde et jà près d’en sortir,

Touchez d’un pied tremblant les bornes de la vie,

Faites son nom sans cesse en vos chants retentir.

 

Bref, que tout genre d’être, et tout sexe, et tout âge,

Bénisse le Seigneur, ses bienfaits racontant,

D’un parler si conforme aux pensers du courage

Qui, se taisant la voix, le cœur l’aille chantant.

 

Car il est l’esprit seul en qui vit et respire

Tout être ou non visible, ou visible à nos yeux,

Et le seul Roi qui tient d’un éternel empire

Le trône de sa gloire élevé sur les cieux.

 

Alors que tout flambant d’une lumière sainte

Il s’y sied en triomphe et pompe et majesté,

L’univers se prosterne en révérence et crainte,

Et nul ange n’en peut supporter la clarté.

 

De là sont envoyés devers sa troupe élue

Ces merveilleux secours qui la sauvent des fers :

De là partent ces lois de puissance absolue,

Qui font trembler le ciel, la terre et les enfers.

 

Soit à jamais sa gloire en notre âme adorée,

Soit à jamais son nom par nos chants célébré :

Soit l’honneur de son los d’éternelle durée,

Même après l’univers en pièces démembré.

 

Que le sceptre éternel dont si saint et si juste

Il régit tout le monde et le range à ses lois,

Voie au sacré pouvoir de sa grandeur auguste

Rendre hommage éternel les peuples et les Rois.

 

Et lui qui tout-puissant au sort même commande,

Veuille de nos destins combattre la rigueur,

Délivrant de tourment l’humble et fidèle bande,

Qu’un souci paternel loge près de son cœur.

 

 

 

Jean BERTAUT.

 

Recueilli dans Anthologie religieuse des poètes français,

t. I, 1500-1650, choix, présentation et notes d’Ivan Gobry,

Le Fennec éditeur, 1994.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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