Aspirations

 

 

Mais, quoi ! je n’ai que des paroles,

Que des mots sujets à trépas,

Fugaces et dignes symboles

De tout ce qui passe ici-bas ;

Des mots subissant mille outrages,

Qui changent selon les rivages,

Qui vieillissent avec les âges

Et meurent comme un faible son –

Moins durables que ce qu’on aime,

Plus inconstants que le cœur même –

Pour dire mon élan suprême

Et ma consumante chanson !

 

Ah ! que n’ai-je plutôt un monde,

Tel Dieu, que n’ai-je un univers,

Pour chanter l’amour qui m’inonde

Et tous les maux que j’ai soufferts !

Que n’ai-je un grand firmament sombre

Avec sa lumière et son ombre,

Avec ses systèmes sans nombre

Et ses lumineux archipels,

Pour dévoiler en un vocable

Vivant, brûlant, impérissable,

Le cruel tourment qui m’accable

Et livrer mon cœur aux mortels !

 

Car Dieu, Lui, de mots n’a que faire.

Qu’importent ces vains bruits de l’air

À qui fit le ciel et la terre ?

Le monde est son langage clair.

Rochers, témoins de sa puissance,

Terres, mers et toi, ciel immense,

Où brille sa munificence,

Vous, les merveilles de ses mains,

Vous êtes son verbe sublime,

Et c’est par vous, abîme ou cime,

Par vous que l’Éternel s’exprime

Quand il se confie aux humains.

 

 

 

Georges-A. BOUCHER,

Chants du Nouveau Monde, 1946.

 

 

 

 

 

 

 

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